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82, le terrible nombre qui résume l’affaire Weinstein

Asia Argento en mai 2017, à Cannes. | © AFP PHOTO / Anne-Christine POUJOULAT

Société

L’actrice Asia Argento a tweeté la liste des 82 victimes d’Harvey Weinstein. Un document important, qui horrifie autant qu’il conscientise.

 

82, ce n’est pas « un dérapage » ou « un malentendu ». 82, ce n’est pas « un secret ». Non, 82, c’est « tout le monde savait, et ce depuis des années ». Ce chiffre, si énorme qu’il glace le sang avant d’atteindre la centaine, c’est le nombre de femmes qui ont confié avoir été agressées ou harcelées sexuellement par Harvey Weinstein, leurs noms ou leur fonction désormais rassemblés dans une liste effroyable publiée ce 28 octobre par Asia Argento, elle aussi concernée par les assauts du producteur américain.

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« Nous, les victimes, avons compilé cette liste », écrivait l’actrice italienne sur Twitter samedi, dans un post déjà retweeté plus de 15 000 fois. Le tableau qu’elle y présente concentre les témoignages tous différents, mais également glaçants, d’actrices et diverses travailleuses du milieu du cinéma entre 1980 et 2015. Si certaines d’entre elles ont préféré rester anonyme, on y voit figurer des noms de célébrités, tels que Léa Seydoux, Cara Delevingne, ou encore Lupita Nyongo.

Le 31 ocotbre, Asia Argento publiait une liste mise à jour, qui faisait gonfler le nombre de victimes de Harvey Weinstein à 93 – dont 14 viols. « A attrapé ses seins et tenté de mettre sa main dans sa jupe, elle avait 22 ans. A informé la police, qui l’a enregistrée et a divulgué la cassette, l’affaire a été abandonnée, bien que les preuves étaient évidentes » ; « S’est masturbé en face d’elle sur un bateau, alors qu’elle était au lit » ; « L’a violée en 2013 » ; « L’a forcée a pratiquer du sexe oral après l’avoir jetée sur un lit et lui avoir enlevé son tampon ». La liste contient les descriptions des actes perprétrés par Harvey Weinstein sur ces femmes, qui ont pour la plupart gardé le silence jusqu’à ce mois d’octobre 2017 qui a révélé l’enquête du New York Times et de Ronan Farrow.

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À ceux qui affirmeraient qu’une telle compilation n’est pas nécessaire pour prendre la mesure de l’affaire Weinstein, voilà qu’on peut désormais opposer un nombre qui sonne comme une sentence ; pourquoi alors a-t-il fallu plus de trente ans et le triple de victimes pour qu’on commence à dénoncer, écouter et protéger ? Car c’est ce chiffre, autant que les détails du dossier, qui constitue le vrai scandale. Parmi ces 82 femmes, peu sont celles dont on est certain qu’elles aient porté plainte. Pourtant, là n’est pas l’ultime question. Non, la véritable interrogation est : 93, est-ce suffisant pour qu’une industrie, qu’une société change ?

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