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Rafle au Parc Maximilien : Après le choc, la solidarité (et la colère) des citoyens

Sur les 200 migrants présents au Parc Maximilien, Yoon estime que plus d'une centaine ont disparu ce dimanche soir. | © BELGA PHOTO LAURIE DIEFFEMBACQ

Société

Ce dimanche soir devait être une soirée comme les autres au Parc Maximilien pour les bénévoles, les hôtes et les réfugiés. Mais la police en a décidé autrement.

« Chaque soir, vers 20h30, on se donne rendez-vous au parc pour organiser l’hébergement de migrants », explique Adriana, coordinatrice hébergement de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés. Hôte, chauffeur, bénévole… Toutes les aides sont bonnes à prendre pour offrir aux réfugiés une nuit ou deux au chaud, loin de l’inconfort et de l’insécurité du parc.

Ce dimanche soir, à l’heure du rendez-vous des citoyens, la police est arrivée au parc pour procéder à de nouvelles interpellations. « On n’a rien compris. Les combis de police ont débarqué et les réfugiés se sont rapidement dispersés », explique Yoon Daix, présent tous les soirs pour organiser l’hébergement des migrants. « Certains sont restés près de nous, ce sont les premiers à avoir été interpellés. On était impuissants », continue l’administrateur du groupe Facebook « Hébergement plateforme citoyenne », avec un mélange de colère, de dégoût et de tristesse dans la voix.

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Le choc des familles

Au total, Vanessa du groupe « Stop Déportations » estime qu’entre 40 et 60 personnes ont été embarquées par la police, alors que celle-ci minimise les chiffres. La violence était également au rendez-vous. Alors que certains se faisaient embarquer sous les yeux des bénévoles, de l’autre côté du parc, d’autres arrestations étaient en cours, « apparemment plus musclées », précise Yoon. « J’ai entendu crier mon nom, et en me retournant j’ai vu mon ami A, violemment jeté à terre, nos regards se croisent et mon impuissance s’est faite larmes », explique Adriana dans son témoignage publié sur Facebook.

parc maximilien
Menottés et à terre comme des chiens © Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés

Cette impuissance, toutes les personnes présentes ce dimanche soir l’ont ressentie. « Les réfugiés se sont enfouis, les familles étaient choquées, elles essayaient de parler à la police, de savoir pourquoi ils faisaient ça », déclare Adriana. Dans son post Facebook, la coordinatrice explique qu’une mère s’est dressée « en barrière contre un policier qui tentait d’attraper H. H, qui ne peut pas courir, parce que H a 70 ans ». « C’est pour votre sécurité », a répondu la police, « dans tout son cynisme ». Les policiers s’en sont pris également aux citoyens, « autant qu’aux migrants », précise Adriana.

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La solidarité post-trauma

« La réaction humaine a été incroyable les heures suivantes… et la violence ne pourra jamais nous enlever ça », déclare Adriana sur Facebook. Depuis quelques semaines, les citoyens belges hébergent chaque soir une centaine de réfugiés, ce dimanche soir ils ont ouvert leurs portes pour les protéger. Les familles se sont empressées de prendre les réfugiés restants dans leur voiture, en nombre et sans trop réfléchir. Un mouvement de solidarité encore plus fort que les autres soirs, « pour les mettre à l’abri du froid, ou de la violence d’État ». D’autres citoyens se sont présentés en vitesse au parc. « Entre 20h30 et minuit, j’ai reçu plus de 60 appels de familles et de bénévoles« , explique Adriana. Des appels de personnes inquiètes, « X vient de m’appeler, il se cache à tel endroit, je vais venir le chercher directement » ; « Dis moi que Y ne s’est pas fait arrêter, il ne répond pas au téléphone, dis moi que tu le vois ! » ; « W est arrivé chez moi en courant, il est blessé et choqué, qu’est ce qui s’est passé ? » ; « On t’avait dit que ce soir on ne pouvait pas mais on arrive ».

Mais la majorité des réfugies s’étaient déjà enfouis, dès l’arrivée de la police. Sur les 200 migrants présents au Parc Maximilien, Yoon estime que plus d’une centaine ont disparu ce dimanche soir et ont passé la nuit dans les rues de Bruxelles, loin de la police.

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Un bourgmestre silencieux

Au lendemain de ces interpellations, les citoyens et bénévoles, encore plus solidaires et motivés à aider les réfugiés, appellent le bourgmestre Philippe Close à « envoyer une injonction de libération immédiate de toutes les personnes interpellées » dimanche soir. Ils demandent également à tous les citoyens de faire de même. Le bourgmestre de la ville de Bruxelles doit rencontrer les différentes associations aujourd’hui. Vanessa qui l’a déjà rencontré ne mâche pas ses mots à son égard. « On critiquait Yvan Mayeur mais lui, il avait une parole. Philippe Close m’avait dit que ça ne se reproduirait pas. Il m’a menti en me regardant dans les yeux ».

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