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Carrefour à la rescousse des légumes issus de semences paysannes

Carrefour lance son "marché interdit" composé de douze variétés de légumes issus de semences anciennes. | © Capture d'écran Carrefour

Société

En France, l’enseigne de supermarchés Carrefour s’allie avec les petits producteurs pour remettre les légumes « interdits » au goût du jour.

C’est un énorme coup de marketing que vient de lancer la chaîne de grande distribution. Depuis ce mercredi 20 septembre, Carrefour propose dans ses rayons une nouvelle gamme de produits devenus rarissimes dans le panier de la ménagère.

Du potiron Angélique à l’artichaut Glaz-Ruz en passant par l’oignon rosé d’Armorique, ces légumes considérés comme « interdits » trôneront désormais sur les étalages des supermarchés de l’enseigne. L’objectif, sauver les variétés en voie de disparition et défendre la biodiversité.

Graines illégales

Si elles n’ont rien d’interdit, ces variétés clandestines sont tout simplement issues de semences paysannes non homologuées dans le catalogue officiel des graines autorisées sur le marchés européen. Établi lors de la première guerre mondiale, ce catalogue répertorie près de 45 500 espèces agricoles et potagères commercialisables en Europe. Toute graine ne faisant pas partie de ce répertoire est ainsi qualifiée d’illégale. Dès lors, ce sont des millers de variétés qui sont discriminées autant qu’exclues des rayons… et de la bouche du consommateur.

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Pourtant, seule la vente directe de ces graines non homologuées sont interdite. La commercialisation des légumes issus de ces semences est quant à elle autorisée. Si la grande distribution est en droit de proposer ces produits à ses clients, les producteurs de légumes anciens ont rarement eu leur place sur les rayons des supermarchés. Un réel problème qui concerne directement les paysans à qui l’enseigne Carrefour a décidé de tendre la main.

Capture d’écran Carrefour

Fruits & légumes clandestins

En proposant cette initiative (qui commencera en Bretagne puis en Île-de-France), Carrefour entend sauver certaines variétés séculaires et diversifier l’offre pour le consommateur. Un véritable soutien pour les agriculteurs qui continuent de cultiver ces variétés depuis des générations sur leurs propres terres. « Quand vous achetez vos fruits et légumes, vous pensez avec le choix ? », questionne-t-elle dans la vidéo de sa campagne. « Et bien non, vous n’avez accès qu’à 3.6% de variétés de fruits et légumes. » En effet, poursuit-elle, la loi de 1981 interdit la commercialisation « de plus de 96,4% des semences ».

Secteur semencier en crise

C’est que le marché de la graine traverse une crise silencieuse, et ce depuis des années. Piloté par une dizaine de multinationales comme Monsanto, Bayer ou encore Limagrain, le secteur semencier s’est vu entièrement standardisé avec l’arrivée de nouvelles variétés hybrides, faisant de « qualité », « homogénéité » et « productivité » les maîtres mots du secteur agricole. Depuis poussent dans les champs des semences de plus en plus testées, contrôlées, trafiquées et améliorées dans le but de correspondre aux normes de la production industrielle.

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Les défenseurs de graines anciennes réclament depuis des années l’assouplissement de cette législation complexe et aliénante. Car pour pouvoir figurer sur l’inventaire officiel, la semence doit répondre à plusieurs critères : adéquation aux normes DHS (Distinction, Homogénéité, Stabilité), test de valeur agronomique et technologique (VAT), taxes de certificat d’obtention végétale, dépôt de brevet sur la variété, etc. Autant de contraintes qui découragent les agriculteurs et les maraîchers qui, pour espérer inscrire une variété dans l’inventaire « VIP », doivent compter entre 1 000 et 10 000 euros. Une barrière supplémentaire en faveur des industriels.

Flickr : Joanna Poe

Résistance des petits

En permettant aux petits producteurs de commercialiser leurs anciennes variétés, Carrefour donne un coup de boost à la résistance paysanne qui salue elle-même l’initiative. Si  les réseaux de militants s’interrogent sur les intentions réelles de l’enseigne, l’engagement de l’enseigne permet néanmoins de « faire avancer le combat ». L’enseigne elle ne cache pas son intérêt commercial. « Nous voulons élargir notre offre car nos clients sont demandeurs de produits sains et bio », indique au Figaro Philippe Bernard, directeur des partenariats avec le monde agricole chez Carrefour.

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