Paris Match Belgique

Obligation vaccinale : la Belgique beaucoup moins stricte que la France

Le vaccin contre la polio est le seul à être légalement obligatoire en Belgique. | © Flickr : Pan American Health Organization PAHO

Société

La France s’apprête à rendre obligatoire onze vaccins pour les enfants dès janvier 2018.

Coqueluche, rougeole, oreillons, rubéole, hépatite B, bactérie Haemophilus influenzae, pneumocoque et méningocoque C. Ces vaccins, autrefois simplement recommandés, seront rendus obligatoires pour les enfants et les nouveaux nés français dès janvier prochain. Confirmée ce jeudi 31 août par la ministre française de la Santé Agnès Buzyn, la nouvelle n’a pas manqué de relancer la polémique notamment auprès des détracteurs du vaccin.

Vaccin, quand tu nous tiens

Pour justifier sa décision, le gouvernement français ne cesse de rappeler l’efficacité du vaccin, notamment contre la poliomyélite et la diphtérie, des maladies ravageuses quasiment disparues en France depuis leur vaccination. Rendre le vaccin obligatoire viserait ainsi à le rendre plus efficace selon l’Agence française de Santé publique qui estime que pour éradiquer une maladie par le vaccin, il faut que 80 à 95% de la population soit vaccinée. L’objectif principal derrière l’obligation vaccinale serait donc officiellement de favoriser la dite « immunité de groupe » : plus les gens seront vaccinés, moins il y aura de chances pour qu’ils contaminent ceux qui ne le sont pas.

Lire aussi > En 2050, la résistance aux antibiotiques causera 10 millions de morts par an

Si jusqu’à présent, les parents avaient encore le choix de vacciner ou non leurs bambins, ils risqueront en théorie jusqu’à six mois de prison et 3 750 euros d’amende, une fois la législation effective. « L’idée c’est que les 15 % des enfants [non vaccinés] qui mettent en danger les autres et qui favorisent la ré-émergence d’épidémies pour lesquelles il y a des morts aujourd’hui se mettent en ordre de marche pour protéger le reste de la population », a déclaré Mme Buzyn.

Photo d’illustration. © BELGA PHOTO BRUNO ARNOLD

La polio, vaccin de tous les vaccins

En Belgique, seul le vaccin contre la poliomyélite est légalement obligatoire et ce depuis 1967. Tous les autres ne le sont pas, même les vaccins contre la diphtérie ou le tétanos, et c’est à se demander pourquoi. Car dans les faits, c’est comme si c’était le cas. « La polio est le seul vaccin obligatoire en Belgique car c’est une maladie extrêmement grave qui a fait énormément de dégâts », rappelle Yves Rasir, de la revue Neo Santé. « Dans la mémoire collective, c’est un vaccin qui sert d’épouvantail à tous les autres. »

Lire aussi > Le Royaume-Uni ne rembourse plus l’homéopathie et boude la médecine alternative

Contrairement à la France qui jusqu’à présent n’obligeait que la vaccination des DTP (pour diphtérie, tétanos et poliomyélite), la Belgique ne fait que les recommander, au même titre que les vaccins contre la rougeole, la rubéole ou encore les oreillons. « Chaque pays se doit d’adapter sa politique de vaccination selon sa réalité épidémiologique », rappelle-t-on à l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE). « La décision de la France d’imposer 11 vaccins ne peut que nous conforter dans nos propres convictions », affirme l’organisation qui estime que la Belgique possède une bonne couverture vaccinale, face à d’autres qui la juge néanmoins insuffisante.

Les Belges pas assez vaccinés ?

Devant des épidémies importantes de rougeole et de coqueluche, certains pays comme la France et l’Italie prennent ainsi des « mesures plus importantes », justifie-t-on. « Ces mesures sont indispensables si l’on veut protéger les enfants de maladies encore présentes et réellement dangereuses et à terme, les éradiquer dans le monde entier », rappelle le Dr. Morales de l’ONE, sans nier les effets secondaires vivement pointés du doigt par les anti-vaccins. « Ces symptômes existent bel et bien mais ne surviennent que très rarement », ajoute-t-elle.

Quant à savoir si la Belgique, à l’instar de ses voisins français et italiens, rendra un jour obligatoire d’autres vaccins que celui contre la poliomyélite, « aucune révision n’est à l’ordre de jour pour le moment », déclare-t-on à l’ONE. « Jusqu’à preuve du contraire, nous n’avons pas entendu d’échos de la part du politique sur ce sujet ». Du côté de la ministre belge de la Santé Maggie De Block, on estime en effet inutile de rendre obligatoire toute autre vaccination. « En Belgique, le taux de participation à d’autres vaccinations chez les enfants est très élevé ; il n’y a donc pas lieu d’introduire une obligation », précise-t-on. Pour la poliomyélite, la diphtérie, la coqueluche et le tétanos, ce taux s’élèverait à 99%, d’après le rapport de performance 2015 du Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE).

Photo d’illustration. © EPA/KENNY CROOKSTON

Dictature de la piqûre

Si d’aucuns se réjouissent de l’hyper vaccination mise en oeuvre dans l’Hexagone, d’autres dénoncent une véritable « dictature vaccinale » d’autant plus « en marche » depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au gouvernement. « Ce n’est pas du tout une question de santé publique mais une affaire de business pharmaceutique », déplore Yves Rasir, rédacteur en chef de la revue Neo Santé, qui dénonce depuis des années la vaccination comme une pratique dangereuse. « Les risques sont minimisés et leur utilité d’autant plus douteuse », ajoute-t-il, « sans compter qu’il existe un mouvement de contestation de plus en plus important contre l’obligation vaccinale ».

Lire aussi > La vaccination face à une épidémie de théories du complot

Même en Belgique, où plusieurs plaintes ont été déposées contre l’ONE par des parents ayant refusé de vacciner leur enfant. Abus de confiance, harcèlement ou abus de faiblesse, plusieurs dénoncent encore aujourd’hui les moyens de pression (voire le chantage) utilisés par les professionnels qui prônent la vaccination tous azimuts. Une polémique toujours plus vive où les pour et les contre ne cessent de se renvoyer l’aiguille…

CIM Internet