Pas de collaboration avec Facebook pour le signalement des fake news en Belgique

Pas de collaboration avec Facebook pour le signalement des fake news en Belgique

Le nouvel outil permettra d'influencer l'algorithme de Facebook. Une première. | © BELGA

Société

Après le tollé des fake news de la campagne américaine, Facebook vient de lancer un nouvel outil de fact-checking, en partenariat avec huit médias français. En Belgique, l’idée n’est même pas au stade de la gestation.

Durant la course à l’élection américaine, Facebook avait régulièrement été cloué au pilori par l’opinion. En cause ? La faculté du réseau social à relayer, malgré lui, des articles reprenant de fausses informations. Le pape soutenant Trump dans sa campagne ? De la pure intox. Le meurtre d’un agent du FBI suspecté d’avoir contribué à la fuite des e-mails d’Hillary Clinton ? Un mensonge inventé de toutes pièces. Si l’université de Stanford a désormais prouvé que ces « fake news » n’avaient probablement pas influencé le résultat des élections, l’inquiétude quant à leur influence est palpable.

Récemment le politique italien Giovanni Pitruzzella proposait d’ailleurs de créer un organe européen d’identification et de poursuite de ces fausses informations. Dans une interview avec le Financial Times, ce dernier avançait : « La post-vérité en politique est l’un des facteurs menant au populisme et l’une des menaces de nos démocraties ». La crainte derrière cette déclaration, c’est bel et bien la montée d’une droite extrême au pouvoir, aidée par la désinformation.

Nous ne voulons aucun hoaxe sur Facebook.

Facebook, un véritable média en soi

Ne différenciant pas une « fake news » d’une information correcte et vérifiée, l’algorithme de Facebook a contribué à propager ces nouvelles. Dans un post daté du moins de novembre, Mark Zuckerberg s’était prononcé quant à la responsabilité de la plateforme dans leur diffusion : « De tous les contenus sur Facebook, plus de 99% de ce que les gens voient est authentique. Seule une très petite partie comprend de fausses nouvelles ou des hoaxes. Les hoaxes qui existent ne sont pas limités à un point de vue partisan, ou même à la politique », avait déclaré le CEO, avant d’ajouter « Ceci étant dit, nous ne voulons aucun hoaxe sur Facebook ».

Satisfait que le réseau social soit désormais le principal canal d’information de nombreux utilisateurs (44% de la population américaine est concernée) et face à l’inquiétude grandissante des pays européens, dont l’Allemagne et la France qui tiendront bientôt des élections, Zuckerberg a pris les devants. Ce lundi, Facebook a annoncé le lancement d’un nouvel outil destiné à lutter contre la désinformation, en collaboration avec huit grands médias français.

Un outil anti-fake news intégré

Le Monde, Libération ou encore 20 Minutes font partie des journaux à avoir rejoint les rangs des « fact-checkeurs » (pour « vérificateurs de faits ») de la plateforme. Désormais, lorsqu’un utilisateur doute de la véracité d’un article partagé sur Facebook, il a l’opportunité de le signaler. Les alertes sont compilées dans un système et vérifiées par les médias en question. S’il s’avère que l’information est en effet fausse, Facebook affichera désormais sous l’article une mention indiquant que ses fact-checkeurs émettent de sérieux doutes quant à celui-ci. Un travail conséquent pour les journalistes chargés de vérifier les faits, mais une belle opportunité pour Facebook, qui redore son blason au passage.

fake news
©BELGA

« Pour la première fois, il serait possible d’agir sur un algorithme quand un contenu pose un problème éditorial », explique Jérôme Fenoglio, directeur du Monde, dans un article du quotidien à ce sujet. C’est cette possibilité qui a fini de le convaincre, à savoir la réduction de la circulation de ces fake news sur le réseau social. Le journal dispose également depuis peu de sa propre plateforme de « fact-checking » pour les élections, baptisé Factoscope 2017, ainsi que d’un moteur de recherche anti-hoax, Decodex.

En Belgique, rien de prévu à l’horizon

S’il est difficile de ne pas penser à l’avenir de sites satiriques tels que Le Gorafi ou NordPresse qui font de l’information détournée leur fond de commerce, il semble désormais qu’il faille compter avec ce nouvel outil développé par Facebook. Pourtant, alors que les médias français participent à l’action et que l’Allemagne s’y mettra bientôt, en Belgique rien n’est prévu. Quand on l’interroge au sujet d’une potentielle collaboration avec les médias belges, Catherine Anciaux, la secrétaire générale de lapresse.be (l’alliance des médias d’information belges), tombe des nues : l’information n’est pas parvenue jusqu’aux oreilles de l’association.

Lapresse.be n’a donc encore jamais été approchée par Facebook. « C’est quelque chose qui peut, quoi qu’il arrive, être discuté », avance prudemment Mme Anciaux. « Il n’y a pas de position à ce sujet encore », conclut-elle.

Bien que l’outil soit accessible sous peu aux utilisateurs belges de Facebook, nos fact-checkeurs ne récupéreront pas de sitôt un peu de pouvoir à Facebook. Un manque d’intérêt décevant, quand on connait la complexité des affaires, notamment politiques, de notre pays.

CIM Internet