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Crise des migrants : La Belgique ne respecte pas ses engagements

Un seul pays à respecter son engagement. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Société

Avec 976 demandeurs d'asile relocalisés depuis 2015, la Belgique est très loin des 3 812 personnes arrivées en Grèce et en Italie qu'elle s'était engagée à installer.

La Belgique est loin d'avoir respecté son engagement de relocalisation des demandeurs d'asile. Proportionnellement, elle se situe même en dessous de la moyenne européenne, tandis que Malte, la Finlande et l'Irlande sont les États membres les plus respectueux de l'accord, indique Amnesty International lundi.

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L'obligation juridique de relocalisation qui incombe aux États membres ne prend pas fin en septembre, mais les décisions prises en 2015 par le Conseil de l'UE en la matière s'appliquent à toutes les personnes admissibles qui arriveront en Grèce ou en Italie jusqu'au 26 septembre 2017. Les États membres n'ont atteint que 28,7% de l'objectif fixé pour cette date à 160 000.

Risque de lourdes sanctions

"Deux ans après l'accord sur ce programme, il apparaît que la plupart des Etats membres de l'UE ont abandonné les réfugiés et les demandeurs d'asile, en fuyant leurs responsabilités et en laissant des milliers de personnes à leur sort en Italie et en Grèce », déclare Iverna McGowan, directrice du Bureau européen d'Amnesty International. "Il faut que les pays de l'UE fassent un pas en avant et respectent les promesses qu'ils ont faites, sans quoi la Cour européenne risque d'être saisie et de leur infliger de lourdes sanctions ».

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La Commission européenne a d'ailleurs rappelé à plusieurs reprises qu'elle "n'hésitera pas à faire usage des pouvoirs que lui confèrent les traités à l'égard de ceux qui auront manqué aux obligations découlant des décisions du Conseil ».

Les bons et (autres) mauvais élèves

Les pays les plus en infraction en septembre sont ceux du groupe de Visegrad. La Pologne et la Hongrie ont refusé d'accueillir ne serait-ce qu'un demandeur d'asile, allant même jusqu'à intenter un recours - depuis lors débouté - contre le mécanisme. La Slovaquie n'a accepté que 16 des 902 demandeurs d'asile qui lui avaient été attribués et la République tchèque, seulement 12 sur 2 691.

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Malte est le seul pays de l'UE à avoir accueilli toutes les personnes qu'il s'était engagé à relocaliser. La Norvège et le Lichtenstein - qui participent volontairement au programme - ont eux aussi atteint l'objectif fixé. La Finlande (94 %) et l'Irlande (76,5 %) sont également en bonne voie.

Redoubler d'efforts

Amnesty International appelle les États européens à redoubler d'efforts pour atteindre leurs quotas, mais aussi à accueillir par d'autres voies des personnes ayant besoin d'une protection, notamment en leur accordant des visas de travail et en accélérant les procédures de regroupement familial.

"Toutes les personnes qui arrivent en Grèce ou en Italie avant la date limite sont en droit de bénéficier du programme de relocalisation », rappelle Amnesty. "Outre le fait de leur permettre de continue leur vie dignement et sans risque, les inclure dans le programme atténuerait la pression dans les îles grecques et améliorerait les conditions sur places », conclut Iverna McGowan.

Theo Francken conteste les chiffres

Le secrétaire d'Etat à l'Asile et la migration, Theo Francken, a contesté lundi les affirmations "intellectuellement malhonnêtes" d'Amnesty International. Il précise qu'il n'y a finalement pas eu 160 000 personnes répondant aux critères pour être relocalisées depuis les deux États du sud de l'Europe, la Grèce et l'Italie.

Il rappelle notamment que l'accord UE-Turquie conclu en mars 2016 a permis de faire diminuer les arrivées de migrants et qu'il a ensuite conduit à une révision de l'engagement global des pays européens. Ceux-ci avaient en effet convenu d'un engagement portant sur la relocalisation d'un peu plus de 98 000 réfugiés.

Je ne peux pas relocaliser des gens qui ne sont jamais arrivés en Italie et en Grèce.

Au 4 septembre, plus de 27 695 personnes (19 244 depuis la Grèce et 8 451 depuis l'Italie) ont été relocalisées en Europe, selon la Commission européenne. Quelque 2 800 personnes devaient encore l'être depuis la Grèce et environ 7 000 depuis l'Italie. Parmi les personnes qui sont vraiment arrivées dans ces deux États jusqu'ici, "la Belgique a pris sa part », estime le secrétaire d’État.

(Avec Belga)

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