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Le maître bouddhiste Sogyal Rinpoché accusé d’abus sexuels

Sogyal Lakar Rinpoché. | © PATRICK PLEUL / DPA / AFP

Société

Début août, le dalï-lama a souligné que son ancien « très bon ami » était aujourd’hui « disgracié ».

Accusé d’abus de pouvoir, voire sexuels, sur des disciples, critiqué pour son train de vie, le maître bouddhiste tibétain Sogyal Rinpoché a été frappé de disgrâce et contraint de quitter la direction du réseau Rigpa, a-t-on appris- ce lundi 28 août de sources condordantes.

Un homme « caractériel »

Né en 1947 au Tibet, Sogyal Lakar Rinpoché, lama du courant nyingmapa, est devenu dans les années 1970 l’un des principaux propagateurs de l’enseignement du Bouddha en Occident. Son « Livre tibétain de la vie et de la mort » s’est vendu à près de 3 millions d’exemplaires dans le monde depuis sa parution en 1992.

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Sogyal « Rinpoché » – « précieux » en tibétain, nom propre aux lamas réincarnés – a fondé Rigpa, réseau de 130 centres spirituels. Parmi eux, le temple de Lérab Ling à Roqueredonde (Hérault), inauguré en 2008 par le dalaï lama, chef spirituel des Tibétains, en présence de Carla Bruni-Sarkozy, alors Première dame.

Depuis, l’étoile de Sogyal Rinpoché avait pâli. Son ancien interprète Olivier Raurich a quitté Rigpa en 2015, dénonçant un homme « caractériel » qui a bâti « un empire personnel ».

En 2016, un livre de l’anthropologue Marion Dapsance l’avait dépeint en maître irascible, porté sur l’argent et les jeunes femmes – des « partenaires tantriques » au consentement manipulé, selon l’auteure.

Le Dalaï Lama l’avait critiqué ouvertement

Mi-juillet, huit anciens étudiants ont publié une longue lettre ouverte dénonçant chez Sogyal Rinpoché des « abus physiques, émotionnels, psychologiques » et « sexuels », un mode de vie « extravagant » et « avide ».

Le 1er août, lors d’une conférence en Inde, le dalaï lama, longtemps accusé de mansuétude à son égard, a approuvé la mise sur la place publique de ces griefs et critiqué l’influence « féodale » planant encore sur certaines institutions bouddhistes. Il a souligné que son ancien « très bon ami » était aujourd’hui « disgracié ».

Face à des « accusations concordantes » qui « ne correspondent pas à l’éthique bouddhiste », l’Union bouddhiste de France (UBF) a suspendu la branche française de Rigpa en sa « qualité de membre ».

Vers un code d’éthique

Le 11 août, Rigpa a annoncé le retrait « immédiat » de Sogyal Rinpoché de sa direction spirituelle et promis une enquête « indépendante » et la préparation d’un « code d’éthique ».

Pour Olivier Wang Genh, vice-président de l’UBF cité lundi par France Inter, cette affaire « montre que toute forme d’angélisme ou de naïveté n’a pas sa place », alors que le bouddhisme tibétain jouit d’une image souvent très favorable. « On doit écouter des enseignements avec clairvoyance et toujours rester dans cette vigilance », a-t-il ajouté.

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