Paris Match Belgique

Fini l’incinération, vive la liquéfaction des corps !

Photo d'illustration. | © Flickr : Rhi

Société

Alternative écologique à la crémation, la liquéfaction vient d’être autorisée en Californie. Une pratique en vogue surtout aux États-Unis mais qui prépare son arrivée en Europe.

Pourquoi brûler ou enterrer les corps de nos morts quand on peut littéralement les liquéfier ? Aux États-Unis, la pratique fait de plus en plus d’adeptes. Après l’inhumation et la crémation, il est désormais possible d’opter pour la liquéfaction.

Né poussière, tu redeviendras… liquide

C’est la nouvelle tendance post-mortem de plus en plus en vogue aux USA. Autrement appelée « la crémation sans flammes » ou l’aquamation, la liquéfaction consiste à dissoudre le corps du défunt dans un bain chimique.

Baptisé scientifiquement « hydrolise alcaline », ce processus physico-chimique dissout les protéines, le sang et la graisse du corps pour le réduire à l’état de liquide. Le corps est plongé entre une heure et une heure et demie dans un mélange d’eau et d’alcali (un sel dérivé d’un métal alcalin) chauffé à 180 degrés pour être quasi entièrement décomposé. Les fragments osseux, ou autres parties ne pouvant être liquéfiées (comme les plombages dentaires), sont quant à elles brûlées grâce au procédé classique de la crémation.

Lire aussi > L’esthéticienne sociale offre une dignité esthétique aux malades et aux morts 

Si cette méthode peut en rebuter certains, elle convainc de plus en plus de professionnels du secteur funéraire outre-Atlantique. Récemment, la Californie est devenu le 15e État à autoriser la pratique dans une loi censée entrer en vigueur dès juillet 2020, rapporte le New York Times. Breveté aux États-Unis au 19e siècle, le procédé de l’hydrolise alcaline a été modernisé dès les années 90, notamment pour éliminer des cadavres ou des animaux morts. Depuis une dizaine d’années, les machines de liquéfaction ont ainsi fait leur apparition dans le commerce funéraire et de plus en plus de familles font aujourd’hui le choix de cette alternative aux avantages dits nombreux.

Une machine à liquéfaction.© The New York Times / Joe Wilson

Plus écolo, moins agressif

Moins cher, plus écolo, la méthode semblerait même pour certains plus « réconfortante » que la crémation ou l’enterrement. « Quand une famille vient de perdre un de ses membres, les autres sont dans un état de grande émotion ; ils regardent ce processus et se disent qu’il est moins agressif », explique au NY Times Jason Bradshaw, responsable d’une entreprise funéraire qui propose ce service aux États-Unis.

Lire aussi > Que reste-t-il de notre vie sur Internet une fois qu’on est mort ?

Sur l’argument environnemental, l’aquamation présenterait une emprunte carbone dix fois moins importante que celle de la crémation, l’appareil nécessitant beaucoup moins d’énergie et ne rejetant aucune fumée dans l’atmosphère, avance le quotidien new-yorkais. Quant aux restes liquides du corps dissout, ils pourraient servir d’excellent engrais pour la terre. « Les experts estiment que ce fluide est stérile, et qu’il contient de nombreux nutriments. »

Photo d’illustration. © Flickr : david_pics

Adieu inhumation, repose en paix crémation

Encore trop méconnu en Europe, le phénomène n’est pas prêt de débarquer en Belgique. « Les États-Unis ont toujours eu une longueur d’avance sur nous en matière de techniques funéraires », explique Charles Pierre-Olivier, directeur de l’Institut Belge de Thanatopraxie. En ce qui concerne la thanatopraxie (soins de conservation du corps de défunts humains) par exemple, « ils ont été les pionniers à développer des techniques que nous avons mis en place bien plus tard. La thanatopraxie commence seulement à se développer chez nous ».

Mais malgré un retard généralisé, « plusieurs techniques similaires à la liquéfaction émergent petit à petit en Europe, notamment en Angleterre », précise-t-il. À terme, l’objectif est en effet de diminuer progressivement l’usage de l’inhumation, considérée par certains comme une méthode non-fiable sur le long terme. « L’inhumation est morte », déclare le directeur d’une entreprise de liquéfaction funéraire. « Cette méthode n’est pas faite pour durer. Trop de gens, pas assez de terres. » 

Lire aussi > Au Japon, on peut désormais engager un « robot-moine » pour des funérailles

Quant à savoir comment la pratique sera accueillie au plat pays, Charles Pierre-Olivier envisage un scénario identique à celui de la crémation. « Au départ, beaucoup de personnes étaient réticentes au procédé de l’incinération », explique-t-il. « Mais au bout du compte, les mentalités ont évoluées et les gens s’y sont faits. Être plongé dans un bain d’acide ou brûlé sous les flammes, l’optique est plus ou moins la même », estime le thanatologue. Si la liquéfaction peut « réellement susciter l’intérêt », dire qu’elle pourrait remplacer la crémation demeure néanmoins à prouver.

CIM Internet