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Au Malawi, la traque des « vampires » tourne au carnage

(photo d'illustration) | © BELGA/EPA/Evert-Jan Daniels

Société

Au moins huit personnes accusées d’être vampire ont été lynchées au Malawi ces dernières semaines.

 

Le jeune homme a été interpellé alors qu’il errait près d’un cimetière, à la sortie de la ville de Blantye. Selon les documents qu’il portait sur lui, il souffrait d’épilepsie ou d’une autre maladie mentale et venait de sortir de l’hôpital. Mais le commissariat  où il a été conduit à été pris d’assaut par la foule convaincue que la police détenait un vampire. Extirpé du bâtiment, il a été lynché. Son décès porte à huit le nombre de victimes de cette paranoïa qui sévit au Malawi.

Pour le psychologue clinicien Chiwoza Bandawe interviewé par la BBC cette panique est liée à la misère endémique qui ronge le pays, l’un des plus pauvres du monde, en particulier les régions rurales où vit près de 90 % de la population : « Les gens sont tentés de rechercher une cause magique aux difficultés qu’ils éprouvent dans leur vie quotidienne. Le vampirisme est presque une représentation symbolique de leurs existence, leurs espoirs sont littéralement aspirés hors d’eux-mêmes, comme sucés par un vampire ».

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La psychose a pris de telles proportions que l’ONU a quitté le sud du pays où les autorités ont instauré un couvre-feu. Selon un rapport de l’ONU, la population locale croit que ces vampires proviennent du Mozambique voisin et collectent du sang humain sous couvert de programme d’aide aux populations.

Des Africains auraient été employés par des Blancs pour capturer des frères de race, les droguer et prendre leur sang.

Cet arrière plan médical, éloigné de l’univers gothique qui imprègne le vampirisme occidental, se retrouve dans plusieurs affaires en Afrique au cours du XXe siècle comme l’explique Luise White dans un article intitulé « Pouvoirs sorciers » paru dans Politique africaine en 2000 : « En Ouganda, les histoires de vampires mettaient en scène un vaste répertoire de technologies médicales. (…) D’après ces rumeurs, des Africains auraient été employés par des Blancs pour capturer des frères de race, les droguer et prendre leur sang, en les laissant ensuite mourir ou en les libérant, mais si affaiblis que les victimes perdaient l’usage de la parole. Ces histoires commencèrent à se propager abondamment après la Première Guerre mondiale ».

Le président du Malawi Peter Mutharika a promis de mettre fin aux exactions des groupes d’auto-défense contre les vampires. Il aura sans doute plus de difficulté à éradiquer la rumeur.

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