Paris Match Belgique

Un agriculteur normand ressuscite le passé d’une famille belge

Alain Lelièvre révèle ses émouvantes photos racontant le quotidien de ces enfants qui auraient pu connaître le pire et qui, en Normandie, ont vécu à l’abri de la fureur des combats et de l’enfer de l’Yser. | © Ronald Dersin

Société

 

Sur les traces d’un enfant réfugié en 1914…

En se penchant sur des documents datant de la Première Guerre mondiale, Alain Lelièvre, un agriculteur français à la retraite, a rouvert une parenthèse oubliée de l’Histoire. Dans sa ville natale de Criquetot-sur-Ouville, à une soixantaine de kilomètres du Havre, une centaine d’enfants belges ont en effet trouvé refuge, dès la fin de l’année 1914 et jusqu’en 1919, dans une vaste demeure transformée en « colonie scolaire ». Parmi eux se trouvait un certain Jules Delanote, 6 ans à peine à son arrivée en Normandie. De son quotidien dans la colonie, il n’a presque rien partagé avec ses quatre enfants, aujourd’hui septuagénaires. Grâce à l’aide d’Alain Lelièvre, cette fratrie du nord de la Belgique a pu retrouver les pièces d’un puzzle que les années qui passent et les mémoires qui flanchent auraient pu éparpiller à jamais.

C’est l’histoire de « p’tits mecs » réfugiés en France pendant la première guerre mondiale

Dans le jardin d’une vaste propriété de Criquetot-sur-Ouville, les enfants de la colonie font sagement leur toilette en plein air, tandis qu’une religieuse apporte de quoi se sécher. Il pourrait s’agir là d’une banale photo de colonie de vacances dans un village français du début du XXe siècle qu’Alain Lelièvre tient entre ses mains, mais il n’en est rien. Le cliché que cet agriculteur à la retraite connaît par coeur mais donne l’impression de redécouvrir à chaque fois est un document historique, le témoin d’un de ces épisodes méconnus de l’Histoire : celui des colonies de jeunes Belges réfugiés en France pendant la Première Guerre mondiale. Car ces enfants-là étaient tout sauf en vacances. Bien au contraire. Ils fuyaient la guerre. « Gamins », « p’tits mecs », c’est donc ainsi qu’Alain Lelièvre aime à se référer aux quelque 4 000 enfants répartis dans une quarantaine de colonies en Seine-Maritime (ou « Seine-Inférieure », à l’époque), entre 1914 et 1919. Sur d’autres documents, ils sont alignés en rang d’oignons devant la grande bâtisse en pierre. Certains ont l’air drôlement taquins, d’autres semblent plutôt rêveurs.

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Les « gamins » au premier plan sont assis sur un banc ; leurs pieds ne touchent même pas le sol. Debout derrière, leurs aînés veillent. Alain Lelièvre s’est pris de passion pour leur histoire – avec un « h » minuscule. Car ce qu’il souhaite, c’est tout connaître de leur quotidien, de leur vie en Normandie dans ces colonies. Ces enfants belges avaient en effet été envoyés là, le plus souvent sans leurs parents, alors que les combats faisaient rage dans les Flandres maritimes, sur les rives de l’Yser. Quant au gouvernement belge, il avait pour sa part déménagé à Sainte-Adresse, juste à côté du Havre.

La rencontre avec la famille Delanote et les souvenirs photos dans le Paris Match Belgique du 24 août 2017

Mots-clés:
Guerre 14-18
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