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La Flandre, « trop explicite » ? Pour l’UNESCO, une éducation sexuelle précoce a un impact positif

Les jeunes revendiquent le droit à une éducation sexuelle, selon l'Unesco. | © Flickr/Hamza Butt

Société

L’indignation tournée vers un site d’éducation sexuelle jugé « trop explicite » révèle les contradictions de la société belge en matière de sexe et de pédagogie. D’autant que pour l’Unesco, il n’y a pas de quoi s’alarmer – au contraire.

 

C’est une brochure flamande d’une centaine de pages, adressée à des enfants de cinquième et sixième primaire, qui a lancé la polémique. Réalisée par des organisations spécialisées dans l’éducation sexuelle, le « Jongeren Gids » reprend toutes les réponses aux questions que sont en droit de se poser les pré-adolescents au sujet de la sexualité. Le ministre de la Jeunesse flamand Sven Gatz (Open VLD) est à l’origine de sa mise à jour cette année et encourage sa distribution dans les écoles, rapporte La Libre Belgique. Mais son contenu, qui aborde notamment le plaisir d’embrasser – et répond à la Convention des droits de l’enfant et au droit à accéder à la meilleure santé en matière de sexualité et de reproduction – ne plait pas à tout le monde. Ainsi, nos confrères partagent l’indignation d’une mère d’élève, inscrit dans une école catholique flamande : « Nous sommes furieux, car elle évoque l’amour de manière très réductrice. Rien de sérieux n’est dit sur l’importance des sentiments, du respect de l’autre, de son corps et de soi-même. C’est une honte ». Pourtant, « le guide a été conçu pour que les jeunes qui se posent des questions intimes et délicates ne doivent pas naviguer sur Internet où ils peuvent tomber sur des informations inappropriées », décrypte le cabinet de Sven Gatz à La Libre.

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Si le livret n’a en effet pas pour objectif de parler des relations sentimentales, mais de la vie sexuelle, ce n’est pas exactement ce qui provoque un tollé ce vendredi : dans les liens annexes, conseillés pour « aller plus loin », se trouve le site allesoverseks.be, mis en ligne par Sensoa, le centre flamand d’expertise de la santé sexuelle. Avec une identité graphique davantage tournée vers les adolescents, allesoverseks – « tout sur le sexe » – comporte de nombreuses pages décrivant précisément les pratiques sexuelles les plus diversifiées, de la masturbation au sexe anal. Des références que certains jugent inadéquates pour des enfants de dix ans.

Le droit à une éducation sexuelle

Si les textes et leurs illustrations sont effectivement explicites, ils semblent néanmoins rencontrer l’objectif avoué du site : une éducation sexuelle complète. Plus que des images de fellation ou des conseils pour découvrir le point G, il contient également des thématiques sur le corps, les relations amoureuses, le plaisir partagé, le HIV et milite pour une pornographie respectueuse des femmes. En sus, il fournit toutes les informations légales liées au sexe. À saluer également, la présence d’une rubrique dédiée aux relations homosexuelles, souvent occultées dans bien des cas. Des réponses en adéquation parfaite avec la réalité de la vie sexuelle des jeunes d’aujourd’hui, souvent davantage éduqués par le porno et les copains que par des publications étudiées.

©BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE – Une brochure pour les enfants d’un côté, un site Internet pour les ados de l’autre et entre les deux, manifestement peu de dialogue avec les adultes.

Quant à savoir si un tel site devrait se retrouver à l’écran de pré-pubères, un rapport de 2015 de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture défend que « trop souvent, les thèmes sont abordés trop tard, par exemple après l’expérience de la puberté, de la menstruation ou des premiers rapports sexuels ». L’Unesco promeut à travers cette étude mondiale réalisée dans 48 pays une éducation sexuelle « complète ». Alors que « les jeunes revendiquent de plus en plus le droit à une éducation sexuelle », il est clairement établi que celle-ci a un « impact positif sur la santé sexuelle et reproductive (…) notamment en contribuant à réduire les infections sexuellement transmissibles, le VIH et les grossesses non désirées ».

Responsabilités

Le rapport nuance néanmoins : « Une éducation sexuelle efficace commence dès la petite enfance et progresse à travers l’adolescence et l’âge adulte, en s’appuyant sur des connaissances et des compétences adaptées aux différents âges ». Pourtant, « il est prouvé que l’éducation sexuelle n’entraîne pas une plus grande précocité de l’activité sexuelle, mais qu’elle a un impact positif sur les comportements sexuels sains et peut même retarder les premiers rapports sexuels et accroître l’utilisation des préservatifs », précise l’Unesco. En Suisse alémanique par exemple, on éduque les enfants à la question dès quatre ans, âge auquel ils peuvent recevoir un kit pédagogique constitué de peluches d’organes sexuels. Pas de quoi s’alarmer donc, tomber sur un tel site ne contribuera pas à faire des enfants des pervers en puissance. Et en cas de réelle inquiétude, les ulcérations devraient surtout se tourner vers l’encadrement de l’utilisation d’Internet des pré-adolescents.

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Car le vrai tabou et le véritable manquement dans cette affaire, c’est très certainement le manque de dialogue et d’éducation des adultes eux-mêmes, dans le cercle familial et les milieux scolaires. Les programmes d’éducation sexuelle complète sont encore très rares dans les écoles belges, par conviction ou parce qu’ils doivent se faire une place dans des horaires déjà surchargés. « La plupart des parents sont favorables à l’éducation sexuelle à l’école, et beaucoup disent avoir du mal à parler de sexualité ou de relations interpersonnelles avec leurs enfants. Si les jeunes recherchent souvent des informations sur le sexe, la sexualité et les relations interpersonnelles auprès de leurs pairs, sur Internet ou par d’autres moyens, il est prouvé que l’éducation sexuelle dispensée par des adultes dignes de confiance et formés, est plus efficace pour promouvoir des comportements sexuels sains », indique ainsi l’Unesco.

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