La traque des homosexuels en Tchétchénie a le visage du chanteur Zelimkhan Bakaev

La traque des homosexuels en Tchétchénie a le visage du chanteur Zelimkhan Bakaev

Zelim Bakaev a disparu depuis le 8 août 2017. | © YouTube

Société

Selon les associations LGBT, le chanteur Zelim Bakaev a été torturé, puis tué par la police tchétchène, à cause de son homosexualité.

On n’avait plus entendu parler de lui depuis le 8 août dernier : voilà près de trois mois que la famille de Zelimkhan Bakaev l’attend pour célébrer le mariage de sa sœur à Grozny, capitale de la Tchétchénie. Jusqu’à ce que, tout récemment, une conférence de presse semble lever le voile sur le mystère qui entoure le chanteur russe. Le fondateur d’un groupe militant LBGT, Igor Kochetkov, l’affirme : « Nous avons reçu la confirmation de nos soupçons selon lesquels Bakaev était détenu par les autorités tchétchènes à cause de son homosexualité », rapporte le site Newnownext. « Il est arrivé à Grozny et a été arrêté dans les trois heures. Dix heures plus tard, il était assassiné », a ajouté Igor Kochetkov, dévoilant la mort supposée de Zelimkhan Bakaev.

Faire disparaitre les traces

Une information à laquelle s’ajoute les témoignages des amis du chanteur, bien connu dans sa contrée natale, la Tchétchénie. La chaine de télévision Dozhd révèle ainsi que Zelimkhan aurait été vu dans le centre de Grozny en compagnie d’hommes en uniforme militaire – bien que le Ministre des Affaires étrangères russe de la capitale démente formellement avoir une quelconque information sur une telle « disparition ». Selon Dozhd toujours, la mère et la tante de Bakaev auraient reçu un message WhatsApp du jeune homme il y a quelques jours, dans lequel il affirmait être en vie et planifier de quitter le pays. Mais immédiatement après l’envoi, il a quitté la conversation et éteint son téléphone, laissant penser qu’il n’était pas le véritable expéditeur.

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Il ne s’agit pas de la seule tentative présumée de maquiller sa disparition : plus tôt cet été, le 15 août, il avait posté une photo de lui dans un restaurant de Grozny sur Instagram. La photo ne semble pourtant pas avoir été prise cet été-là, mais un an auparavant, au vu de sa tenue. La manager de Zelimkhan Bakaev, qui n’a plus entendu parler de lui depuis le 6 août, affirme quant à elle que son client avait régulièrement des crises de panique lors de ses séjours en Tchétchénie, tandis que sa carrière musicale y prenait l’eau. Le jeune homme chantait principalement dans la langue de son pays, mais devait se produire au Daghestan ou à Moscou. Selon ses amis, « sa musique était trop différente de celle que l’on comprenait dans la république » du Causase russe très conservatrice.

Officiellement, selon les autorités tchétchènes, Zelimkhan Bakaev aurait simplement quitté le pays. Mais du côté des organisations des droits de l’Homme tchétchènes, on pointe clairement du doigt Adam Delimkhanov, un député virulent quant à la question des homosexuels.

Une première plainte historique

La conférence au cours de laquelle le groupe russe LGBT a dénoncé la mort d’Igor Kochetkov était également l’occasion pour Maxime Lapounov, un autre homosexuel, de témoigner. C’est la première fois qu’un homosexuel accuse à visage découvert les autorités tchétchènes de violences : « L’accusation principale contre moi était d’être homosexuel« , a-t-il fait savoir ce 16 octobre. Il y a sept mois, il avait été arrêté et emmené au poste de police. « Il fallait tuer des gens comme moi« , a-t-il déclaré au cours de la conférence de presse, qui s’est déroulée dans les locaux du journal Novaïa Gazeta – particulièrement impliqué dans les dénonciations par la communauté homosexuelle des oppressions tchétchènes. Maxime Lapounov aurait ainsi passé douze jours en cellule, très régulièrement battu par la police. Il aurait également été forcé à déposer ses empreintes sur une arme et à « avouer » qu’il est homosexuel, vidéo à l’appui.

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Le témoignage de Maxime Lapounov, qui est désormais en exil, constitue la première plainte officielle à l’heure où le problème n’existe pas pour la Russie, en l’absence de plaignant. Mais le Comité d’enquête russe dispose désormais d’une déclaration, déposée par l’homme et la déléguée russe pour les droits de l’Homme.

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