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L’ombre de Riyad plane sur la Grande Mosquée de Bruxelles

Grande Mosquée de Bruxelles

La Grande Mosquée de Bruxelles est au centre de nombreuses polémiques depuis plusieurs mois. | © BELGA PHOTO ERIC LALMAND

Société

Au moment où la Grande Mosquée de Bruxelles suscite la controverse, Paris Match a eu accès à une analyse classifiée de l’OCAM, dénonçant le prosélytisme saoudien comme facteur de radicalisation en Belgique. Cette note, les Affaires étrangères souhaitaient la remettre cet été aux… Saoudiens, dont une importante délégation séjourne actuellement à Bruxelles

« La Grande Mosquée est le cheval de Troie de l’expansion d’un islam ultra-conservateur. Elle participe d’un projet mondial radical, hostile à nos valeurs et conçu bien loin de chez nous, dans les sables de la péninsule arabique », confie à Paris Match le député fédéral cdH Georges Dallemagne, membre de la commission « Attentats » du Parlement. Cette dernière vient précisément de recommander au gouvernement de casser le contrat de concession signé en 1969 entre la Belgique et l’Arabie Saoudite, lequel confie la Grande Mosquée de Bruxelles à la tutelle de Riyad. « Si on veut venir à bout du radicalisme dans notre pays, il faut commencer par là », assure Georges Dallemagne. « Il faut que le robinet financier et idéologique saoudien soit fermé. Idem pour le Qatar d’ailleurs, auquel il faut aussi prêter attention. Sans cela, toutes les mesures que nous pourrons prendre en matière sociale, culturelle ou pour renforcer l’éducation et lutter contre les discriminations à l’emploi par exemple, seront comme si on écopait la mer. Donc oui, il faut confier la Grande Mosquée à une asbl belge qui aura à cœur de gérer ce bâtiment au profit d’un islam conforme aux valeurs de notre société ».

Matrice de l’islam radical

Depuis la fin des années soixante, l’Arabie Saoudite exerce son influence sur les musulmans de Belgique au travers de la Grande Mosquée de Bruxelles, implantée dans l’ancien pavillon oriental de l’Expo universelle de 1897 au parc du Cinquantenaire et dont l’administration dépend directement du Centre islamique et culturel de Belgique (CICB). Derrière ces deux entités, on trouve la Ligue islamique mondiale, l’instrument dont se sert le royaume saoudien pour renforcer, à coups de milliards de dollars, son leadership idéologique au plan international.

Très clairement, de nombreux experts et analystes désignent l’Arabie Saoudite comme la matrice de l’islam radical et le principal foyer de diffusion du salafisme dans le monde, singulièrement en Occident. La Grande Mosquée et le CICB seraient par conséquent les vecteurs de propagation dans la capitale de l’Europe de cette vision ultra orthodoxe de l’islam, directement inspirée du wahhabisme, un mouvement sunnite fondamentaliste né dans la péninsule arabique.

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Un accrédité par rapport de l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace), daté d’octobre 2016, auquel Paris Match a pu avoir accès et qui met sérieusement en garde les autorités belges contre « l’islamisme salafiste et le prosélytisme wahhabite en tant que facteurs de radicalisation et d’extrémisme ». Dans cette analyse fouillée de 71 pages, l’auteur décrypte en substance l’entreprise missionnaire wahhabite initiée par l’Arabie Saoudite, destinée à convertir les musulmans vivant en Europe au « pur » islam, dont les principes ultra rigoristes s’opposent frontalement aux valeurs occidentales. L’une des conclusions alarmantes du rapport, c’est que cette offensive silencieuse, prétendument non politique et non violente, se traduit par une « salafisation » accrue des mosquées régulières, au point que de nombreux musulmans sunnites considèrent désormais la doctrine wahhabite comme la norme.

Grande Mosquée de Bruxelles
La Grande Mosquée de Bruxelles est située à l’entrée du Parc du Cinquantenaire – BELGA PHOTO ERIC LALMAND

S’agissant de notre pays, l’analyste indique que des imams acquis aux enseignements du wahhabisme prêchent régulièrement dans les mosquées belges, entre autres lieux à Bruxelles, Anvers et Malines, et qu’un nombre croissant de celles-ci se salafisent. L’expansion de l’islam importé de Riyad s’effectue aussi largement via les chaînes de télévision et les médias numériques saoudiens qui multiplient les programmes à destination des musulmans européens. L’Ocam souligne encore que la plupart des librairies islamiques en Belgique diffusent en direct ou en ligne une très importante littérature saoudienne salafiste, en arabe ou traduite. La foire musulmane annuelle de Bruxelles serait ainsi, toujours selon le rapport, un lieu d’écoulement massif de toute cette littérature pernicieuse.

Diplomatie florentine sur fond de Grande Mosquée de Bruxelles ?

Les analyses de ce genre, produites par les services de sécurité belges,  contribuent à la prise de conscience générale du danger que représente le prosélytisme islamique en provenance d’Arabie Saoudite. Comment faut-il dès lors interpréter le fait que les Affaires Etrangères aient eu l’intention de remettre le rapport de l’OCAM aux… Saoudiens ?

En juillet de cette année, à l’occasion du passage à Bruxelles du ministre saoudien des Affaires Etrangères, Adel Al-Jubeir, la diplomatie belge a demandé à l’OCAM l’autorisation de pouvoir remettre la fameuse analyse aux représentants de Riyad. Dans quel but ? Nous l’ignorons mais, selon nos sources, cette requête a de toute manière été rejetée. Il faut comprendre que ce type de note produite par l’OCAM est classifiée et sa diffusion restreinte. Seuls les services de sécurité habilités (Sûreté, police fédérale,…) de même que les cabinets ministériels concernés la reçoivent, dont celui des Affaires Etrangères fatalement. Les parlementaires de la commission Attentats l’ont également obtenu.

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Art de la diplomatie florentine ou pas, en tout état de cause, le rapport aurait beaucoup intéressé les Saoudiens qui s’inquiètent manifestement de ne plus être en odeur de sainteté en Belgique et des conséquences possibles pour la tutelle qu’ils exercent sur le CICB et la Grande Mosquée. En témoigne la venue cette semaine, trois mois seulement après la visite de juillet, d’une nouvelle délégation saoudienne, forte d’une douzaine d’émissaires et conduite par le Prince Dr Khalid Bin Abdallah Al Saud en personne.

Retrouvez notre dossier complet dans Paris Match Belgique ce jeudi 12 octobre.

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