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Statues et pétitions : les États-Unis à la conquête de nouveaux symboles

Des manifestants se tiennent devant la statue du général confédéré Albert Pike à Charlottesville. | © ©AFP PHOTO / ZACH GIBSON

Société

Des habitants de différentes villes américaines demandent le remplacement de statues de colonialistes par celles de stars de la pop. Cette tendance s’inscrit dans une recherche de nouveaux repères culturels aux États-Unis.

Prince, le Purple One de la pop, symbolise presque à lui seul le violet. Au point que Pantone lui a récemment attribué sa propre teinte, le Love Symbole #2 . Mais aujourd’hui, la légende est en passe devenir un symbole bien plus politique. Les habitants du Minnesota, État où est née la star américaine, souhaiteraient voir sa statue remplacer celle d’un homme aussi célèbre que lui : Christophe Colomb. L’initiative peut faire sourire. Elle représente pourtant un désir de changement profond chez beaucoup d’Américains. Car Colomb est célèbre, oui, mais pas pour les même raisons. Pour certains, l’explorateur est un symbole du colonialisme. C’est l’avis de Wintana Melekin, l’initiatrice d’une pétition qui déjà récolté pus de 5 000 signatures sur les 6 000 demandées. Sur organizefor.org, elle explique :

« Dans le Minnesota, les communautés réitèrent leur demande afin de retirer la statue à l’effigie de Christophe Colomb, un homme qui a tué, violé et réduit en esclavage des Amérindiens et des Afro-descandants »

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Prince, en plus d’être né à Minneapolis, était un membre de la communauté afro-américaine et un exemple de réussite artistique. Il serait donc un symbole mieux choisi.

La culture brandie à la place de l’intolérance

Cette démarche s’inscrit dans une dynamique bien plus large. Les icônes confédérées et coloniales sont-elles devenues obsolètes ? Pour certains Américains, il n’est pas seulement question de tourner cette page douloureuse de leur histoire. Ces statues n’ont tout simplement plus lieu d’exister. Leur posture figée s’oppose à la dynamique du changement. Elles nous rappellent que la situation des Afro-américains et des Amérindiens est loin d’être au beau fixe. Elles servent aussi d’ appui aux suprémacistes blancs qui trouvent un nouveau souffle à l’ère de Donald Trump.

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La pétition qui a circulé pour ériger une statue de Missy Elliott en lieu et place d’une monument aux morts de conféférés ne disait pas autre chose. On pouvait y lire que ce remplacement permettrait de « renverser la suprémacie blanche, la retourner et l’inverser ». C’est une manière de résister aux évènements qui ont eu lieu à Charlottesville, en Virginie, au mois d’août. Ceux qui ont apposé leur signature virtuelle sur cette pétition sont plus de 30 000, preuve que cette volonté n’est pas celle d’un seul homme ou d’une seule femme. Avec le choix de figures telles que Prince ou la rappeuse Missy Elliott, la culture est une meilleure réponse à l’intolérance.

Indigenous Peoples’ Day plutôt que Columbus Day

Ce n’est pas la première fois que l’image de Christophe Colomb est remise en cause aux États-Unis. Le 9 octobre est un jour férié de l’autre côté de l’Atlantique : c’est le Columbus Day. Ce jour-là, les Américains célèbrent en grande pompe la découverte de l’Amérique par l’Espagol en 1492. Mais en 1977, une conférence à l’ONU a proposé que cette tradition soit rebaptisée Indigenous Peoples Day. Il s’agirait alors de mettre en avant la culture amérindienne plutôt que le colonialisme.

Cette célébration alternative, qui met en avant les oubliés de l’Histoire, a été officiellement reconnue par la ville de Los Angeles. Un vote a eu lieu le 30 août dernier, changeant de manière définitive cette journée en Indigenous Peoples’ Day. La ville californienne emboîte ainsi le pas à d’autres villes comme Denver, Portland et Albuquerque.

Mitch O’Farrell, membre de l’administration de Los Angeles et de la tribu Wyandotte Nation, s’est félicité de cette décision. « Nous avons fait un pas en avant qui est juste, qui apaise et qui est clair aux yeux de l’Histoire », a-t-il souligné à l’issue de ce vote favorable.

Alors qu’en Amérique les statues et les traditions centenaires sont en en train de changer, les pas en avant ne cessent de se multiplier.

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