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Le discours coup de poing en faveur des réfugiés du meilleur espoir féminin belge

Marie-Aurore D'Awans quelques mois plus tôt, au Théâtre de Poche pour Pas Pleurer. | © Yves Kerstius/Théâtre de Poche

Société

La comédienne Marie-Aurore D’Awans s’est insurgée contre les conditions de vie des réfugiés du parc Maximilien et a salué l’action des bénévoles ce lundi dans un discours poignant, à la remise des Prix de la Critique.

 

« Il y a plus de 200 Bruxellois qui accueillent chez eux des gens pour empêcher qu’il ne dorment dans la rue et ne se fassent réveiller à coups de crosse à cinq heures du mat’, qu’ils ne se fassent voler leur pauvre sac à dos avec deux t-shirts dedans et déchirer leur sac de couchage – casser leur lit putain, on leur prend leur lit, il n’ont déjà plus rien ». Sa voix tremble, forcément. Marie-Aurore D’Awans vient de recevoir le prix de meilleur espoir féminin belge aux Prix de la Critique, mais derrière son pupitre de verre, ce n’est pas ce qui l’anime.

Les mots ‘nettoyage’ et ‘hygiène’ me font vomir.

Ce qui la fait trébucher sur les mots et lui fait monter les larmes, tout en tentant d’assurer sa voix forte et convaincue, ce sont les réfugiés du parc Maximilien. Eux, et puis les associations de bénévoles et les hébergeurs d’une nuit ou d’une vie, à qui elle rendait hommage ce lundi au Théâtre de Namur.

Quelques noms défilent, celles d’organisations plus ou moins discrètes – la Plateforme d’hébergement pour les réfugiés et la sienne, baptisée « Deux euros cinquante » – et ceux d’anonymes au cœur qui déborde : « Je suis tellement désolée de ne pas citer tout le monde, tous ces bénévoles (…), ces gens qui font ça sur leur temps libre, qui ne sont pas payés, qui n’ont pas un balle du gouvernement et qui font tourner notre monde un peu plus rond, un peu plus doux », lit-elle avec ce rythme poignant et sacadé, qu’on avait déjà vu à l’œuvre la saison dernière dans la pièce Pas pleurer, au Théâtre de Poche.

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« Nous sommes des râleurs, les Belges, râler c’est bien, mais ici ne nous trompons pas d’objectif : il y a dans la capitale du pays, à quelques rues de chez nous, des gens dehors qu’on empêche d’accéder aux soins, au logement et à la nourriture. C’est aujourd’hui et c’est maintenant ». Yvan Mayeur et les policiers « volontaires » en prennent pour leur grade bien sûr, mais tout autant que notre manque d’enthousiasme citoyen à tendre la main : « Je ne parle pas de révolution, de grande manifestation, je dis juste qu’au jour le jour, il est possible d’aller vers l’autre, quel qu’il soit (…) Aujourd’hui, dans ce cas-ci, il ne faut plus rien attendre de la politique, il faut poser des actes. C’est aux citoyens de combler le vide : la démocratie c’est nous tous – pas qu’eux ».

Donner à manger, c’est juste normal.

C’est que selon la comédienne Marie-Aurore D’Awans, qui contribue à alimenter le groupe « Deux euros cinquante », il suffit de cinq pièces de 50 centimes pour nourrir correctement, le temps d’un repas, un réfugié. « Notre but est de donner un coup de main, le plus efficace possible, aux associations déjà existantes telles que Belgium Kitchen », décrypte la page Facebook de ce récent mouvement citoyen, qui collecte des fonds afin de constituer des colis alimentaires individuels à remettre aux demandeurs d’asile.

Un appel à l’aide au secteur culturel

Après le C4 de Philippe Close déposé par une autre comédienne bruxelloise, Marie-Aurore D’Awans pointe du doigt son milleu, celui de la création vivante, des artistes et des planches sur lesquelles on s’époumonne pourtant sur les injustices de la vie d’avant ou d’ici. « Nous nous étonnons que les théâtres ne s’engagent pas plus », lâche-t-elle en fin de discours. « Le secteur culturel ne peut plus espérer aujourd’hui donner des leçons d’humanité (…), défendre des rôles, prétendre à la réflexion, à l’élévation des âmes, si nous laissons des gens avoir faim et crever dans la rue à quelques centaines de mètres de nos maisons théâtrales. Il faut se réunir, il faut écrire, il faut dire : les théâtre ont un devoir commun, là, tout de suite ».

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Le cœur chevrotant, on le voit bien, la comédienne engagée termine sur un « voilà » à bout de souffle. Oui, « voilà » tout, « voilà » puisque ça ne signifie pas seulement la fin de sa tirade mais, peut-être, le début d’une mobilisation culturelle et citoyenne plus radicale.

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