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Dans les coulisses de la secte new-yorkaise où les femmes sont affamées et tatouées de force

Sarah Edmonson est marquée à vie par son passage dans Nxivm | © Ruth Fremson / The New-York Times

Société

Nxivm, cinq lettres mystérieuses qui cachent deux facettes : d’un côté, la façade officielle d’une organisation proposant des cours de dévelopement personnel. De l’autre, une secte qui contraindrait ses membres féminines à subir malnutrition, marquages au fer rouge et esclavagisme sexuel. Enquête.

Dans l’imaginaire collectif, les recrues des sectes ont des visages familiers. Le sourire béat d’un Hare Krishna, toge orange et crâne rasé. La mine sombre d’un Témoin de Jéhovah, indissociable de ses pamphlets et de son costume mal taillé. Des portraits-robots auxquels il est difficile d’associer India Oxenberg, blonde diaphane aux traits sculptés et à la garde-robe qui semble plutôt sortir d’une série à succès. Pas étonnant quand on sait que sa mère n’est nulle autre que Catherine Oxenberg, qui a atteint la gloire sur petit écran grâce à la série Dynasty. Avant que sa vie ne prenne des allures de scénario catastrophe. Avec, dans le rôle du méchant, Nxivm et son leader, Keith Ranière.

Sororité secrète

Officiellement, Nxivm (prononcé « nex-i-um »), est une organisation comme il en existe tant d’autres, proposant des cours de développement personnel à des adultes paumés en quête d’un nouveau chemin psychologique ou professionnel. Une promesse qui a séduit Catherine Oxenberg après qu’une amie lui ait vanté les mérites de Nxivm. « J’en avais des échos très positifs, et je me suis dit que ce serait une chouette activité à faire ensemble pour me rapprocher de ma fille ». Nous sommes alors en 2011, et si Catherine trouve d’emblée le mouvement « bizarre et glauque », pour India, c’est une révélation. Très vite, la jeune femme recrute des amis et investit des sommes toujours plus conséquentes dans le programme de cours offert par Nxivm; avant de décider de déménager à Albany, sur les hauteurs de New-York, pour être plus proche du QG du groupe. Le début du cauchemar pour Catherine Oxenberg.

Au début, je me suis tue, parce que je ne voulais pas interférer dans la vie de ma fille. J’ai changé d’avis au printemps dernier quand une ex-recrue de Nxivm a pris contact avec moi pour me prévenir qu’India avait rejoint une sororité secrète au sein de la secte. Les femmes qui en font partie ne peuvent pas manger plus de 800 calories par jour, et font office d’esclaves sexuels pour le fondateur, Keith Ranière, dont elles ont les initiales marquées au fer rouge.

Un scénario abracadabrant pourtant confirmé au New-York Times par Sarah Edmonson, une ex-recrue marquée à jamais par son expérience au sein de la secte, aussi bien psychologiquement que physiquement. C’est en effet après qu’on lui ait gravé les initiales de Keith Ranière au fer rouge qu’elle a décidé de quitter Nxivm.

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Flickr @ Conecta Abogados

On m’a dit que si j’entrais dans la sororité secrète, j’aurais plus confiance en moi. Lors de la cérémonie d’initiation, on nous a dit de nous déshabiller et de nous allonger sur une table de massage en disant « Maître, marquez moi, ce serait un honneur ». On nous avait dit qu’on allait nous faire un tatouage discret, mais au lieu de ça, on nous a cautérisé les initiales de Keith Ranière à même la peau.

Et Sarah Edmonson de montrer la cicatrice boursouflée de son marquage. Une pratique barbare, d’ordinaire réservée aux animaux, et dont Keith Ranière est parfaitement informé. Dans un message envoyé à une recrue, il explique ainsi que « à l’origine, il ne s’agissait pas de mes initiales, mais ils ont modifié le motif pour me rendre hommage (…) personne n’aurait rien à y redire s’il s’agissait des initiales d’Abraham Lincoln ». Sauf qu’alors qu’Abraham Lincoln est connu pour avoir aboli l’esclavage aux Etats-Unis, Keith Ranière, lui, serait plutôt partisan de son rétablissement via un réseau de fidèles obéissants et dévoués qui n’hésitent pas à lui donner leurs corps et leurs économies.

Personnalités reprogrammées

Fondée à la fin des années 90 à New-York, Nxivm est pensée comme une académie informelle promettant l’accomplissement à ses recrues par le biais de l’élimination des barrières psychologiques et émotionnelles. Le mantra de Keith Ranière :

Les êtres humains peuvent être nobles. La question est : sont-ils prêts à faire les sacrifices nécessaires pour y arriver ?

Des sacrifices que Mark Vincente, un documentariste ayant réalisé un film encensant Keith Ranière, n’est plus prêt à faire. Après avoir entendu parlé de la sororité secrète et de ses pratiques, il a confronté Keith Ranière, qui est resté fuyant et évasif sur le sujet. Un écran de fumée qui a soudain permis à Mark Vincente d’y voir clair.

C’est là que j’ai enfin compris comment Nxivm fonctionnait. Personne ne rejoint l’organisation en voulant se faire dépouiller de sa personnalité. C’est juste qu’aucun de nous ne le réalise pendant que ça arrive.

 

Facebook @ India Oxenberg

Un brainwashing méticuleux, sous couvert de libération émotionnelle, qui pourrait expliquer pourquoi India Oxenberg a coupé les ponts avec sa mère quand cette dernière a tenté de la convaincre de quitter le QG de la secte. Dans un message posté sur Facebook la semaine dernière, elle persiste : « je vais bien, extrêmement bien même. Je ne me mettrais jamais moi-même ou les personnes que j’aime en danger ». En attendant, les membres quittent la secte en masse depuis l’article du New-York Times. Avec tous les périls que cela implique : ainsi que le souligne Sarah Edmonson, « il n’y a pas de guide qui explique la marche à suivre pour quitter une secte ».

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