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Ponso, le dernier survivant de l’île aux chimpanzés

Le "dernier des chimpanzés" et son soigneur. | © AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Société

Sur une petite île en Côte d’Ivoire, Ponso est l’unique rescapé d’une colonie de vingt chimpanzés.

En janvier 2017, la plus vaste étude sur la disparition des primates faisait état d’une situation alarmante. 60% des 504 espèces de primates répertoriées dans le monde entier sont en danger d’extinction à cause des activités humaines.

En Côte d’Ivoire, le constat est alarmant. En 20 ans, la population du chimpanzé a chuté de 90%. Dans le village de Grand-Lahou, à une centaine de kilomètres d’Abidjan, il n’en reste plus qu’un : Ponso.

Ponso. © AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Colonie disparue

Sur l’île aux chimpanzés, petit bout de forêt tropicale dans l’estuaire du fleuve Bandaman, vivaient jadis une vingtaine de ces grands singes menacés d’extinction. La colonie avait été déplacée spécialement sur l’île pour être utilisée dans des expérimentations médicales sur le cancer.

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Les camarades de Ponso sont tous morts « mystérieusement », notamment sa femelle et ses deux petits, morts en 2015. « Depuis, l’animal vit seul », raconte son soigneur Germain Djénémaya Koidja à l‘AFP. Dès lors, tout est mis en place pour sauver le dernier singe de l’île. L’association « Les Amis de Ponso » paye notamment pour sa nourriture tandis qu’une page Facebook « S.O.S Ponso » lui est dédié.

Ponso est comme mon enfant. Je ne souhaite pas le voir partir. Je lance un appel pour qu’on me renvoie une autre femelle.

L’urgence est donc au sauvetage de ce chimpanzé « qui fait désormais partie de la famille », entend-t-on au sein de la communauté villageoise mitoyenne de l’île qui n’est pas la seule à s’inquiéter de la situation du primate solitaire.

Transfert ou sanctuaire

La Société africaine de primatologie (SAP), qui entend lutter contre la situation catastrophique des primates sur le continent, s’inquiète également du sort de Ponso. Plus de la moitié des espèces africaines étant menacées de disparition.

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« L’histoire de Ponso est assez touchante », déclare à l’AFP le président de la SAP, l’Ivoirien Inza Koné, directeur au Centre suisse de recherches scientifiques en Côte d’Ivoire (CSRS). « Un projet de transfèrement vers un sanctuaire en Zambie avait été envisagé par des ONG pour briser sa solitude. Mais il a essuyé un refus des autorités ivoiriennes, qui ont argué que Ponso était un citoyen ivoirien pas transférable », explique Dr. Koné.

AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Pourtant, « d’un point de vue scientifique voire éthique, il est clair qu’il faut sortir Ponso de cette situation d’isolement le plus tôt possible », insiste M. Koné. « Il y a deux solutions : lui trouver de la compagnie ou le transporter ailleurs », souligne-t-il.

Pour le Pr Bassirou Bonfoh, chercheur et directeur général du CSRS, la création d’un sanctuaire pour chimpanzés apparaît comme la solution la plus sensée, notamment pour préserver le rôle écologique indispensable de l’espèce. Le transférer reviendrait à admettre que la Côte d’Ivoire est incapable de protéger les dernières populations de primates vivant dans la forêt tropicale.

– Avec AFP

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