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Loup Bureau raconte ses 51 jours de détention en Turquie

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De retour en France depuis ce dimanche 17 septembre, le journaliste indépendant revient sur son incarcération en Turquie.

« J’avais besoin de passer quelques jours avec mes proches, de prendre du temps pour me reposer, pour dormir et pour aussi me rendre compte de tout ce qui s’était passé, ici, en mon absence. » Libéré le vendredi 15 septembre puis rapatrié en France deux jours plus tard, le journaliste Loup Bureau est resté silencieux pendant près d’une semaine.

Ce vendredi 22 septembre, il réserve ses première déclarations au micro de France InterDétenu en Turquie pendant 51 jours, le journaliste soupçonné d’activités « terroristes » revient sur son incarcération.

Arrestation

Pour lui, son arrestation résulte d’une « série de malchances ». « Je suis passé à la frontière kurdo-irakienne et j’ai été contrôlé parce qu’il était très tard, en pleine nuit. Généralement ça commence par un contrôle des visas et moi j’ai beaucoup de visas sur mon passeport et je pense que c’est ça qui a intrigué au départ », a-t-il expliqué. « Ça s’est emballé parce qu’ils ont eu accès à mon profil Facebook, ils ont commencé à voir mes photos sur mon ordinateur. »

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Des photos de Loup Bureau prises en 2013 alors qu’il faisait un reportage sur les combattants kurdes syriens des YPG vont rapidement faire dégénérer la situation. En découvrant les photos, les policiers turques font rapidement le lien entre les Unités de protection du peuple (YPG) – considérée comme une organisation terroriste par les autorités et classée comme telle depuis 2014 – et les activités présumées « terroristes » du journaliste français.

« Pour eux, un journaliste qui va dans cette zone-là est directement considéré comme terroriste puisqu’il n’y a pas de neutralité journalistique. D’ailleurs, les journalistes turques ne s’y rendent pas. Quand ils en parlent, ils utilisent des images d’archives ou du centre média des YPG en floutant le logo », raconte l’étudiant ihecsien.

Incarcération

Placé en garde-à-vue et transféré dans la ville de Sirnak, Loup Bureau est envoyé dans cellule de 6m². « La garde à vue sera assez mouvementée, brutale, compliqué physiquement pour moi parce que j’avais été très peu nourri. J’ai dormi, bien sûr, parce que c’est la seule chose que je pouvais faire. » Six jours plus tard, on lui annonce qu’il est arrêté car soupçonné d’appartenir à une organisation terroriste. « Je perds pieds dans les jours et les semaines qui suivent parce que j’ai très peu d’informations, je ne peux pas appeler ma famille, je ne peux pas appeler le consulat et j’arrive en prison et je ne sais pas ce qui se passe. »

J’avais le droit à un appel de 10 mn. Je pouvais aller au parloir voir mon avocat qui venait à peu près tous les 2-3 jours.

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Malgré la « communication compliqué » avec les gardes, et « l’incertitude et l’angoisse » qui le ronge, le journaliste ne se plaint pas de ses conditions de détention. « Je suis bien nourri. J’ai ce qu’il faut en termes de produits de première nécessité, je suis dans une cellule qui fait à peu près 40m² et qui est faite normalement pour à peu près 12 personnes. J’ai accès à une petite cour extérieure qui me permet de voir le soleil. » Quelques temps plus tard, le jeune homme bénéficie de l’autorisation de contacter sa famille tous les 15 jours et de voir son avocat.

Libération

51 jours plus tard, le journaliste apprend sa libération « le jour du procès ». « Je pensais encore rester des semaines, des mois, des années », a-t-il souligné. « Le message est clairement un message d’intimidation » de la part des autorités turques, a déploré Christophe Deloire, secrétaire général de RSF. « Ca devient des zones noires du point de vue de l’actualité (…) c’est une atteinte grave à la liberté de mouvement des journalistes et donc à la capacité du grand public de connaître ce qu’il s’y passe »

L’audience a duré à peine 10 minutes et on m’a dit vous êtes libre.

« J’aimerais continuer le journalisme », a confié le journaliste au site Les Jours« Mais tout ce qui s’est passé a tellement impacté mes proches. Je voudrais faire ce métier, mais il y a aussi beaucoup de choses à raconter en France. Je ne sais pas si je repartirai… »

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