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Belgium Kitchen : Quatre Molenbeekois font de la résistance en livrant des repas aux réfugiés

L’équipe devant la célèbre camionnette. | © Jehanne Bergé

Société

Depuis 2015, quatre Molenbeekois aident, nourrissent et soutiennent les migrants. Après le parc Maximilien et la Jungle de Calais, c’est à Forest qu’ils ont installé leurs quartiers solidaires. Rencontre avec une belle bande de citoyens actifs.

C’est en septembre 2015 que tout a commencé. L’Europe connait alors une grande crise migratoire et la Belgique n’est pas épargnée. Des vagues de réfugiés débarquent à Bruxelles. Ils s’installent en face de l’Office des étrangers. Rapidement, le parc Maximilien devient tristement célèbre. Des hommes, des femmes, des enfants s’y entassent. Quelques citoyens bénévoles s’activent alors pour rendre leur quotidien un peu plus humain. Soigner, nourrir, loger : les besoins de base sont la priorité. C’est à cette période-là que Yassine, un jeune Molenbeekois commence à s’investir. Très vite, il rejoint l’équipe de bénévoles, ses cousins le suivent dans l’aventure. « On a eu envie d’aller directement au contact des gens dans le parc. On a entendu beaucoup d’histoires, ça nous a donné la force de continuer », explique Yassine. Une fois la crise du parc Maximilien atténuée, Ayoub, Yassine, Ilyasse et Ilyacine décident de partir pour Calais.

L’enfer de la Jungle

Les cousins aux allures de « barons » version supermen débarquent dans le camp du Nord de la France. « Le parc Maximilien à côté, c’était un hôtel 5 étoiles. Au début j’ai eu peur, je suis rentré chez moi le soir même », annonce Ayoub. Les conditions de vie sur place sont très difficiles, l’hygiène est déplorable. Heureusement, les points d’eau arrivent petit à petit. Face à l’urgence de la situation et aux besoins de la population, ils mettent en place une véritable cuisine au beau milieu de la Jungle. C’est par leurs grands drapeaux belges qui flottent au vent qu’on les reconnait de loin dans le bidonville. Les anglais volontaires les surnomment alors la « Belgium Kitchen ».

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©Jehanne Bergé – À l’entrée de la Belgium Kitchen.

Sur place, ils préparent plus de 1 000 repas par jour. « En plus de ça, on distribuait des collations pendant la nuit à ceux qui avaient essayé de fuir vers l’Angleterre toute la journée et qui revenaient trop tard pour le repas du soir », ajoute Ayoub.  Comme les 10 000 réfugiés, ils dorment sur place pour rester au plus près de ceux qu’ils veulent aider. « On était un peu leur bureau administratif, leur toubib. On les a nourris, soignés, divertis », expliquent-ils. Malgré toutes les difficultés, ils parlent de cette époque comme « d’une aventure » incroyable.

L’entraide dans les gènes

« L’entraide on la vit depuis l’enfance, on est issus de la vague migratoire marocaine. On ne différencie pas une personne avec des papiers d’une personne sans papier », explique Yassine. En ce qui concerne les dons, c’est la débrouille qui fait leur marque de fabrique. « ‘Allô, tu sais me filer ça et ça ?’, la voilà notre méthode », s’amuse Ayoub. C’est dans leur quartier, à Molenbeek, qu’ils ont commencé à récolter de la nourriture.  Ils racontent : « On n’a jamais rien reçu du gouvernement belge. On a réussi grâce à la ‘sadaqa’, c’est l’entraide musulmane. Après les mariages, les fêtes, les gens nous appellent, ‘venez ici il y a deux moutons pour vous’. C’est notre communauté, vers qui d’autre allait-on se tourner en premier ? » Des associations françaises et anglaises leur livrent également régulièrement des vivres.

©Jehanne Bergé – La réserve de nourriture.

Solidarité citoyenne à Bruxelles

Suite au démantèlement de la Jungle, les quatre compères ont trouvé un bail précaire à Forest où ils investissent un grand bâtiment. Les étages ont été transformés en logement, une centaine de personnes y ont trouvé refuge : des migrants en transit, mais aussi beaucoup de familles. « Ici, c’est saturé pour l’instant : dès que quelqu’un partira en France ou en Angleterre on accueillera de nouvelles personnes ». Au rez-de-chaussée se trouve la cuisine depuis laquelle sont préparés des centaines de repas.

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À la tombée du jour, ils chargent toutes les portions et commencent leur ronde dans Bruxelles. « On va à la gare du nord. S’ils bougent d’endroit à cause d’une rafle, on est prévenus », explique l’un d’eux. En distribuant les repas, Yassine et les autres vérifient que ceux qui vivent dans la rue ne se portent pas trop mal. Les temps sont durs pour les migrants du côté du parc Maximilien. « La nuit, ils prennent des cartons, une couette, la journée ils les cachent dans un buisson et ils marchent toute la journée pour ne pas se faire attraper », confie Ayoub.

©Jehanne Bergé – Chaque jour, plus de 500 plats sont préparés et distribués.

En deux ans d’activité, ils en ont vu passer des têtes, ils en ont entendu des histoires…. « On est en contact avec des gens qui sont arrivés des quatre coins de l’Europe ». Au fil des tournées, leur camionnette est devenue célèbre pour ceux qui vivent dans la précarité. « Quand on roule dans Bruxelles, on se fait héler par des Afghans ou des Soudanais. Les gens nous reconnaissent », sourit le jeune homme. En attendant, la Belgium Kitchen reste à la recherche de dons et de volontaires pour venir en aide aux démunis.

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