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La fillette mexicaine dont le sauvetage a passionné le monde n’existait pas

Des sauveteurs cherchent des victimes coincées sous les décombres à Mexico. © REUTERS/Carlos Jasso | © Belga / AFP PHOTO / YURI CORTEZ

Société

Au milieu du drame qui venait de secouer le Mexique, elle représentait l’espoir de tout un peuple. Mais Frida Sofia, 12 ans, dont le sauvetage a tenu en haleine les médias du monde entier, n’existait pas.

Un puissant séisme. Une école effondrée au sud de la capitale. Des enfants morts et d’autres disparus. Il y aurait des survivants. Dès mardi, cette histoire devient l’histoire à suivre du tremblement de terre qui frappe le Mexique. Les ruines de l’établissement privé Enrique Rebsamen fourmillent bientôt de secouristes, de bénévoles et de journalistes. Des parents éplorés attendent des nouvelles. Le décor est planté.

Indices montés en épingle

Mercredi, le récit prend forme : il y a des indices qui montrent qu’une fillette est vivante sous les décombres. Des secouristes au ministre de l’Education en passant par des responsables de la marine, qui supervise les opérations, tous livrent aux médias des détails qui donnent corps à « Frida Sofia, 12 ans ». Leurs déclarations face caméra font le tour du monde.

Détails imaginaires

« Elle a bougé les doigts », « elle a dit qu’elle était très fatiguée », « elle est sous une table en marbre dans sa classe d’anglais », « elle s’y trouve avec d’autres camarades en vie », « elle a bu de l’eau grâce à un tuyau »: au style direct ou indirect, certains médias locaux et secouristes vont loin dans les détails.

Frida Sofia « n’a jamais existé »

« Nous avons dû changer de stratégie pour réaliser une découpe (dans les décombres). Le temps presse et nous espérons d’ici peu pouvoir secourir la jeune fille et ceux qui sont avec elle », déclare ainsi mercredi à la presse l’amiral José Luis Vergara, qui se garde toutefois de confirmer le prénom. « J’ai apporté de l’oxygène et des sels pour elle », ajoute à l’AFP une des bénévoles.

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Pourtant, des pans de l’histoire ne collent pas. Sur la chaîne Televisa, principal groupe de médias d’Amérique latine qui couvre en direct l’évènement, le même ministre de l’Education Aurelio Nuño regrette qu’il n’y ait « aucun proche » de l’enfant devant l’école. Sur la liste d’élèves de l’établissement, pas de Frida Sofia. Jeudi en fin de journée à Mexico, c’est la douche froide : Frida Sofia « n’a jamais existé », annonce Angel Sarmiento, le ministre de la Marine. Plus de voix au milieu des décombres, plus de doigts qui bougent, plus d’histoire.

« Révoltant »

« Le gouvernement fédéral nous a toujours dit qu’il y avait une fillette et qu’elle était sur le point d’être secourue en vie. A présent, ils changent de version. C’est révoltant », a notamment twetté Carlos Loret de Mola, un des présentateurs-vedettes de Televisa, principale chaîne mexicaine et cible de la colère des internautes qui l’accusent d’avoir dramatisé l’affaire.

Hallucination collective

Phénomène d’hallucination collective dû au choc du séisme ? La fatigue a-t-elle troublé la clairvoyance des sauveteurs ? Malgré le démenti catégorique, Aracely Suarez, étudiante en économie de 23 ans qui a participé au secours, a du mal à accepter la réalité.

J’étais persuadée qu’il y avait une jeune fille sous les débris. Je lui ai apporté des sels et de l’oxygène (…) Peut-être est-elle morte durant les trois dernières heures.

Comme ce séisme qui touche le Mexique –32 ans pile après le tremblement de terre dévastateur du 19 septembre 1985– l’histoire se répète également autour de ce sauvetage imaginaire. A l’époque, c’était « Monchito », un petit garçon, que les sauveteurs assuraient avoir entendu au milieu des décombres. Comme pour Frida, tout le pays est suspendu à son sort pendant que les secouristes et les bénévoles s’activent. Comme pour Frida, il n’a jamais existé.

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