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Louer un poisson rouge pour la nuit : « C’est déplorable » selon Gaïa

© Flickr @Lindsay Caro

Société

Depuis plusieurs jours, un hôtel à Charleroi fait le buzz. Sa particularité : son service de location de… poissons rouges. Pour 3,50 euros, il est ainsi possible de louer un poisson rouge afin qu’il nous tienne compagnie. Pour Gaïa, association de défense pour les animaux, ceci n’est que « foutaise » destiné à faire la publicité de l’hôtel.

 

En septembre, une touriste néerlandaise avait posté sur son compte Facebook la photo d’un bocal à poisson rouge. Une photo repostée sur Twitter par Michelle Cook, son amie néo-zélandaise, et qui est rapidement devenue virale : « Mon amie reste dans un hôtel en Belgique pour la nuit. On lui a proposé de louer pour la nuit un poisson, au cas où elle se sentirait seule #sansdec ». 

Un tweet qui a été liké plus de 35 000 fois et partagé plus de 13 000 fois (sans compter ses re-partages sur d’autres réseaux sociaux comme Facebook et Instagram). Pour lutter contre la solitude dans les chambres d’hôtel, le Charleroi Airport Hotel du groupe Van der Valk propose à ses clients de louer un poisson rouge pour leur tenir compagnie. Un service qui n’a pas été du goût de tout le monde.

Situé à côté de l’aéroport de Charleroi, avec ses 154 chambres, l’hôtel se décrit comme étant le plus grand de Wallonie. « Parfois, lorsqu’il y a du monde à la réception, cela prend du temps pour s’enregistrer. Pour détendre l’atmosphère de façon ludique, j’ai pensé, en mars 2013, à l’idée de louer un poisson. Le bocal se trouve à la réception et les gens ont commencé à en parler les uns aux autres et à le prendre en photo » explique David Dillen, originaire d’Anvers et manager de l’hôtel. Car si l’info ne fait le buzz que depuis plusieurs jours, cette location de poisson elle, ne date pas d’avril hier. En 2013 déjà, l’affiche avait déjà fait parler d’elle, mais pas autant qu’aujourd’hui.

Sur Twitter, nombreux ont été indignés de ce service particulier. À RTL, un ancien amateur d’aquariophilie parle de « maltraitance animale » : « Placer un poisson dans un bocal de 10 litres va le conduire à une mort prématurée. Dans son bocal il ne vit pas, il est stressé, il peut en tomber malade. (…) Un poisson est un animal qui ne doit pas vivre seul. Le fait de le mettre dans un environnement peu stimulant est difficile pour lui et va conduire à un trouble du comportement. Par exemple, le fait de tourner sur lui-même en permanence. Il est nécessaire de rajouter un compagnon ». En Suisse, il y a même une loi qui protège les poissons rouges depuis 2008 : il est illégal de n’en posséder qu’un seul, tout comme les lapins, les cobayes et les tortues.

Une idée idiote qui ne répond à aucune nécessité.

Pour Michel Vandenbosch, président de l’association de défense pour les animaux Gaïa, « l’hôtel fait preuve d’une arrogance et d’une méconnaissance des poissons rouges » en affirmant que leurs poissons bullent dans le grand et joli aquarium dans la salle de ménage de l’hôtel et qu’en quatre ans, aucun de leurs poissons ne serait mort. « D’ailleurs, on ne sait même pas si c’est vrai. Je suis fort sceptique de leurs déclarations » ajoute Vandenbosch. Si Gaïa déclare ne pas souhaiter non plus faire une affaire d’état de cette histoire car elle a d’autres combats de plus grande ampleur à mener comme l’abattage sans étourdissement, elle admet cependant que les poissons ne sont pas des animaux à négliger pour autant : « Ce n’est pas juste une bête simple sans mémoire. La science a suffisamment démontré que c’était faux. Cela reste un être vivant vulnérable. Le poisson rouge a de grandes capacités, il peut retenir des choses qu’il a vécues pendant plusieurs mois, et éprouver une douleur physique et psychologique. (…) Si l’hôtel veut vraiment garder cette idée idiote qui ne répond à aucune nécessité, qu’il fasse preuve d’au moins d’un peu plus de respect envers les poissons en les louant avec un vrai aquarium avec un filtre, et pas des bocaux, où ils manqueront d’oxygène et où ils ne pourront pas bien évoluer ».

Des poissons contre l’ennui, vraiment ?

Car en effet, comme le souligne le président de l’association, adopter des poissons pour lutter contre l’ennui dans des chambres d’hôtel n’a jamais répondu à une quelconque demande : « C’est juste un coup de pub de l’hôtel qui ne relève d’aucun besoin. C’est de la foutaise ! Si les clients se sentent seuls, ce n’est pas un poisson rouge qui va changer cela. Et ça serait triste de penser qu’un simple poisson rouge va combler sa solitude. Et honnêtement, il y a bien d’autres façons de s’occuper dans un hôtel quand l’on se sent seul. C’est déplorable de la part d’une telle chaîne d’hôtel ». Et comme le souligne Vandenbosch, l’hôtel a aussi un certain devoir de sensibilisation : « Ils montrent le mauvais exemple aux enfants. Les animaux ne sont pas des gadgets que l’on loue et que l’on traite mal en les mettant dans des bocaux inadaptés ».

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Pour passer une soirée près de Maurice le poisson, il faut compter 3,50 euros la nuitée. Et encore, cela dépend : « S’il s’agit d’un homme d’affaires, il arrive qu’il aime se vanter dans son entreprise avec une note de frais pour un poisson loué. Mais si c’est une famille avec des petits enfants et que ceux-ci veulent emmener le poisson dans leur chambre, alors ils le reçoivent gratuitement »  explique le manager de l’hôtel à 7sur7. Une somme que Gaïa invite à ne pas dépenser : « Il vaut mieux garder son argent que de l’utiliser pour rendre les poissons malheureux et se laisser embobiner par un coup de pub ». Quant au manager de l’hôtel, il ne souhaite plus s’exprimer sur le sujet. Bien qu’il concède que cela lui ait fait plaisir et que certes, il s’attendait à un buzz « mais à pas à ce point-là », il admet cependant qu’il est encore trop tôt pour savoir si ce service de location de poissons à ramené plus de clients. Il avoue être « exténué » : « cela fait deux jours que je suis au téléphone jour et nuit. J’ai deux jours de travail à rattraper. Je ne veux plus accorder d’interview, j’ai un hôtel à gérer ! ». Et des poissons à louer.

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