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Viré et emprisonné après avoir dénoncé à l’ONU ses conditions de travail au Qatar

(Image d'illustration) Bhupendra est un autre travailleur népalais. En 2011 déjà, il dénonçait les conditions des travailleurs immigrés, après un grave accident de travail qui l'avait laissé invalide à vie. | © AMNESTY INTERNATIONAL

Société

Un ouvrier népalais du bâtiment a été « licencié » pour avoir parlé des conditions de travail au Qatar, pays hôte du Mondial 2022 de football, à une délégation de l’ONU. Sa situation illustre les pressions vécues par de nombreux Népalais et autres immigrés travaillant sur les chantiers de la Coupe du monde.

 

La puissance de l’interlocuteur n’aura pas suffit à effrayer ses employeurs : un ouvrier népalais a été « licencié » pour avoir parlé des conditions de travail au Qatar, pays hôte du Mondial-2022 de football, à une délégation de l’ONU.

L’Organisation internationale du travail (OIT) de l’ONU a pris au sérieux cet incident et envisage de l’examiner lors d’une réunion en novembre de son organe directeur qui enquête sur des allégations de « travail forcé » au Qatar. « L’OIT a suivi de près cette affaire (…) afin de s’assurer que les droits de ce travailleur népalais sont pleinement respectés et protégés », a déclaré à l’AFP Corinne Vargha, directrice du département des normes internationales du travail à l’OIT. « Cette affaire a été soulevée lors de la dernière discussion en mars 2017 au Conseil d’administration de l’OIT à la suite d’une plainte déposée contre le Qatar pour non-respect de deux conventions de l’organisation, à savoir la Convention sur le travail forcé et la Convention sur l’inspection du travail ».

Le licenciement de cet ouvrier népalais qui s’est produit en mars 2016 a été confirmé par deux syndicats distincts.

Représailles

Des responsables de l’International Trade Union Confederation (ITUC) ont estimé que le licenciement était « un acte de représailles de la part de son employeur ». Selon ce même syndicat, le travailleur de 29 ans a passé deux semaines en prison après avoir perdu son emploi.

©AFP PHOTO / Fayez Nureldine – Des milliers de travailleurs se tuent à la tâche nuit et jour pour bâtir les stades de la Coupe du monde de 2022.

En vertu du système « kafala », en vigueur au moment de l’incident, tous les travailleurs étrangers au Qatar avaient besoin d’un parrain local pour pouvoir changer d’employeur ou quitter le pays. Ce Népalais n’était pas employé sur les chantiers du Mondial. Il a été finalement autorisé à rester dans le pays et a été embauché par différents employeurs.

Les responsables du Qatar n’ont pas répondu à des demandes de commentaires sur cette affaire.

Esclavage

Le Qatar affirmait récemment avoir fait de grands progrès dans le domaine du droit du travail en introduisant d’importantes réformes. C’est qu’en 2013 encore, des dizaines d’ouvriers népalais avaient trouvé la mort sur des chantiers de construction des sites de la Coupe du monde 2022 au Qatar, où ils travaillaient dans des conditions d’esclavage.

Ils sont plus de 100 000 Népalais à s’être rendu au Qatar en 2012 et représentaient alors 40 % de la main-d’œuvre immigrée dans le petit pays aux grands revenus – dont plus de 90 % de la main-d’œuvre est d’ailleurs composée d’immigrés. Selon une enquête du Guardian, plus de la moitié des 44 ouvriers décédés avaient été victimes d’attaques et insuffisances cardiaques ainsi que d’accidents sur leur lieu de travail.

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©AFP PHOTO / MARWAN NAAMANI – Doha, 3 mai 2015. Un travailleurs népalais scrute le paysage au-dehors de son camp de travailleurs.

Outre le non-respect de très nombreuses normes internationales du droit du travail, les ouvriers immigrés du Qatar vivaient dans des conditions inhumaines. L’enquête évoque un travail forcé par des températures caniculaires (allant jusqu’à 50°C), le refus d’eau potable sur des chantiers au milieu du désert, de petites chambres d’hôtel occupées par douze ouvriers dans des conditions sanitaires ignobles. Pour les contraindre à rester, les compagnies qui les emploiaient les payaient avec plusieurs mois de retard, voire retiennent leurs salaires indéfiniment. Certains se sont même vu confisquer leur passeport. En outre, ils étaient contraints de rester pour rembourser le prêt contracté pour payer leur voyage depuis le plateau himalayen jusqu’au désert du Qatar – des prêts dont les taux d’intérêt pouvaient atteindre, selon le Guardian, plus de 35 %.

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