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Comment les créateurs d’un « numéro anti-relous » se sont retrouvés victimes de menaces de mort

S’il décide d’appeler, le quidam recevra une "gentille mise à jour sur le consentement". | © Flickr : Mariah Dietzler

Société

Les instigateurs français d’une initiative anti-harcèlement sexuel ont subi des attaques virtuelles suite à la médiatisation de leur procédé « anti-relous ».

 

Le harcèlement sexuel a la vie dure ces jours-ci. Suite à « laffaire Weinstein, nombreux sont les réalisateurs, hommes politiques et autres harceleurs pointés du doigt pour des faits d’agressions sexuelles.

Un faux numéro

Suite à la fin de cette omerta, des plaintes sont déposées, et des solutions envisagées. Parmi elles, linitiative du site dinformation féministe américain. Il s’agit d’un faux numéro que les femmes peuvent donner à un interlocuteur qui lui aura demandé ses coordonnées avec trop d’insistance, basculant alors dans une forme d’harcèlement. Sil décide dappeler, le quidam tombera alors sur une messagerie lui délivrant le message suivant : « Oh, bonjour ! Si vous lisez ce message, c’est que vous avez mis une femme mal à l’aise. Avec vous, elle ne s’est pas sentie en sécurité, elle ne s’est pas sentie respectée. Apprenez s’il vous plaît à accepter un non comme réponse. Respectez l’autonomie des femmes dans leurs actes et décisions. Merci ».

Sil choisit denvoyer un texto, le même texte lui sera délivré en réponse une heure plus tard – ce délai permet à la personne ayant reçu des avances inappropriées de quitter les lieux entretemps. Créé lundi dernier, le processus a immédiatement reçu de vifs encouragements sur Twitter :

Après les États-Unis, la France

Quatre jours plus tard, lidée est reprise par Clara Gonzales et Elliot Lepers, les fondateurs français d’un site participatif, Macholand.fr, qui permet aux internautes de dénoncer en temps réel toute forme de harcèlement. Selon Clara Gonzales, interviewée par le blog Madmoizelle, le but de ce numéro est principalement pédagogique. Au lieu de se fatiguer à expliquer à un homme que ses avances sont déplacées, la personne harcelée peut désormais déléguer cette leçon sur le  consentement à ce fameux répondeur. Il est vrai que, dans ces situations, la victime sait rarement où se mettre, se confondant en excuses afin de ne pas céder voire donnant son numéro, sachant pertinemment qu’elle ne répondra pas aux futures propositions du dragueur en question.

Momentanément indisponible

Lors de son lancement, le numéro connaît un franc succès. Lundi matin, il avait déjà été composé plus de 25 000 fois. Petit hic : chaque SMS envoyé coûte un peu plus de 7 cents aux fondateurs du « 06 anti-relous ». Afin de continuer à faire exister l’initiative, le duo a donc lancé, dans la nuit de samedi à dimanche, une campagne de crowdfunding sur le site leetchi.com.

Mais les difficultés ne s’arrêtent pas là. Suite à la vaste couverture médiatique dont le numéro a fait l’objet, il est victime, lundi soir, d’un spam malveillant visant à épuiser ses finances. Il ne reste alors, pour Elliot et Clara, plus qu’à désactiver le numéro avant de se retrouver totalement ruinés. Dans la soirée, des menaces de mort sont également publiées sur les réseaux sociaux à leur encontre, et ils sont victimes de harcèlement jusqu’à leur domicile. Ce mardi, les auteurs de l’initiative ont publié un communiqué de presse résumant les attaques dont ils ont été la cible ces derniers jours. On y apprend notamment qu’ils comptent engager des poursuites à l’encontre de leurs agresseurs, et qu’ils appellent l’État Français à réagir suite au silence des sites hébergeant les menaces. Enfin, Clara et Elliot annoncent qu’ils comptent réactiver le numéro aussi vite que possible, et qu’ils poursuivent leur campagne de crowdfunding dans ce but.

Des doutes émis sur Twitter

Malgré l’ingéniosité apparente du procédé, des doutes peuvent également être émis sur ses conséquences directes. Suite à l’effervescence médiatique provoquée par la création du numéro en France, une jeune femme décrit, sur Twitter, pourquoi il peut désormais s’avérer dangereux selon elle.

« Popee », de son surnom virtuel y explique que, souvent, les harceleurs ont tendance à appeler directement la personne qui vient de lui donner son numéro afin de s’assurer qu’il ne s’agit justement pas d’un faux – ou pour échanger plus rapidement leur numéro. Dans le cas du « 06 anti-relous », les réactions pourraient être particulièrement agressives. Surtout que, depuis ce week-end, les harceleurs potentiels pourraient, selon elle, avoir enregistré le numéro dans leur téléphone afin de ne pas se faire leurrer. Une mise en garde qui pourrait remettre en question la réactivation du « 06 anti-relou ».

Bientôt une campagne similaire en Belgique

En Belgique, lASBL eTouche Pas À Ma Pote » a mené une campagne similaire il y a deux ans. Ses membres avaient alors placé des cartes de visite indiquant un faux numéro dans les bars, universités et autres commerces de la capitale, à destination des femmes potentiellement victimes de harcèlement. En appelant ce numéro, le harceleur tombait sur une messagerie lui expliquant quil avait eu un comportement déplacé et linformant sur les amendes encourues suite à cet acte.

« Les filles étaient très emballées par le projet car c’est un moyen ludique de dénoncer le harcèlement de rue », raconte Pauline Pourtois, coordinatrice à « Touche Pas À Ma Pote ». « Il est souvent difficile d’atteindre directement les personnes que l’on veut blâmer. Ici, les femmes se sentaient protégées et cela permettait d’informer les harceleurs sur la loi liée au harcèlement, qui n’est que très peu connue ». Aujourd’hui, le numéro n’est plus valide, mais, suite au succès de la campagne, l’ASBL envisage de la relancer au cours de l’année 2018.

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