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Les Roumains se soulèvent contre un décret qui décriminalise la corruption

Ce 2 février, des milliers de manifestants ont protesté contre le nouveau décret adopté par le gouvernement. | © Andrei Pungovschi / Anadolu Agency

Société

La Roumanie a connu mercredi soir des manifestations antigouvernementales de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Un mouvement de protestation inédit depuis la chute du communisme, qui fait suite à l’adoption d’un décret controversé.

Le drapeau bleu, jaune, rouge flotte régulièrement dans les rues de Bucarest, à la suite de manifestants. La fierté certainement, encore et toujours, d’être Roumains malgré les récents évènements. La volonté, peut-être aussi, de défendre leur pays de la corruption. Depuis mercredi en début de soirée, les roumains marchent dans les rues pour dénoncer la décision du gouvernement social-démocrate d’assouplir la législation anticorruption. Selon les médias nationaux, au moins 200 000 personnes sont descendues dans la rue à travers tout le pays, dont la moitié dans la capitale. En l’absence de chiffres des autorités, les journaux ont estimé le nombre de manifestants jusqu’à 300 000, dans toute la Roumanie. Les grandes villes de Cluj, Sibiu ou Timisoara ont vu se former des rassemblements importants, tout comme des localités de taille plus modeste.

Un décret décrié par le peuple et l’opposition

Sous des températures passées sous la barre des 0°C, les Roumains ont manifesté leur indignement face à un décret d’urgence adopté mardi soir par le gouvernement, et qui devrait entrer en vigueur dans les dix jours. La loi prévoit, entre autres, de décriminaliser les délits d’abus de pouvoir et de conflits d’intérêts dont les dommages seraient inférieurs à 44 000 euros, dans l’espoir de désengorger les prisons roumaines. Mais nombre de citoyens craignent en même temps une recrudescence de la corruption contre laquelle ils luttent depuis le procès du premier ministre Victor Ponta en 2015, pour évasion fiscale et blanchiment d’argent.

Roumanie
©Xinhua/Gabriel Petrescu – Certains médias parlent de centaines de milliers de manifestants.

Le leader des socio-démocrates – le parti au pouvoir -, Liviu Dragnea, pourrait directement bénéficier de cette nouvelle loi : il est actuellement poursuivi pour abus de pouvoir. Mais la riposte politique ne s’est pas fait attendre, puisque les partis de l’opposition ont d’ores et déjà introduit une motion de défiance contre le gouvernement. Le ministre des entreprises a quant à lui démissionné de son poste, affirmant sur Facebook : « Je ne veux pas avoir à dire à mon enfant que je suis un lâche et que j’ai accepté quelque chose auquel je ne croyais pas ». Du côté de Bruxelles aussi, les remarques fusent. Hier, Jean-Claude Juncker a exprimé son inquiétude : « La lutte contre la corruption doit avancer, pas reculer », peut-on lire dans sa déclaration.

Pétards et gaz lacrymogène

Dans la capitale, la manifestation s’est achevée par des incidents entre les forces de l’ordre et les derniers groupes de manifestants restés face au siège du gouvernement, place de la Victoire. Alors que la plupart des attroupements s’étaient dispersés, les forces de l’ordre ont essuyé des jets de pétards, de pierres et de bouteilles de la part de groupes isolés. Elles ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène. Certains manifestants ont tenté de s’interposer aux cris de « sans violence » et « pas comme ça ! »

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©Andrei Pungovschi / Anadolu Agency – À Bucarest, les manifestations se sont terminées dans la violence.

Selon le secrétaire d’Etat Raed Arafat, deux gendarmes et deux manifestants ont été légèrement blessés et transportés à l’hôpital. Un millier de gendarmes étaient déployés à Bucarest pour cette manifestation qui a commencé en début de soirée et a duré près de cinq heures, dans un froid glacial.

Avec Belga

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