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Quand les Femen manifestent contre Polanski à Paris, BOZAR ne craint rien à Bruxelles

Deux membres du collectif Femen étaient présentes à Paris, aux côtés de dizaines de manifestantes. | © AFP PHOTO / GEOFFROY VAN DER HASSELT

Société

Alors que la Cinémathèque de Paris a subi les assauts des Femen dans le cadre d’une rétrospective sur Roman Polanski, BOZAR s’en tire plutôt bien – avec quelques avertissements néanmoins.

 

« Pas d’honneurs pour les violeurs ! » Les mots étaient scandés ce lundi soir devant la Cinémathèque de Paris par plusieurs dizaines de femmes. Certaines, panneau au poing, sont emmitouflées dans des manteaux, tandis que deux autres se débattent le torse nu barré d’un « Very Important Pedocriminal » en lettres noires. Ce sont les Femen, connues pour leurs actions féministes vindicatives. Si elles ont rapidement été évacuées des lieux, Inna Schevchenko, l’une d’entre elles, a eu le temps de déclarer à l’AFP : « Le temps du silence est terminé, on va les chasser, la peur et la honte doivent changer de camp ».

C’est que si la première privée du dernier film de Roman Polanski, projeté dans le cas d’une rétrospective, a été particulièrement contestée, c’est bien à cause des dernières accusations pour agressions sexuelles prononcées à l’encontre du réalisateur, qui viennent s’ajouter à deux scandales : l’un datant de 1977 et qui le voit condamner pour crime sexuel – il ne purgera jamais l’entiereté de sa peine – et l’autre concernant Harvey Weinstein, accusé par 93 femmes. Le producteur américain et l’enquête du New York Times qui révèle au grand jour ses agissements, sont l’étincelle qui a allumé le grand brasier hollywoodien : pour une partie de l’opinion publique, c’en est assez de l’impunité et de la célébration publique de présumés ou avérés criminels sexuels. Ainsi, tandis que les manifestantes protestaient au son de « Assez de ceux qui veulent protéger les agresseurs », Inna Shevchenko taclait sévèrement l’institution parisienne, visant « une certaine arrogance et violence de la Cinémathèque ».

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©AFP PHOTO / Lionel BONAVENTURE – Les Femen ont manifesté à Paris, devant l’établissement qui accueillait une soirée privée qui accueillait le réalisateur du film et ses acteurs.

« Pour nous, l’important c’est d’annuler la rétrospective, d’avoir des excuses de la Cinémathèque et une prise de conscience », demandait la porte-parole du groupe « Osez le féminisme », Raphaëlle Rémy-Leleu au micro de l’AFP. Le collectif vise également une autre rétrospective, programmée pour janvier, consacrée quant à elle à Jean-Claude Brisseau, cinéaste condamné il y a douze ans pour harcèlement sexuel envers deux jeunes actrices.

Nous sommes persuadés que les films de Roman Polanski sont plus que jamais indispensables à notre compréhension du monde et du cinéma. Nous ne sommes pas prêts à nous en priver. – Costa-Gavras

En réponse aux attaques des féministes présentes ce lundi soir, la Cinémathèque a tenu à souligner sa « tradition d’indépendance », tandis que le réalisateur Costa-Gavras, également président de l’institution, a fait savoir : « Il n’a jamais été question une seconde de renoncer à cette rétrospective sous la pression de je ne sais quelle circonstance étrangère à la Cinémathèque et à Roman Polanski », et ce malgré une pétition ayant recueilli 27 000 signatures. La ministre de la Culture française s’est quant elle refusée à condamner l’œuvre de Roman Polanski : « Il s’agit d’une oeuvre, il ne s’agit pas d’un homme, je n’ai pas à condamner une oeuvre ».

Bruxelles sans Femen, mais pas sans critiques

Si les faits se sont déroulés dans la capitale française ce lundi, Bruxelles accueillait elle aussi un évènement dédié au réalisateur polonais ce 30 octobre : BOZAR était l’hôte de la première belge du film D’après une histoire vraie. « Roman Polanski est sans nul doute l’un des génies du 7e art. (…) Voilà en effet 55 ans que le réalisateur franco-polonais nous stupéfie, film après film, portant témoignage à travers eux de sa vision du monde, utilisant un langage très esthétisé, à l’érotisme souvent tourmenté », faisait savoir la maison des arts bruxelloise dans une introduction au film sur son site. Et à l’annonce de la projection le 9 octobre dernier sur Facebook, certains internautes n’avaient pas manqué de faire entendre leur mécontentement. « Vous admirez Roman Polanski et chérissez son art, alors que ce sale bonhomme a récemment été accusé de viol sur des enfants pour la quatrième fois [les accusations sont désormais au nombre de cinq, NDLR], et on ne parle même pas de ce qui pourrait se cacher sous le tapis. C’est juste mal », avait signalé une utilisatrice, tandis qu’une autre explosait : « BOZAR sérieusement ? J’imagine qu’il faut ‘dissocier l’homme de l’artiste’ ? » Une autre internaute n’a par ailleurs pas manqué de partager la bande dessinée de l’illustratrice Mirion Malle sur « l’impunité des gens (célèbres) ».

©BELGA PHOTO CAMILLE DELANNOIS

Le soir de l’évènement, « tout s’est bien passé (…) aucun remous ou signe de protestation » n’a été signalé, selon le service presse de BOZAR. La première « était programmée déjà depuis plusieurs mois, bien avant les dernières accusations portées contre le réalisateur », tandis que le film sortira bien dans les salles belges ce mercredi, comme prévu. « BOZAR reste une institution culturelle qui a pour mission de présenter le travail des artistes, toutes disciplines, valeurs ou opinions confondues. Ce n’est pas son rôle de se substituer à la loi ou de faire office de tribunal », estime l’institution, par le biais de la responsable des relations publiques pour le cinéma, Hélène Tenreira. De plus, « Ce n’est pas comme si on avait fait venir le réalisateur », à l’inverse de la Cinémathèque parisienne, ajoute-t-elle. « À BOZAR, on organise aussi bien des évènement autour de la Palestine que d’Israël. On se concentre vraiment sur les contenus artistiques. C’est donc rare qu’on fasse opposition. On avait eu à l’époque Tariq Ramadan – il n’y avait pas la polémique que l’on connait aujourd’hui, mais c’était déjà polémique -, donc on ne veut pas non plus être lisse ». En effet, en 2011, les lieux avaient également déjà été le théâtre d’une rétrospective sur l’acteur et réalisateur Roman Polanski. « Mais ici, c’était juste une projection de film », conclut BOZAR.

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