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Gina Haspel, l’espionne controversée devient la première femme à la tête de la CIA

Le siège de la CIA à Langley, en Virginie. | © Olivier Douliery/Consolidated/Pool/dpa

Société

Donald Trump l’avait nommée en février 2017 comme directrice adjointe de la CIA, aujourd’hui elle vient remplacer Mike Pompeo à la tête de l’agence. Qui est donc la nouvelle directrice de la CIA ?

Difficile de croiser le regard de Gina Haspel, la nouvelle directrice de la CIA – et ainsi la première femme à atteindre un poste aussi élevé dans l’administration des services secrets américains. Si son visage sévère est un mystère pour la plupart des citoyens, voire même pour les médias, c’est que l’ancienne espionne a longtemps opéré sous couvert pour l’agence. Aujourd’hui, nommée par Donald Trump à la tête de la « central intelligence agency », elle sort de l’ombre. De même que ses secrets.

Une espionne médaillée

Voilà 32 ans, une jeune Gina Haspel passe pour la première fois les portes de la célèbre agence de renseignements américaine. A priori, il y a de quoi voir en elle une figure à la Carrie Mathison, dans la série Homeland : une jeune femme intrépide, experte des opérations sous couverture, qui finira par grimper les échellons de l’administration jusqu’aux plus hauts postes. Depuis 1984, elle a servi dans de nombreux pays à travers le monde, et notamment à Londres, à la fin des années 2000. Son succès et son expérience ont de nombreuses fois été récompensés : par un Donovan Award, une médaille du mérite des services secrets, le « Presidential Rank Award – le prix le plus prestigieux des services fédéraux – et par George Bush Senior, pour son excellence en matière de contre-terrorisme.

Car tout comme son « double » fictif, Gina Haspel a énormément combattu le terrorisme au cours de sa carrière… Jusqu’à la faute, pour certains.

« Cat’s Eye », la prison secrète

Après le 11 septembre, l’espionne est propulsée à la tête de Cat’s Eye. À des années-lumière de la comédie musicale du même nom, il s’agit d’une prison secrète américaine installée en Thaïlande. Un « black site » en jargon militaire, qui abrite un projet confidentiel et fait référence aux infrastructures du gouvernement américain contrôlées par la CIA, dans leur guerre contre le terrorisme. En 2005, c’est le Washington Post, s’appuyant sur les dénonciations passées de diverses ONG, qui révèle leur existence. Un an plus tard, George W. Bush reconnait lui-même leur existence.

Et à Cat’s Eye, Gina Haspel dérape. Ou du moins, c’est ce qu’affirme le journal américain, qui l’accuse d’avoir soumis des prisonniers – parmi lesquels deux présumés terroristes, Abd al-Rahim al-Nashiri et Abu Zubaydah – à des simulations de noyade. La technique était qualifiée de « torture », avant que l’administration Bush ne l’autorise contre les suspects du terrorisme. La même année, alors que les avocats des détenus membres présumés d’Al-Qaïda souhaitent récupérer des vidéos compromettantes des interrogatoires, celles-ci sont introuvables. C’est Gina Haspel qui est alors suspectée de les avoir détruites. Cette disparition de preuves sera suivie d’une enquête de la justice américaine, qui se clôturera par une levée des charges contre l’espionne.

©AFP PHOTO / NICHOLAS KAMM – Mike Pompeo (à gauche) prête serment et devient le nouveau directeur de la CIA.

Des supporters…

Plus de dix ans après les évènements, la nomination de Gina Haspel comme directrice adjointe de la célèbre agence est alors vue avec frilosité par certains, et confiance par d’autres. « Gina est une agent exemplaire et une patriote dévouée qui apporte plus de 30 ans d’expérience à l’agence. Elle est aussi une dirigeante expérimentée avec une aptitude fantastique à faire les choses et inspirer ceux qui l’entourent », avait notamment indiqué Mike Pompeo, son ancien supérieur direct. Trois anciens directeurs de la CIA, dont Michael Hayden, avaient également soutenu Haspel. « Quel merveilleux choix de directrice adjointe », pouvait-on lire sur le site de l’agence centrale du renseignement. « Je suis certain qu’elle sera pour le directeur Pompeo ce que Steve Kappes a été pour moi – un ami de confiance, un lieutenant et un guide dans ces corridors parfois sombres de l’espionnage américain », avait-il encore déclaré.

… et des détracteurs

Dans le camps des démocrates, les sénateurs Ron Wyden et Martin Heinrich avaient quant à eux fait part de leurs réserves quant à l’ascension de Gina Haspel à cette position. « Son parcours fait qu’elle n’est pas adaptée pour ce poste », avaient-ils déclaré. D’autres avaient indiqué vouloir entendre la désormais patronne de la CIA s’engager dans le respect de la loi, en référence directe à la Convention des Droits de l’Homme qui interdit la torture.

©Olivier Douliery / Pool via CNP – Donal Trump en visite officielle pour la première fois au quartier général de la CIA.

Donald Trump et la torture

Cette nouvelle nomination intervient alors que certaines autorités et associations américaines s’interrogent encore sur les intentions flous de Donald Trump par rapport à la torture. On sait que le président avait interrogé le renseignement à ce sujet, avec une simple question : « Est-ce que la torture fonctionne ? » La réponse, évidente, mais non moins interpellante, était alors implacable : « Oui, absolument ». Mais le secrétaire à la Défense James Mattis, à qui revient la tâche de décider si l’État y aura recours ou non, a fait savoir son opposition à la torture.

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