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Game of Thrones : la fable ultime sur le changement climatique

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Et si Game of Thrones transcendait son récit fantasy pour illustrer en réalité les dangers du réchauffement climatique ? Les arguments en faveur de la théorie sont nombreux. (Attention, cet article peut contenir des SPOILERS de la saison 7).

 

Quatre ans après son interlude romantique avec Ygritte, Jon Snow revient au-delà du mur. L’occasion pour Kit Harrington, l’hiver dernier, de revenir tourner en terres islandaises, au pied du glacier de Vatnajökull, le plus grand d’Europe : une immense langue de glace qui lèche les hauteurs d’une plaine verdoyante, en été du moins. Et si la septième saison de Game of Thrones se passe en majorité dans un froid polaire, l’acteur a été surpris de retrouver les lieux bien moins glacés qu’auparavant : « On est venus en Islande pour trouver de la neige », raconte à ce propos Kit Harrington au Time. « On est venus et on a eu de la chance d’avoir la neige qu’on a trouvée, parce que dans notre monde, l’hiver n’est définitivement pas là. C’est ce drôle de parallèle, le parallèle opposé ». Un constat d’« une très triste ironie », ajoutait-il.

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© HBO – Hardhome, sur la photo, a été entièrement tourné à Magheramorne Quarry, en Irlande du Nord, pour être ensuite modifié en post-production. C’est dans la même région que se trouve le set de Château noir.

« C’est intéressant d’être dans une série qui ne reflète pas notre monde, mais qui est semblable à la fois », lâche l’interprète de Jon Snow. De quoi apporter de l’eau au moulin des théoriciens qui affirmaient, dès 2012, que l’intrigue de fond de Game of Thrones était en réalité une puissante allégorie sur le changement climatique. C’est qu’à l’occasion d’une autre interview, le créateur de l’univers fantasy désormais mythique, George R.R. Martin, avait lui-même lancé : « Certaines choses se passent dans notre monde aujourd’hui… Le changement climatique en est l’ultime menace ».

Feu contre glace

Reprenons depuis le début. Chaque premier épisode de chaque saison, sans exception, débute par une attaque plus ou moins violente des white walkers mus par une soif sanglante, qu’ils ne semblent plus pouvoir assouvir qu’en marchant sur le « Sud ». Au-delà des nombreux meurtres, trahisons, amours perdus et raids vengeurs que mènent les protagonistes de la série, les « marcheurs blancs » sont l’essence du récit, son fil rouge et ce qui mènera à sa conclusion. C’est dire leur importance – et permet en partie d’expliquer l’accélération de la narration de la dernière saison, qui concentre sur les zombies le dénouement de tous les rebondissements précédents.

©HBO

Et ce que représentent les marcheurs, c’est purement et simplement l’ultime menace qui pèse sur l’espèce humaine, une fois la course au trône – et donc au pouvoir, aux richesses et à la paix, éventuellement – terminée ou interrompue. Ils ont été créés par les Enfants de la Forêt pour protéger les arbres-dieux de la bêtise destructrice des hommes et leur souffle glacé est l’incarnation de ce péril, de la même manière que le sont les vagues de chaleur qui menacent aujourd’hui directement ou indirectement nombre de pays à travers notre monde. Une histoire de feu et de glace, comme l’a toujours annoncé la saga.

Les sceptiques ne seront pas les réfugiés

Sauf qu’une majeure partie des personnages de Game of Thrones peine à croire ceux qui les avertissent du danger imminent – la garde de nuit, ces lanceurs d’alerte en première ligne. Tous les puissants sans exception ou presque, de Ned Stark à Tyrion Lannister, se sont un jour moqué de ce qui s’annonçait. Des « hivernosceptiques », nos climatosceptiques à nous. Cersei et les autres n’ont aucun mal à qualifier les évènements troubles qui se passent au-delà du mur de légendes, voire de mensonges pour détourner leur attention ou s’accaparer leur pouvoir.

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©EPA/GREENPEACE HO – La fonte des glaces arctiques menace les ours polaires.

De toute façon, aucun des héritiers des grandes maisons, à l’exception de la clique des Stark, ne souffrira immédiatement d’une invasion de zombies tueurs : ce sont les sauvageons, pauvres rustres, qui encaisseront les premiers coups et connaîtront avant tous les autres la mort. À l’instar de notre monde : ce sont les moins privilégiés et les moins fortunés qui souffrent en premier du changement climatique, qui détruit leurs cultures, leurs troupeaux et les oblige à trouver – difficilement – d’autres moyens de subsistance. [SPOILER] C’est par ailleurs à cela même que se prépare Sansa à Winterfell, en organisant les réserves d’un château qui devra bientôt accueillir des milliers de réfugiés climatiques.

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[SPOILER] L’ultime avertissement de Jamie à sa sœur, la reine, est univoque : « Ce n’est pas une histoire de familles nobles, c’est une histoire de vivants et de morts ». À la fin, les marcheurs blancs frapperont les loups, les lions et les dragons sans distinction de maisons. La menace supprimera les hommes et les animaux de quelque race qu’ils soient.

La saison 7, une allégorie sur le manque de coordination internationale

Alors que nombreux sont ceux qui regrettent le côté stratège de la série au profit d’une nouveau rythme plus rapide et incisif, force est de constater que ce dernier rend les ambitions de la série plus limpides : [SPOILER] la septième saison se focalise essentiellement sur les nouvelles alliances qui se nouent dans l’unique but de faire face aux marcheurs blancs. Et qui se défont tout aussi rapidement, les intérêts à court-terme prennant systématiquement le dessus sur l’avenir de Westeros. Lorsque les preuves effrayantes sont mises sur la table, aucun pacte – qu’il soit entre les Lannister et les Targaryen ou de Paris – ne semble assez solide pour se tenir à ses promesses. Et pourtant, l’hiver – ou l’été – sans fin arrive.

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