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Le Parc Maximilien en alerte humanitaire

Le manque d'information entretient la paralysie du Parc Maximilien. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Société

Les interventions policières sont de plus en plus fréquentes à la Gare du Nord et au Parc Maximilien pour intimider et interpeller les migrants. Médecins du Monde et d’autres organisations les dénoncent et ne cessent de réclamer une prise en charge « humaine » et non « répressive », par l’ouverture d’un centre d’accueil et d’information.

Ce mercredi 6 septembre, les policiers ont débarqué pour une énième rafle à la Gare du Nord. D’après la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés à Bruxelles, ces interventions, qui surviennent tous les deux jours en moyenne, sont le quotidien des migrants présents à la gare ou au Parc Maximilien avec à chaque fois, 10 à 30 arrestations. Ce mercredi, il y en a eu une quarantaine, selon Béatrice Lacroix, référent médical pour le parc de Bruxelles. « Avant la descente, ils étaient entre 400 et 600 personnes au parc et à la gare mais depuis une partie s’est éparpillée ». Problématique pour Médecins du Monde, dont elle fait partie, et les autres organisations : « plus les gens sont éparpillés, plus les gens sont apeurés et moins nous allons pouvoir aller vers eux, parce qu’on les trouve moins facilement mais aussi parce que le lien de confiance est plus difficile à établir ». Difficile alors pour eux de les soigner.

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Et la situation n’est déjà pas idéale, elle se détériore même : de plus en plus de personnes ont besoin de soins médicaux dans le quartier Nord de Bruxelles. Face à ce besoin urgent et grandissant, Médecins du Monde a renforcé sa présence au sein du Parc Maximilien depuis ce mercredi. Leurs équipes médicales sont présentes dorénavant chaque lundi, mercredi et vendredi à partir de 14h, contre deux soirs par semaine. Une solution pour alléger le travail de ces infirmiers et médecins qui recevaient, avant le dispositif renforcé, plus de 40 personnes par soir.

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Publié par Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés Bruxelles sur mercredi 6 septembre 2017

Fractures, problèmes respiratoires, dermatologiques, musculaires ou digestifs, blessures… les symptômes sont nombreux et inévitablement liés à leurs conditions de vie. « Ces blessures peuvent avoir eu lieu durant leur parcours pour venir ici », analyse Pierre Verbeeren, directeur de Médecins du Monde. « Mais certaines sont clairement la conséquence des raids et des actions de la police à Bruxelles ces dernières semaines ».

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« Des violences inadmissibles, dangereuses et contre-productives »

Que ce soit du côté citoyen ou des ONG, tous dénoncent ces interventions policières, loin de l’appel à l’apaisement émis par la police elle-même, fin août. « Les personnes qui sont au parc Maximilien sont dehors, sans toilettes, sans douche, sans nourriture. Ils n’ont pas accès à des soins de santé, c’est notre préoccupation première, explique Jonathan Hardenne, le porte-parole de Médecins du Monde. On veut qu’ils soient davantage pris en charge de manière humaine et pas de manière répressive, comme c’est un peu la tendance pour le moment avec les interventions policières ». Pour le directeur de l’ONG, « ces violences sont inadmissibles, dangereuses et contre-productives : l’exemple de Calais suffit à s’en rendre compte. La répression et les solutions court-termistes, cela suffit ! »

Pour Béatrice Lacroix, sur le terrain, ces interventions vont surtout à l’encontre de ce qu’ils demandent depuis plusieurs mois : « la mise en place au niveau de Bruxelles d’un centre d’accueil et d’orientation, qui permettrait de mettre à l’abri, en termes d’hébergement mais aussi des besoins fondamentaux, y compris les soins, toutes les personnes qui sont dans cette situation actuellement ».

L’information, un élément crucial

Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon veut renforcer les contrôles des migrants, qui restent, selon lui, dans l’illégalité par choix. Un argument déjà utilisé de nombreuses fois pour dire que les migrants restent en Belgique, en attendant de partir vers l’Angleterre. Mais selon Médecins du Monde, sur le terrain, la réalité est bien plus variée. « Bien sûr, il y en a certains qui ne veulent pas rester en Belgique mais il y en a surtout beaucoup qui ne savent pas du tout quelles sont les possibilités pour eux en Belgique, explique Jonathan Hardenne. Ils ne savent pas comment faire une demande d’asile, et s’ils le savent, ils ont l’impression qu’elle va être refusée ».

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Une idée complètement fausse, d’après le directeur de l’ONG. « Plus de 80% des personnes présentes au parc et à la Gare du Nord viennent de pays comme le Soudan, l’Érythrée ou l’Irak. Ils n’ont pas quitté leur pays de gaieté de cœur, mais parce qu’ils y ont été forcés. S’ils soumettaient une demande d’asile, elle serait très probablement acceptée. Mais ils ne le font pas parce qu’ils n’ont pas assez d’information sur le sujet ».

En plus du manque crucial d’information, d’autres migrants restent dans l’illégalité car « ils ont simplement une confiance totalement absente envers les autorités. Et cela, ça vient des mauvaises expériences avec la police », ajoute Jonathan Hardenne.

Un semblant de centre d’information mis en place par des volontaires en 2015 au Parc Maximilien de Bruxelles. © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Ce centre, proposé par Médecins du Monde, permettrait aux migrants de disposer des informations « complètes, justes et nécessaires » pour faire le point sur leur situation et comment l’améliorer. « Et cela, cela demande une mise en place qui ne devrait pas venir des organisations comme Médecins du Monde », constate son porte-parole.

Pas le rôle des ONG

Pour soutenir son action auprès des migrants du Parc Maximilien, Médecins du Monde lance un appel aux volontaires, médicaux et non-médicaux. Ces initiatives citoyennes ou d’organisations comme Médecins du Monde ou autres, elles sont nombreuses depuis le début de l’été. Distribution de sacs de couchage (ramassés et ensuite jetés par la police), chaîne humaine en solidarité avec les migrants ou comme protection symbolique… les démonstrations de mobilisation continuent mais Médecins du Monde rappelle que « ce n’est pas notre rôle. C’est quelque chose qui devrait venir des autorités. Mais en l’absence de propositions des autorités, on ne va pas rester les bras croisés et on agit ».

Une solution d’accueil ?

Du côté du bureau de Philippe Close, c’est la même impatience que chez les citoyens et ONG, avec qui il travaille beaucoup. « Juridiquement, la Ville de Bruxelles ne peut rien faire, c’est du ressort du Fédéral », explique une bonne fois pour toutes l’attachée de presse du bourgmestre, précisant qu’ils peuvent seulement intervenir pour la sécurité ou l’hygiène. « On attend que leurs instructions », qui peinent à arriver.

Une solution d’accueil (temporaire ?) a été mise en place pour les migrants les plus fragiles qui s’installent dans le parc Maximilien à Bruxelles et aux alentours de la Gare du Nord, indiquent jeudi Het Laatste Nieuws et De Morgen. Dans Le Soir également, le secrétaire d’État à la Migration Theo Francken confirme que des mineurs ou des femmes enceintes peuvent être accueillis via le Samusocial, qui a signé un accord avec Fedasil.

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