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L’habit ne fait pas le viol : une exposition montre la banalité des tenues que portent les victimes

Intitulée "What Were You Wearing ?", l'exposition collecte 18 tenues de 18 victimes d'agressions sexuelles | © Capture d'écran Twitter : Rebecca Gannon

Société

L’exposition casse le mythe selon lequel la victime se fait agresser à cause des vêtements qu’elle porte.

« Qu’est ce que tu portais quand c’est arrivé ? » La question revient souvent. Et pourtant, elle renforce sans cesse le sentiment de culpabilité des victimes.

Pour déconstruire l’idée répandue selon laquelle les victimes provoquent leur agresseur avec une tenue sexy ou aguicheuse, l’Université du Kansas a exposé dans ses locaux quelques pièces à conviction afin de prouver que non, l’habit ne fait pas le viol.

Qu’est-ce que tu portais ?

Intitulée « What Were You Wearing ? », l’exposition collecte 18 tenues de 18 survivants d’agressions sexuelles. L’installation a été mise en place sur base de témoignages recueillis auprès des étudiants des universités du Midwest. Par le biais de campagnes lancées à l’initiative de centres d’aide aux victimes de viol, des appels à témoignages ont été affichés dans les campus et partagés sur les réseaux sociaux.

Sur base des descriptions faites par les victimes qui ont accepté de témoigner, les étudiants et enseignants ont fait don de certains vêtements pour reconstituer les tenues.

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Accompagnées d’une brève description qui contextualise l’avant/après agression, les tenues vont du tee-shirt ample au jogging de sport. Rien de particulièrement affriolant dans cette série de vêtements tout à fait banals, parmi lesquels on retrouve même des habits d’enfants.

Certaines victimes ont en effet accepté de témoigner d’agressions vécues lorsqu’elles étaient encore enfants. « Des mois après mon agression, ma mère se tenait devant mon dressing et se plaignait du fait que je ne voulais plus porter de robes. J’avais six ans », lit-on sur l’un des écriteaux aux côtés d’une salopette de fillette.

Twitter @HamilcarB.

Déconstruire le mythe

« Nous souhaitons que les gens puissent s’identifier à travers cette exposition, ses tenues et ses descriptions », a expliqué Jen Brockman, directrice du Centre de prévention et d’éducation contre les agressions sexuelles de l’Université du Kansas, au Chicago Tribune. « Nous espérons que les élèves comprennent que l’idée qu’ils alimentent – selon laquelle ce sont les vêtements qui provoquent la violence sexuelle – est faux », ajoute-t-il.

Déculpabiliser les « survivants »

Au sein du campus, le projet a reçu un accueil particulièrement positif, se félicite Jen Brockman. « Nous avons reçu plusieurs ‘survivants’ qui ont vu l’installation et qui ont eu la confirmation que ce qu’ils portaient le jour de l’agression était une tenue normale, et que ce n’était pas de leur faute », explique celle qui a conduit l’exposition dans plusieurs autres universités du pays.

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« Nous constatons désormais de la part de nos étudiants une passion pour l’activisme, et pas juste pour la prévention et la sensibilisation », explique-t-elle. « Ils ont la vraie passion de changer les choses. »

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