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Samanta Borzi, de la coke au Reiki

Samanta a désormais embrassé une carrière d'actrice, notamment. | © DR

Société

Au terme d’un parcours chaotique dans la drogue et la prostitution, Samanta Borzi devient comédienne, autrice, travailleuse sociale, hypnotiseuse et maître Reiki… Parcours énigmatique à l’image d’une femme qui fait ce qu’elle peut pour être ordinaire, et qui n’y parvient (heureusement) pas.

Regard noir, visage buriné, chevelure aux reflets roux, voix rocailleuse – fumeuse, bien sûr – démarche assurée d’une femme qui a roulé sa bosse (quitte à se cabosser souvent) : Samanta est dans la place. Et sur les écrans. En 2017, Samanta Borzi se donne à voir avec les grands du cinéma belge, aux côtés de Gourmet et Lanners dans Tueurs de François Troukens et avec Matthias Schoenaerts dans Le Fidèle de Mickael R. Roskam. Bref, la comédienne s’éclate. Mais avant que de crever l’écran, Samanta a crevé, tout court. Retour sur l’itinéraire d’une enfant gâchée.

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Les choses de la vie

1972. Cette année-là, on passe à la télévision la dernière saison de Ma sorcière bien-aimée. À défaut de choper les pouvoirs (et le nez) de l’héroïne de la série TV, Samanta écope de son prénom – dont on supprime le « h » pour honorer les origines italiennes de la famille Borzi. 1976. La sorcière a quatre ans quand ses parents divorcent. Ni méchants ni gentils, les parents comme souvent font ce qu’ils peuvent : la mère trime et le père se remarie. Redistribution des rôles et entrée de la belle-mère. La marâtre – méchante comme il se doit – voit d’un mauvais œil cette petiote en quête d’affection. Comme Cendrillon, Samanta file dans sa chambre.

©DR – Samanta Borzi enfant, à 2 ans (gauche) et 4 ans (droite)

Dix ans plus tard, les choses (de la vie) se sont considérablement dégradées. Herbe folle, Samanta pousse en (mauvaise) graine. Elle fait le mur et des bêtises. Trop jeune pour passer par la case prison, elle file en institution. De home en internats (dont elle fugue) et de la rue au bureau du juge, la gamine comprend qu’on ne s’occupe jamais tant d’elle que lorsqu’elle fait des grimaces.
« Si je me fais mal, on s’occupe de moi », écrit-elle. Suivant cette implacable logique, Samanta grimace donc à n’en plus finir. Et se fait mal, très.

À bout de souffle

Jeune femme, elle file du mauvais coton. De fil en aiguille, l’aiguille est dans son bras et l’héroïne dans son sang. Ces années gouvernées par la drogue – et le trottoir, où elle traîne pour gagner pitance et substance – sont à la fois destructrices et déterminantes. S’il n’y avait eu la maternité (un petit garçon puis une petite fille) sans doute notre héroïne se serait-elle paumée. Mais – parce qu’il y a un mais – Samanta, devenant mère, revient à elle… Vers nous aussi, spectateurs et lecteurs, avec un témoignage en vrac, un texte brut, des mots un peu comme elle : sans compromis.
Avec cet essai, Samanta Borzi ne cherche pas à entrer au cénacle des littéraires. Elle a d’autres ambitions – autrement plus louables : « Si ce livre peut en sauver un, nous explique-t-elle, ne fût-ce qu’un seul toxicomane… C’est gagné ».

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« Méfiez-vous des gens endommagés, ils ont appris à survivre », clame Samanta sur sa page Facebook. On aurait presque peur de la contredire. Survivante aguerrie – et guerrière comme elle aime à gueuler – Samanta (Sam, pour les intimes) a plus d’une corde à son arc : actrice, on la croise au cinéma et dans la publicité ; scénariste, elle co-écrit Effet-Miroir (primé en 2015 au Festival du court d’Anderlecht) ; raconteuse, elle se livre à la télévision, dans les salles de conférences, les auditoires et les salons du Livre. Partout où on l’invite, elle va.

©Dominique Houcmant – En 2016 avec Olivier Gourmet sur le tournage de Tueurs, film co-réalisé Par François Troukens et Jean-François Hensgens. Sortie au cinéma le 6 décembre 2017.

Travailleuse sociale infatigable, intuitive et rompue à l’écoute, Samanta anime des ateliers d’écriture à la prison pour femmes de Berkendael, apporte son soutien au Samu Social et son expertise aux associations qui recueillent (et retapent, on l’espère) des usagers de la drogue (Transit ASBL, Espace P, Sentinelle asbl, etc.). Toujours en quête d’elle-même et soucieuse des autres, elle s’est récemment formée au Reiki thérapeutique et à l’hypnose éricksonienne. Sorcière devenue guerrière et ensorceleuse, Sam traverse le pays de bout en bout avec sa table de massage. Elle ne porte plus le monde sur son dos désormais, elle le soigne.

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