Paris Match Belgique

Tabou dans la rue : les femmes SDF victimes ignorées de viols et d’agressions sexuelles

Selon le dernier recensement de l’Insee, 38% des personnes sans-abri en France sont des femmes. | © Flickr : benessere

Société

France Info publie un glaçant témoignage sur la situation des femmes SDF, agressées sexuellement dans l’indifférence générale.

« J’ai été violée 70 fois en 17 ans de rue ». C’est par le témoignage glaçant d’une ancienne SDF que titre France Info son enquête sur la situation des femmes sans-abri. À travers plusieurs de leurs témoignages se dessine un constat sans appel : les femmes en errance sont très fortement exposées aux agressions sexuelles et aux viols.

Indifférence générale

Selon Agnès Lecordier, présidente d’une fondation en aide aux femmes sans abri en France, « environ une femme SDF sur trois a été agressée », précisant qu’aucune étude n’a été faite sur le sujet. « Il est impossible d’avoir des chiffres. » L’association Entourage avance quant à elle qu’une agression sexuelle sur une femme SDF a lieu toutes les huit heures en France.

Or, révèle France Info« ces agressions quotidiennes se déroulent dans l’indifférence générale ». Dénoncée en 2015 par une enquête du Point, la situation ne semble pas connaître d’améliorations.

Lire aussi > Trois nettoyeuses sur 10 sont victimes de violences sexuelles au travail

Selon le dernier recensement de l’Insee, qui date de 2012, 38% des personnes sans-abri en France sont des femmes. Un chiffre relativement peu connu, rappelle-t-on. « Le grand public n’est pas du tout au courant de cette réalité. On ne parle du quotidien des SDF que quand il fait froid dehors », soupire le responsable de centre d’hébergement d’urgence.

Flickr : FaceMePLS

Gigantesque tabou

« J’ai été agressée sexuellement une dizaine de fois dans la rue. » « J’ai été violée par d’autres sans-abri mais aussi par des hommes avec un domicile, qui m’ont dit que j’étais moins chère qu’une prostituée. » « Dès qu’un mec s’approche, je m’urine dessus pour le faire fuir. » Un à un, les témoignages font froid dans le dos. Au cœur d’un gigantesque tabou, ces expériences sont loin d’être des exceptions. « Ici, toutes les femmes ont été confrontées à ce type de violences », a confirmé Quentin Le Maguer, le responsable d’un centre d’hébergement d’urgence au Samu social de Paris.

Lire aussi > Belgique : 7% des femmes affirment avoir été victimes de viol sur leur lieu de travail

Victimes d’agressions courantes, ces femmes souvent laissées pour compte de la société demeurent dans le silence. « Une personne ne peut pas parler de ses souffrances quand elle a perdu confiance dans la société », analyse Samuel Coppens, le porte-parole de l’Armée du salut. Manque de confiance, peur de ne pas être crues ou prises en charge. Anne Lorient, une ancienne sans-abri qui a raconté son calvaire dans Mes années barbares (coécrit avec la journaliste Minou Azoulai), a ainsi confié : « C’est très dur de porter plainte, les SDF ne sont pas les bienvenues dans les commissariats. Ce sont les hôpitaux qui m’ont reçue qui ont souvent porté plainte à ma place. »

Flickr : Gilbert Mercier

Agressées par tous et partout

D’autant plus que la menace est partout. De l’agresseur jusqu’au lieu d’hébergement. En effet, « les agressions dans la rue, cela va du père de famille qui essaie de vous violer pendant que vous dormez au réseau mafieux qui monnaye un coin de trottoir », déplore une ancienne SDF. Des agressions qui se produisent jusque dans les centres d’hébergement d’urgence mixtes, forcées d’user de stratèges pour se protéger des hommes, voire de fuir définitivement ces lieux où elles se sentent en insécurité. « Certaines dorment le jour à proximité des lieux sécurisés, comme les gares. L’important, c’est de sentir qu’il y a du monde. »

Lire aussi > Viol : une affaire d’incompréhension et d’idées fausses

Le manque de centres d’accueil réservés aux femmes est certainement à pointer du doigt, mais la prise en charge demeure un « long processus » soupire Karine Boinot psychologue clinicienne et auteure d’une thèse sur la souffrance psychique des personnes sans-abri. « Certaines sont aidées par les rencontres qu’elles peuvent faire, des bénévoles et des professionnels » pendant que d’autres demeurent livrées à elles-mêmes. La reconstruction de ces femmes « abîmées » et « en morceaux » semble pourtant loin d’être la priorité de l’État.« Au Samu social, vu le budget qui nous est alloué par l’Etat, on ne peut pas financer des groupes de parole ou un suivi psychique. On est obligé de se tourner vers des dons », regrette Quentin Le Maguer. Enfin, pour le porte-parole de l’Armée du salut, « tous les efforts ont été faits sur le bâti au détriment du cadre humain.

 

CIM Internet