Paris Match Belgique

Glyphosate au petit-déj : une étude qui « contribue à nourrir un climat anxiogène chez le consommateur »

L’analyse de 30 échantillons alimentaires a révélé que des traces de l’herbicide étaient présentes dans 16 d’entre eux. | © Flickr : Nana B Agyei

Société

Alors qu’une étude révèle que du glyphosate se trouve dans ce que l’on avale du petit-déjeuner jusqu’au dîner, d’aucuns s’affolent devant leur bol de cornflakes tandis que d’autres dénoncent une psychose délibérément alimentée.

Il se trouverait dans un peu plus de la moitié des produits de notre alimentation courante. Dans un spaghettis bolo, un houmous fait-maison ou un bol de muesli.

C’est l’ONG Générations Futures qui tire la sonnette d’alarme avec sa nouvelle étude. L’association française de défense de l’environnement a analysé trente échantillons de produits alimentaires, 18 à base de céréales et 12 de légumineuses sèches, achetés en supermarché. Et le résultat fait froid dans le dos.

Du pesticide au petit-déj

Au total, seize des échantillons analysés contenaient du glyphosate, soit plus de la moitié. Sept céréales de petit-déjeuner sur huit, sept légumineuses sur douze et deux pâtes alimentaires sur sept. L’information sonne comme une bombe, surtout quand on sait que parmi les produits testés se trouvent les céréales préférées de nos chères têtes blondes. Nestlé, Kellogs, Weetabix, Jordans et Granola figurent notamment sur la liste des contaminés.

Lire aussi > Glyphosate et crèmes glacées : Ben & Jerrys menacé par un boycott général

Du pesticide au petit-déj ? La question n’aura pas mis longtemps à frapper les esprits tout en relançant le débat houleux autour des pesticides. « Le glyphosate : un cancérogène que vous avalez dès le petit-déjeuner », lit-on dans la presse, quelques heures après la publication de l’étude. Ni une ni deux, le glyphosate devient « l’ennemi du petit-déjeuner« .

Photo d’illustration. Flickr : cookiespi

Du glyphosate à tout bout de champ

Pourtant, on le retrouverait partout ailleurs. Et pas que dans l’alimentation. Rien d’étonnant, pour un produit massivement répandu à travers le monde et considéré comme l’herbicide le plus utilisé de toute l’histoire de l’agriculture. « Aujourd’hui, il est tout simplement impossible d’échapper au glyphosate », estime Greenpeace. Présente dans de nombreux pesticides, comme le célèbre Roundup, le glyphosate se répand depuis 1974 sur nos cultures. Au Royaume-Uni, en Allemagne, aux États-Unis comme en Argentine, des traces du produit ont ainsi été retrouvées notamment dans du pain, de la bière, du vin et même dans des serviettes hygiéniques, souligne l’ONG.

Ce n’est pas du tout une bonne nouvelle pour la santé humaine.

Pour justifier ses recherches, l’organisation Générations Futures rappelle que « le glyphosate est très rarement analysé dans les aliments alors que l’ensemble de la population semble y être exposée ». Au vu des résultats, « il y a donc urgence pour l’Union européenne de renoncer à l’usage de cette molécule classée cancérogène probable par le CIRC et de faire évoluer en profondeur son modèle agricole devenu trop dépendant des pesticides de synthèse », déclare l’ONG.

Mais à l’heure où la dangerosité du glyphosate suscite toujours autant de controverses, certains dénoncent une volonté quasi orchestrée d’alimenter la psychose chez le consommateur.

Du glyphosate (composant essentiel du Roundup) retrouvé dans beaucoup d’aliments comme des pates, des céréales, des lentilles. ©Photo Julio PELAEZ. PHOTOPQR/LE REPUBLICAIN LORRAIN.

« Nourrir un climat anxiogène »

Si le glyphosate est une nouvelle fois dans le viseur des associations environnementales, c’est qu’il s’inscrit dans « un combat général bien plus vaste contre les pesticides », estime l’Afsca. Même à des doses infimes, sa simple présence suffit comme prétexte pour donner une nouvelle fois un coup de pied dans la fourmilière et faire trembler les géants de l’agro-business.

Lire aussi > Divergences et controverses autour du glyphosate

Selon l’étude, aucun échantillon ne dépasse les seuils fixés par la réglementation européenne. « Alors que les résultats de cette enquête sont présentés comme alarmants, la lecture de ces données témoigne au contraire d’une situation tout à fait conforme à la réglementation visant à assurer la sécurité du consommateur », déclare la Plateforme Glyphosate France pour qui l’ONG Générations Futures « contribue une fois de plus à nourrir un climat anxiogène chez le consommateur ». Selon la Plateforme, les doses analysées sont près de 250 fois inférieures aux limites prévues par la réglementation sanitaire, avec une concentration de 40 µg/kg pour une limite fixée à 10mg/kg. « Or c’est bien la dose qui permet d’évaluer un risque éventuel pour le consommateur et non la présence d’une substance per se, si minime soit-elle », poursuit-elle.

Quel danger ?

En mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé le glyphosate comme une substance cancérogène « probable chez l’homme », malgré des « preuves limitées ». Six mois plus tard, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a quant à elle jugé ce risque cancérogène « improbable ». Plus récemment, l’Agence Européenne des produits chimiques (ECHA) tire à son tour la même conclusion. Le glyphosate ne serait pas cancérigène. Mais la question continue de diviser l’Europe et la communauté scientifique.

Lire aussi > « Tous contaminés par le glyphosate » d’après des tests réalisés sur l’urine d’Emily Loizeau ou Alex Vizorek

À l’heure actuelle, l’Organisation mondiale pour la santé (OMS) et le CIRC semblent s’être mis d’accord sur le fait qu’il soit « peu probable » que le glyphosate provoque un risque cancérogène, sauf dans des cas de « forte exposition ». Dans son rapport, l’ONG Générations Futures elle-même se garde bien de tirer des conclusions précises sur le risque sanitaire. Sans dépassement des limites maximales en résidus, difficile en effet de parler d’un réel danger.

« Évidemment, il n’y a pas de risque d’intoxication aiguë, mais on sait qu’être exposé à un produit cancérogène à côté d’autres, dans d’autres secteurs de l’environnement, pendant des années et des années, ce n’est pas du tout une bonne nouvelle pour la santé humaine », ajoute François Veillerette, directeur de Générations Futures pour qui la dangerosité du glyphosate à grande échelle est encore largement méconnue.

CIM Internet