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Voyage d’outre-tombe dans l’univers de ces Belges amateurs de cimetières

Des lieux hors du temps que les amateurs veulent préserver | © Flickr @ AR Nature Gal

Société

Dans le milieu de la mauvaise herbe envahissante, des croque-morts et des grilles de cimetières qui grincent, on les appellent les « taphopiles » – comprenez, « ceux qui aiment les tombes ».

Passionnés de sépultures plutôt que profanateurs de tombeaux, ces adorateurs de nécropoles n’en veulent pas tant à la mort de leur avoir volé quelques personnages estimés que de négliger l’archivage et la cartographie de ses cimetières. Thierry Luthers est l’un de ces élégants « nécrosophes » de l’extrême, journaliste de la RTBF « obstiné et un peu fou » de son propre aveu, mordu de tombes de personnes illustres.

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« Où que je sois dans le monde, en reportage professionnel ou en vacances, c’est plus fort que moi : il faut que j’aille voir l’une ou l’autre tombe d’une personnalité plus ou moins célèbre », raconte-t-il dans son livre tout juste paru, Derniers domiciles connus.

Parfois, cela tient du véritable jeu de piste, car il n’est pas toujours évident de retrouver une sépulture dans un cimetière… C’est le côté ludique de l’entreprise. Mais, une fois l’objet de la quête trouvé, c’est le moment du recueillement, du souvenir et de la photo, bien évidemment.

Cartographe devant l’éternel, Thierry Luthers – qui est par ailleurs historien de formation – s’est ainsi mis à recenser toutes les tombes des personnalités belges, qu’elles aient excellé sur un vélo, derrière un violon ou dans l’hémicyle. Le résultat de plus de 200 pages, qui s’attaque en premier lieu à la Province de Liège, constitue ainsi le seul et unique guide des tombeaux du Royaume – richement illustré qui plus est.

Culture éternelle

Le bédéiste Arthur Piroton, les Masson, cyclistes de père en fils, l’inoubliable Pierre Rapsat ou encore le Standardman Roger Petit : les champs du repos de la Principauté liégeoise sont en passe de devenir les terrains de jeu – respectueux – de pisteurs de cryptes. De quoi secouer la triste routine du 1er novembre en apprenant à connaitre davantage les voisins de son cimetière.

Dernière demeure

Une initiative qui tombe à pic, à l’heure où les cimetières sont plus délaissés que jamais. De quoi pousser le conseiller communal liégeois Louis Maraite (MR) à passer à l’action. « Il y a un mois, j’ai pris la décision de visiter les 22 cimetières de Liège. J’avais reçu des appels de citoyens me disant que les cimetières étaient en très mauvais état et j’ai décidé d’en juger par moi-même. Et en effet, certaines tombes étaient en très mauvais état ». Et si Louis Maraite avance que l’interdiction d’utiliser des herbicides ne facilite pas la tâche des organes publics chargés de l’entretien des cimetières, il relève toutefois un autre phénomène.

Ce qui m’a le plus marqué, c’est de constater le nombre de familles qui avaient tout bonnement abandonné leurs tombes. Les sépultures étaient envahies par les mauvaises herbes, des arbres poussaient dans les tombes, les pierres tombales gisaient par terre… On voyait bien que plus personne n’était venu rendre visite à certains défunts depuis plusieurs années.

La solution pour éviter que les défunts ne tombent dans l’oubli : le parrainage de tombe. « Le principe serait que les personnes se cotisent pour payer la concession, et s’engagent à prendre la tombe en charge. En province de Liège, il y a 1 560 tombes de personnalités, on pourrait ainsi imaginer qu’un club de supporters parrainerait la tombe d’un ancien joueur star du FC Liège » explique Louis Maraite. Qui a lui-même choisi de joindre l’action à la parole.

Parrainage

« En faisant des recherches sur la guerre 14, je suis tombé sur Hortense, raconte Louis Maraite, une accoucheuse liégeoise qui a pris le risque de réaliser des avortements pour les femmes qui avaient été violées par l’occupant. C’est une femme au destin exceptionnel, et ce serait inadmissible que sa dernière demeure tombe en ruines ». Qui souligne l’importance de l’entretien des cimetières :

Il faut que nous intervenions pour que les cimetières restent les havres de paix qu’ils sont aujourd’hui. Dans les cimetières, le temps s’arrête.

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