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Mexique : opération à cœur ouvert sur un bébé en plein séisme

David Arellano poursuit sa chirurgie à l'hôpital de La Raza à Mexico, le 14 septembre 2017. | © BELGA/AFP PHOTO/Mexican Social Security Institute

Société

Un chirurgien raconte comment il a poursuivit l’opération à cœur ouvert qu’il était entrain de mener sur un bébé pendant le séisme de septembre dernier au Mexique.

 

Quand la terre a tremblé au Mexique le 19 septembre, des milliers d’habitants sont sortis en courant dans la rue. Sauf David Arellano. Ce docteur qui opérait alors un nouveau-né à cœur ouvert a simplement redoublé de concentration. « Le mouvement a été très brutal, très intense, on a dû tenir le matériel de la salle d’opération », a raconté à l’AFP le chirurgien de 57 ans, un mois après le violent séisme qui a tué 369 personnes.

« S’il l’un de nous avait cédé à la musique, il aurait surement fait des bêtises »

Déjà le 7 septembre, un précédent tremblement de terre l’avait surpris en pleine opération à cœur ouvert sur une fillette de neuf ans. Lors du deuxième séisme, le docteur Arellano a vu par la fenêtre un immeuble voisin s’écrouler dans un nuage de poussière. Lui et ses collègues ont commencé à regarder dans tous les sens avant de contrôler leur peur et poursuivre leur délicat travail.

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Étrangère au chaos ambiant, l’équipe a continué à faire fonctionner la machine injectant le sang dans le corps à la place du cœur. « Si l’un [de nous] avait cédé à la panique, il aurait probablement fait des bêtises. Ce qui nous a aidés, c’était de savoir que nous avions une malade [le nouveau-né, une petite fille, ndlr] connectée à une machine », a expliqué le médecin dans son bureau du Centre médical La Raza, un hôpital public qui soigne près de 2 000 patients et n’a subi que des dégâts légers.

Mexico, l’une des villes les plus sismiques au monde

« Si quelqu’un part ou fait des bêtises, alors c’est la fin », insiste le professionnel, toujours prêt à l’éventualité d’un tremblement de terre pendant les sept ou huit opérations qu’il réalise chaque semaine à Mexico, l’une des villes les plus sismiques au monde. Dans son hôpital, le protocole en cas de secousse prévoit l’évacuation des deux premiers étages. À partir du troisième, les occupants doivent rejoindre des points de regroupement pour ensuite sortir.

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Mais au septième étage, où sont les salles d’opération, c’est une autre histoire: impossible d’arrêter ce qui est en cours, surtout quand il s’agit d’une opération à cœur ouvert. « Secousse ou pas, ces malades dépendent de la circulation extra-corporelle [par la machine, ndlr] pour rester en vie, et le fonctionnement de cette machine dépend du personnel sur place », a souligné le docteur Arellano.

Cinq heures sans nouvelle du bébé

Le 19 septembre, il était aussi crucial, pour le médecin, de parler avec les parents du nouveau-né pour les rassurer, tout comme il l’avait fait le 7 septembre avec le père de la fillette de neuf ans, Ricardo Garduño. « Nous avions le stress de l’opération car cela faisait déjà cinq heures et personne ne nous avait donné aucune nouvelle. Oui, on a senti de manière très forte le séisme mais ce qui m’inquiétait le plus, c’était de ne rien savoir d’elle », s’est souvenu Ricardo, 34 ans.

Heureusement le docteur Arellano est venu lui dire : « Tout s’est bien passé ». « Le fait qu’ils aient gardé leur calme, leur professionnalisme, je trouve ça admirable », a-t-il confié à l’AFP, heureux de savoir que sa fille sortira bientôt de l’hôpital. La mère du nouveau-né opéré est elle aussi reconnaissante. Ils ont continué à opérer, ils ne sont sortis à aucun moment de la salle, a-t-elle témoigné à la presse locale. Son bébé est bien sorti de l’opération mais reste en convalescence, souffrant de malformations congénitales au cœur.

Un sang-froid qui remonte à plus de 30 ans

Le secret du sang-froid du docteur Arellano ? Il remonte à plus de 30 ans, quand en 1985 – un 19 septembre également -, un séisme avait dévasté la capitale et fait près de 10 000 morts. À l’époque, il était interne à l’hôpital général de Mexico, où des dizaines de personnes, dont plusieurs de ses collègues, avaient péri. « Ce que j’ai appris, à cette occasion, c’est à contrôler la panique car cela peut te tuer ou te blesser sérieusement », a-t-il souligné.

Ce jour-là, il se trouvait dans une partie annexe du bâtiment de l’hôpital, qui s’était effondré, et pour sortir dans la rue, il devait traverser le hall principal. Ce qui l’a sauvé, c’est justement son pas lent. Ses collègues qui ont fui en courant sont morts écrasés par la chute des murs. « Beaucoup de mes collègues auraient probablement pu sortir s’ils ne s’étaient pas laissés emporter par cette panique », assure le médecin.

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