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Le Tako Tsubo, un burn-out qui touche en plein coeur

En japonais, "Tako Tsubo" signifie "piège à poulpe". | © Flickr : Jess

Société

Dans son essai « Tako Tsubo », la journaliste Danièle Laufer tente de décrire le « chagrin de travail », une forme de burn-out encore méconnue.

Il essouffle, épuise, abîme, et ratatine des milliers de personnes dans le monde au point d’en être devenu le mal du siècle. Le burn-out, ou syndrome de l’épuisement professionnel, peine encore à être reconnu comme une véritable maladie, d’autant qu’il se décline sous plusieurs formes.

Dans son nouvel essai paru ce 27 septembre, la journaliste Danièle Laufer met en lumière une maladie aussi spectaculaire que méconnue qualifiée de « syndrome du coeur brisé ». Comme le burn-out, elle découle d’un stress provoqué au travail. Sauf qu’ici, c’est le coeur qui perd les pédales.

Piège à poulpe

Sur base de son expérience personnelle, la journaliste spécialisée des questions de psychologie et de société décrit une pathologie identifiée au Japon dans les années 90 et connue sous le nom de « Tako Tsubo », traduisez « le piège à poulpe ». Après un vif contentieux avec l’une de ses collègues, Danièle Laufer s’est retrouvée aux urgences. Sur le papier, on lui diagnostique un infarctus.

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Quand elle se penche sur l’origine, elle apprend que le Tako Tsubo est une maladie cardiaque liée au stress à répétition généré par une surcharge de travail, une absence de reconnaissance, des pressions, des conflits internes… La liste est longue. Quant aux symptômes, ils concernent essentiellement l’organe vital. Pressé comme un citron, le coeur se déforme l’espace de quelques heures, faisant dilater le ventricule gauche pour se transformer en « piège à poulpe ».

Ceci n’est pas un infarctus

Pour Danièle Laufer, tout commence par de la fièvre, puis une baisse de régime généralisée. Quelques heures plus tard, c’est une douleur dans la poitrine et dans le bras gauche qui se déclenche. « J’ai commencé à ressentir les symptômes d’un accident cardio-vasculaire (…) J’ai cru que j’allais mourir », raconte-t-elle dans Les Inrocks. « Ça se présente comme un infarctus sauf qu’il n’y a pas de caillot dans les artères. C’est le cœur qui se déforme, puis ça rentre dans l’ordre 48 heures après. Et on vous dit que c’est bon, vous pouvez rentrer chez vous, qu’il n’y a pas de traitement. »

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Après sa mésaventure, la journaliste a voulu en savoir plus sur ce mal qui l’a frappé en plein coeur. « On ne sait pas grand-chose de ce Tako Tsubo. On imagine qu’il est très largement sous-diagnostiqué car on ne l’a identifié que depuis les années 1990. D’après mon hypothèse, soit les gens en meurent mais on pose le diagnostic de crise cardiaque, soit ils repartent chez eux, et tout rendre dans l’ordre », explique-t-elle.

J’ai dû tellement tenir que je me suis rongé de l’intérieur.

Plus qu’un malaise cardio-vasculaire, la maladie est diagnostiquée pour la première fois par un chercheur japonais qui s’est rendu compte que les symptômes survenaient après des perturbations psychiques et psycho-affectives graves. « Il y a évidemment une part psychosomatique mais je ne pense pas qu’on puisse dissocier le corps et l’esprit. J’ai dû tellement tenir que je me suis rongé de l’intérieur », poursuit Daniel Laufer dans les colonnes des Inrocks. « Le burn-out se manifeste autrement : les gens n’arrivent plus à se lever le matin, c’est une sorte de dépression. J’ai vécu une manifestation physiologique, au contraire, alors que je n’ai jamais eu de problème cardiaque, j’avais une pêche d’enfer. »

Le coeur des femmes, une question de santé publique

Si le Tako Tsubo semble toucher majoritairement les femmes ménopausées, il touche également les hommes. Rapportée par l’Obs, une étude publiée en 2011 dans The Journal of the American Medical Association avance que le Tako Tsubo toucherait 70% de femmes pour 30% d’hommes. Mais la journaliste se dit dubitative. « Les études sont essentiellement faites sur les femmes ménopausées (…) On ne sait pas si les jeunes hommes sont touchés, par exemple, et je ne sais pas si on le saura véritablement un jour… ».

Ce livre est un cri d’alarme.

Au-delà du syndrome du cœur brisé, l’auteure rappelle qu’une femme sur trois meurt aujourd’hui d’une maladie cardiovasculaire. Peinées et affligées par le travail, leur coeur peut tout aussi facilement lâcher. Ainsi, estime l’auteure, le coeur des femmes face aux conditions de travail mériterait d’être considéré comme un sujet de santé publique. C’est pourquoi, insiste-t-elle « il faut absolument en parler » au risque de se sentir « coupable et pas à la hauteur »« J’ai essayé d’y insuffler un peu d’humour mais c’est vrai que ce livre est un cri d’alarme (…) Ce n’est pas une question individuelle mais collective », conclut-elle.

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