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« Soin minimum, profit maximum en Flandre » : Le quotidien malheureux des centres pour personnes âgées

"Je reçois à manger et à boire, et c'est tout". | © centre pano

Société

Après avoir enquêté dans sept maisons de repos différentes, l’émission d’investigation flamande « Pano » met en lumière les conditions déplorables dans lesquelles vivent les personnes âgées. Pour un coût très élevé, ces résidents sont mal soignés et mal nourris.

Pendant 10 semaines, notre « Cash Investigation » flamand s’est rendu dans plusieurs centres pour personnes âgées, partout en Flandre. Partout, la journaliste Lina Nasser de « Pano » a fait le même constat : les conditions de vie laissent à désirer. Alors qu’ils paient entre 80 à 200€ par jour, soit entre 2 000 et 7 500 par mois, les résidents n’ont pas accès à des soins à la hauteur de leurs espérances et de leur paiement. Des soins médicaux qui ne font pas partie de ce prix exorbitant. Comparés dans les publicités à des vacances dans un hôtel luxueux avec du champagne, des plats copieux et un personnel accessible et souriant, ces centres pour personnes âgées, dits commerciaux, présentent une tout autre réalité.

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Manque de personnel

Ce n’est pas nouveau. Les personnes qui travaillent dans les maisons de repos sont débordées. Un manque de personnel qui a été de nombreuses fois pointé du doigt, sans changement. Pourquoi ? Les directions se basent sur le service minimum imposé légalement par le gouvernement. Si, en théorie, le nombre d’infirmiers est déterminé en fonction de soins demandés par les résidents, en pratique, on compte souvent 2 à 4 membres par 50 résidents, ce qui est conforme à la norme imposée par les autorités, précise la VRT. La nuit, deux personnes s’occupent de tout le centre, alors qu’il devrait y avoir légalement ce même nombre par section. C’est donc très difficile de donner des soins appropriés avec un personnel qui est basé sur une norme minimale.

Dans les centres non-commerciaux, c’est une autre réalité : la direction recherche des ressources pour déployer du personnel supplémentaire. En moyenne, ils comptent 14% de personnel en plus que la norme gouvernementale.

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Économie alimentaire

Les personnes âgées ont également signé pour des plats chauds, copieux, qu’ils peuvent choisir à la carte, parfois même préparés par des chefs étoilés. En réalité, le personnel doit servir 70 à 130 personnes, en même temps. En moyenne, ils consacrent 3,5€ par résident, par jour pour trois plats. Impossible alors de fournir une alimentation saine et de qualité avec un budget si serré. Leur menu ressemble davantage à des aliments congelés, des viandes peu coûteuses, peu de fruits frais et des desserts pré-fabriqués. « Pano » compare même cette alimentation à celle dans les hôpitaux, alors que là les résidents restent pour une courte période.

VRT

« Je suis passé de 80 à 57 kg (…) Le poisson, c’est du carton, c’est immangeable« , se plaint un résident. Lors de leur enquête, les journalistes ont constaté que 8 personnes âgées sur 10 étaient sous-alimentés. La vidéo, filmée par caméra cachée, présente des plats peu appétissants, servis comme dans une cantine bas de gamme, loin du service luxueux vendu dans les publicités. Même si elle n’y est pas autorisée, la journaliste a pris le temps pour donner à manger à ceux qui laissaient des assiettes vides. Elle est bien la seule à le faire.

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Décompter les derniers jours

En plus de la nourriture immangeable, les personnes âgées se sentent également seules et abandonnées. Impossible d’engager une conversation avec le personnel qui manque de temps. « Je reçois à manger et à boire, et c’est tout« , explique un résident qui qualifie les infirmiers de « froids« . La journaliste a, elle, pris le temps de les écouter et d’aller promener avec les résidents, ce que certains n’avaient pas fait depuis des mois.

En moyenne, un résident reste deux ans dans un centre, rapporte la VRT. Pour certains, ce sont les deux années les plus longues et les plus malheureuses de leur vie. Si certains centres organisent des activités comme des karaokés, la majorité des résidents préféreraient simplement une bonne conversation ou un bol d’air frais.

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