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Comment le marathon de Bruxelles est devenu en quelques heures le symbole de l’écart salarial hommes-femmes

La première coureuse à franchir la ligne d'arrivée à reçu 3,3 fois moins que le premier coureur. | © BELGA PHOTO JASPER JACOBS

Société

Les gagnantes du marathon de Bruxelles ont eu la surprise de recevoir des prix nettement moins élevés que les hommes, déclenchant ainsi l’indignation de nombreux internautes.

Du sang et des larmes, c’est ce que demande un marathon – ou du moins une sacrée condition physique et un entrainement féroce pour venir à bout de ces 42 kilomètres de bitume. À Bruxelles, l’épreuve sportive a également exigé ce dimanche beaucoup de calme et de retenue de la part des trois femmes présentes sur le podium et photographiées après les hommes médaillés : avec – certes – une heure supplémentaire de course, la numéro un féminine du marathon de Bruxelles s’est vue accorder un chèque de 300 euros. Une somme agréable, après laquelle on ne court certainement pas, mais 3,3 fois inférieure à celle du premier coureur masculin, dont le chèque indiquait 1 000 euros.

Et les deux photos-souvenirs placées côté à côté n’ont pas manqué d’indigner celles et ceux pour qui le sexisme ambiant commence à devenir sérieusement éreintant.

La secrétaire d’État bruxelloise à l’Égalité des chances, Bianca Debaets (CD&V) s’est également offusquée d’une telle différence. Dans un communiqué, elle a ainsi appelé à des prix égalitaires entre les hommes et les femmes lors des compétitions sportives. Elle s’est dite surprise de constater que Christelle Lemaire, qui a remporté le marathon de Bruxelles, doive se satisfaire d’un prix plus de trois fois inférieur à celui de son homologue masculin Stephen Kiplagat. « Pourtant, Christelle Lemaire a couru la même distance », a-t-elle rappelé.

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Bianca Debaets souligne que cette différence de reconnaissance n’est pas propre à la course à pied. « Nous le constatons également dans de nombreux autres sports. Il n’est pas normal que des footballeurs masculins gagnent en une après-midi ce que leurs homologues féminines gagnent pendant toute une année. Dans aucun autre secteur, les différences de revenus entre hommes et femmes ne sont aussi prononcées que dans certains sports », relève-t-elle, pointant tout de même l’écart salarial qui reste une réalité pour les femmes aujourd’hui, même en Belgique.

Suppositions

En l’absence de réactions des organisateurs du marathon ce dimanche – que Bianca Debaets veut rencontrer au plus vite – et de la présence d’une quelconque mention aux prix dans les conditions de participation de la course, certains internautes ont tenté de trouver des explications « rationnelles » à une inégalité aussi flagrante.

Certains supposaient ainsi que le nombre de participantes, s’il était inférieur à celui des coureurs masculins, aurait eu une influence sur le prix, et ce dans le cas où la somme avait été calculée sur base des inscriptions de chaque genre. Une drôle de raison, lorsqu’on découvre le nombre et le nom des sponsors – parmi lesquels la banque Belfius – qui ne doivent pas manquer de fonds pour récompenser au même titre hommes et femmes. Et si l’on mentionne encore la différence de temps entre Christelle Lemaire et Stephen Kiplagat, l’argument rend immédiatement absurde l’existence d’une récompense dédiée aux femmes de la course.

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Il faudra donc attendre que les organisateurs de l’évènement sortent de leur silence pour d’obtenir une explication digne de ce nom.

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