Après la Tchétchénie, l’enfer de la communauté LGBT en Azerbaïdjan

Après la Tchétchénie, l’enfer de la communauté LGBT en Azerbaïdjan

En Azerbaïdjan, la chasse aux gays est ouverte. | © EPA/ANATOLY MALTSEV

Société

Rafles anti-gay, violences, discrimination… Pour les homosexuels et les personnes transgenres, l’Azerbaïdjan ressemble à s’y méprendre à sa voisine, la Tchétchénie. L’ONG Civil Rights Defenders tire aujourd’hui la sonnette d’alarme.

La Tchétchénie n’est pas la seule région dans le Caucase à persécuter les homosexuels. Son voisin, l’Azerbaïdjan, effectue, à son tour et depuis plusieurs jours, des rafles contre les gays et les personnes transgenres. Cette fois-ci ce n’est pas un journal qui l’a révélé mais bien une association suédoise pour la défense des Droits de l’homme, Civil Rights Defenders. Dans son article publié le 22 septembre, repéré par Têtu, l’ONG explique qu’« au cours des derniers jours, la police de Bakou a mené des arrestations de masse contre au moins une centaine de membres de la communauté LGBT ».

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Arrêtés de manière arbitraire, « ces détenus ont été battus, insultés, contraints à passer un examen médical, et les femmes trans ont vu leur crâne rasé de force ». Ces informations révélées par l’association font tristement écho aux rafles commandées par Ramzan Kadyrov, le président de la Tchétchénie, en avril dernier. Civil Right Defenders affirment également que des anciens détenus, sous couvert d’anonymat, ont pu être relâchés, seulement après avoir donné aux forces de l’ordre l’adresse d’autres personnes LGBT.

« Un nombre indéterminé de personnes détenues ont été condamnées à 20 à 30 jours de détention », précise l’ONG, inculpées pour résistance ou violence aux forces de l’ordre mais aussi pour possession de drogues. Un journal azerbaïdjanais, pro-gouvernement, aurait même déclaré que les détenus étaient « infectés par des maladies les plus dangereuses… dont le SIDA ». Un motif de plus pour les garder enfermés et donc incapables de témoigner de la torture.

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Contre la prostitution

Les personnes détenues sont arrêtés lors de véritables raids dans les bars, dans la rue voire même des lieux d’habitation privés. Selon la version de la police, ils ont mené ces arrestations contre des personnes engagées dans la prostitution, après avoir reçu des plaintes de riverains. Civil Rights Defenders souligne également dans son article que, contrairement à cette déclaration, la police « arrête toute personne dont l’apparence ne correspond pas aux « valeurs nationales traditionnelles’ ».

Du côté du gouvernement, on supporte ces arrestations de masse. Ayaz Efendiyev, membre du parti Justice, réclame même qu’elles se poursuivent, ajoutant que « en défendant ces créatures qui sont sources d’immoralité, de maladies dangereuses, et qui ont été maudites par Dieu, les milieux occidentaux essaient de détruire nos traditions nationales sous le nom des ‘droits de l’homme’ ».

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Des amendes contre une fausse liberté

Contactés par The Guardian, trois hommes arrêtés témoignent des conditions de détention et ce qu’ils vivent depuis leur libération. L’un d’entre eux a été battu au poste de police avant de devoir payer une amende de 150 manat, soit 75 €. « La police m’a dit qu’ils m’arrêteraient s’ils me voyaient encore dans la rue. Maintenant, j’ai peur de quitter ma maison ».

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Le pire pays d’Europe

Bien qu’elle ne soit plus interdite depuis l’an 2000, l’homosexualité reste tabou en Azerbaïdjan et les membres de la communauté LGBT sont régulièrement victimes de violences et de discrimination. En 2016, le pays avait même fini bon dernier du classement « Rainbow Index » de l’ILGA-Europe qui juge de la protection et l’égalité des LGBT dans un pays. Suivi par la Russie et l’Arménie, l’Azerbaïdjan est donc le pire pays d’Europe lorsqu’on est homo ou trans.

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