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La « Tomatina » espagnole est-elle un gigantesque gâchis de tomates ?

Les festivaliers de la "Tomatina" viennent des quatre coins du monde. | © EPA/HUGO DELGADO

Société

La « Tomatina » a accueilli ce 30 août quelques milliers de personnes pour un grand bain de jus de tomates festif. Pourtant, beaucoup s’insurgent contre cette tradition, qui « gaspillerait » des centaines de milliers de légumes.

D’après un article de Paris Match France.

Des milliers de personnes se sont battues à coups de tomates mercredi lors de la fameuse « Tomatina », à Buñol dans l’est de l’Espagne, sous une surveillance renforcée deux semaines après les attentats en Catalogne. Un total de 740 policiers, pompiers et secouristes, soit environ 5% de plus que l’année dernière, ont veillé sur la bataille, selon la mairie de cette commune à quelques kilomètres de Valence.

Des voitures de police s’étaient postées à l’entrée des rues étroites, empêchant tout véhicule de s’introduire dans la masse des milliers de fêtards venus se jeter des tomates à la figure pendant une heure, a constaté un photographe de l’AFP. « Le dispositif a été renforcé et adapté après les attentats » qui ont causé la mort de 16 personnes à Barcelone et Cambrils, a déclaré devant des journalistes Juan Carlos Moragues, préfet de la région de Valence.

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Le coup d’envoi de la fête, qui fête son 72e anniversaire et revendique le titre de « plus grande bataille de nourriture au monde », a été donné à 11 heures.

Une tradition remontant à 1945

Pendant une heure, les participants, pour la plupart vêtus d’un simple maillot de bain et de lunettes de natation, se sont envoyés des tomates – préalablement écrasées selon les règles – à la figure, se vautrant dans une épaisse couche de pulpe rouge. Des camions ont livré près de 160 tonnes de « munitions » aux quelque 22 000 participants, dont deux tiers d’étrangers. La commune d’environ 10 000 habitants limite depuis quelques années l’affluence à cette fête qui attire des touristes du monde entier, notamment britanniques, japonais et américains.

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©AFP PHOTO / JAIME REINA

La participation à la fête, déclarée d’intérêt touristique national depuis 2002, est payante – 10 euros minimum – pour les touristes, et gratuite pour les résidents de Buñol, afin de limiter le nombre de participants.

La première Tomatina a eu lieu en 1945 : une rixe entre habitants lors de la fête du village aurait dégénéré en bataille de tomates sur l’étal d’un marchand de légumes. Franco avait banni la tradition, mais elle a rapidement fait son retour à la fin de la dictature. Son succès a inspiré des événements similaires en Colombie, au Costa Rica, au Chili ou aux États-Unis.

On ne joue pas avec la nourriture

Se baigner dans des litres de passata alors que les habitants de nombre de pays étrangers manquent de vivres, est-ce bien sérieux ? Le Nigeria par exemple, a subi en 2016 un véritable état d’urgence lié à la tomate, après que 80% des récoltes annuelles aient été perdues à cause d’insectes.

©EPA/BIEL ALINO

Que le symbole offusque ou non, toujours est-il que les grappes de la Tomatina n’étaient, quoi qu’il arrive, pas destinées aux assiettes des Espagnols : les 170 000 kilos de tomates lancés en 2015 selon El Pais sont des surplus qui ne « rencontrent pas les critères du marché national ». Trop molles ou trop petites, elles sont envoyées en chambre réfrigérante deux semaines avant la fête. Elles ont ainsi souvent l’aspect de tomates propres à la consommation, mais sont déjà pour la plupart pourries – il est d’ailleurs important qu’elles ne soient pas trop dures, afin que les festivaliers puissent se les jeter allégrement au visage.

Six camions les emmènent ensuite dans les rues de Buñol, où elles sont déversées. « Qui plus est, ça donne plus de boulot aux entreprises », assure, sûr de lui, le chef de Centrimed Javier Mechó, un producteur de fruits et légumes espagnol.

 

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