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Après Irma, les premiers témoignages alarmants des habitants de Saint-Martin et Saint-Barthélémy

Spectacle de désolation à Saint-Martin. | © AFP PHOTO / Martin BUREAU

Société

Après le passage de l’ouragan Irma, les îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy sont à 95% détruites. Les habitants tentent de survivre en attendant les secours.

Les habitants des îles de Saint-Martin et Saint-Barthélémy ont dû faire face au cyclone le plus puissant jamais enregistré pendant 33 heures sans discontinuer, un record de durée. Mais même si Irma est passé, « l’après » semble tout aussi traumatisant et chaotique pour la population.

Solidarité sur les réseaux

Sur un groupe Facebook de soutiens, les premiers témoignages affluents. Maisons ravagées, électricité coupée, vivres qui commencent à cruellement manquer, voilà les premiers retours. Sans portable, des centaines de personnes cherchent désespérément leurs proches.

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Camille, une habitante raconte : « les gens sont traumatisés en pleurs mais ils sont solidaires. Il y a du réseau qu’à certains endroits de l’île. Il n’y a pas d’eau donc niveau sanitaire c’est catastrophique, on se rince dans l’eau des piscines marron. Il y a la peur des maladies. Des amis me disent qu’ils ont vu la mort de près ».

Plusieurs dizaines de victimes seraient déjà à déplorer. Même si l’état de catastrophe naturelle a été signé dans la journée, les secours semblent très longs à arriver. « La seule aide qu’on a vu venir ce sont des petits bateaux privés arrivant avec de l’eau. Des gens venus de la Guadeloupe en bateau. Quand on écoute les infos ils disent tous qu’un pont aérien se fait entre la Guadeloupe et Saint-Martin pour venir en aide mais personne ne dit rien sur les secours pour aller à Saint-Barth ».

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Appel à l’aide

Une autre habitante interpelle le gouvernement français dans un appel à l’aide : « Les habitant de Saint-Martin sont livrés à eux-mêmes. Vous avez sous-estimé l’ampleur des dégâts et du niveau de vie qui règne sur l’île désormais. La plupart des habitants ne savent même pas qu’un cyclone de catégorie 4 est susceptible de passer sur l’île ce week-end ! ». En effet, un autre ouragan vient d’être annoncé. José devrait arriver aux Caraïbes ce week-end.

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Christophe, patron de la société Gold Car Rental s’inquiète : « cela ne va pas du tout après la destruction totale de l’ile, on fait face à des scènes de pillages cela va être terrible dans quelques jours quand les gens n’auront plus à boire ni à manger. Nous avons besoin de gros soutien logistique et surtout ramener l’ordre. Faites le savoir par tous les moyens que vous pouvez. Car nous n’avons plus aucun moyen de communication. On ne tiendra plus longtemps. »

AFP PHOTO / DUTCH DEFENSE MINISTRY / GERBEN VAN ES.

Des coups de feu entendus

Gabriel Pertusot, pilote à Saint-Barthélemy est plus glaçant : « Il y a des corps dans la rue. Certains quartiers sont inaccessibles même à pied même en essayant d’escalader les débris. D’autres quartiers n’existent même plus… Tout est détruit. On dirait qu’il y a eu un bombardement. Beaucoup n’ont plus de voiture, plus de foyer, plus de réserve de nourriture, plus d’affaires. Tout s’est envolé. Des centaines de personnes se sont réfugié dans leurs placards ou salles de bain pendant plusieurs heures en essayant de bloquer la porte. Le bruit du vent et de tout qui tapait et s’arrachait était un bruit de fin du monde. Des pillages ont eu lieu partout sur l’île, même dans certains stocks d’armes de la police. On a essayé de garder l’entrée du quartier où on est réfugié hier soir. Il y a eu des coups de feu. Il n’y a pas d’eau, pas d’électricité. On se met naturellement à se rationner et à parler de survie. Aller d’un endroit à un autre pour prendre des nouvelles ou trouver du matériel ou de la nourriture devient une mission d’une journée. L’armée se met en place. C’est une catastrophe. »

C’est un film d’horreur, on se planque, on sort que pour aller chercher de la nourriture.

AFP PHOTO / Martin BUREAU

La survie à tout prix

Les pillages sont aussi un problème de plus en plus inquiétant. Des coups de feu ont été entendus à plusieurs endroits des deux îles. Les bureaux de douanes auraient été pillés. « Les Terres Basses ont été pillés, toutes les villas. Maintenant il y a des équipes de mecs armés qui rentrent dans les maisons !! C’est un film d’horreur, on se planque, on sort que pour aller chercher de la nourriture, on est douze on dort à même le sol. Mais croyez-moi on est des princes à côté des autres… Les gens marchent dans les rues avec des cabats, ce sont les seules affaires qu’ils ont pu récupérer dans les inondations. Je n’arrive pas à croire ce qui est en train de se passer. L’aéroport Julianna est détruit, quand est-ce qu’on va pouvoir partir d’ici… c’est horrible. Le bloc chirurgical s’est effondré, maintenant ce sont les sapeurs pompiers qui gèrent les blessés, les pharmacies sont pillées… Les quartiers de Grand Case, Ance Marcel, Marigot, Cul de Sac, Concordia, Maho, Phillipsburg, Orient Bay… il ne reste rien. »

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Épuisés, les habitants tentent de rester solidaires mais se sentent abandonnés. Beaucoup souhaiteraient que la France gère la situation comme le font les États-Unis en affrétant des vols spéciaux. Les appels aux dons se multiplient déjà en métropole et sur le web. Un habitant a posté une vidéo déjà largement partagés pour alerter les autorités et les français.

 

 

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