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Egypte : ce pays où il ne fait pas bon être une femme

Photo d'illustration. | © ©Amr Sayed apaimages/MAXPPP

Société

Comme si la liste n’était pas encore assez longue, l’Egypte continue d’accumuler les mauvais points en matière de droits des femmes.

Alors que le pays s’est déjà retrouvé sous le feu des projecteurs en 2011, à l’heure où la place Tahrir était le théâtre d’une série de viols et d’agressions sexuelles, l’Egypte est une nouvelle fois pointée du doigt pour son hostilité envers les femmes. Depuis les soulèvements du Printemps arabe, le tournant post-dictatorial a porté un sérieux coup aux droits des femmes. Trafic humain, harcèlement, agressions sexuelles, lois discriminatoires, faible représentation en politique : l’Egypte collectionne les mauvais points et dans toutes les catégories.

Incitation (télévisée) au viol

En ce début de mois de novembre, le pays fait encore parler de lui suite aux propos scandaleux d’un avocat égyptien, interviewé par la chaîne Al-Assema. Tandis qu’il participait à un débat sur un projet de loi sur la prostitution, l’homme réputé – qui n’en est pas à sa première polémique – a tenu des propos nauséabonds qui ont rapidement fait le tour du monde. « Je dis que quand un fille marche comme ça [avec des déchirures sur son jean au niveau des fesses et des cuisses], c’est un devoir patriotique de la harceler sexuellement et un devoir national de la violer », a déclaré sans gêne Nabih al-Wahsh. Hué par les femmes présentes sur le plateau de l’émission, l’homme a renchéri : « Les femmes doivent se respecter si elles veulent qu’on les respecte ». Une déclaration qui, malgré l’indignation générale, a été appuyée dès le lendemain dans une tribune signée par M. al-Wahsh et publiée dans un journal national. Comme le rapporte l’Orient-Le Jouril a ainsi écrit que sa fille « la première mériterait ce traitement si elle portait un jeans » et que « la robe est une incitation au viol ». 

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« Cet homme idiot est dangereux », a déclaré Harrassmap, une organisation qui lutte contre le harcèlement sexuel en Egypte. Suffisamment dangereux pour que le Conseil national égyptien pour les femmes dépose une plainte contre le principal intéressé et la chaîne de télévision. Car en télé, justement, l’Egypte fait encore preuve d’exemplarité remarquée en matière de répression des femmes.

Rendez-vous à la case prison

Cette semaine, une animatrice télé de la chaîne privée Al-Nahar TV a été condamnée à trois ans de prison. Son crime ? Avoir consacré l’une de ses émissions aux mères célibataires. En abordant des thèmes tels que la sexualité hors mariage, le don de sperme ou encore le divorce, l’animatrice Doaa Salah en a fait grogner plus d’un. Après une suspension de l’émission pendant trois mois, une plainte déposée par un avocat, la sentence est tombée : la jeune femme est finalement envoyée derrière les barreaux pour « outrage à la décence publique » et condamnée à payer une amende d’environ 500 euros. Une sanction lourde et irrévocable décidée ce jeudi 2 novembre et à laquelle la jeune femme ne pourra pas faire appel.

Accusées « d’incitation à la débauche »

Nouvelle condamnation, ce samedi 18 novembre. Une jeune chanteuse égyptienne a été arrêtée pour un clip particulièrement suggestif pour lequel elle est suspectée « d’incitation à la débauche », a rapporté l’AFP. Selon les responsables de la police, des plaintes ont été déposées au sujet de cette vidéo de la chanson « Andy Zoroof ».

Tout en sensualité et en images suggérées, la vidéo n’a pas manqué de susciter l’indignation. « La chanteuse Shyma présente une leçon de dépravation aux jeunes », a dénoncé le journal égyptien Youm7. De vives réactions suite auxquelles la chanteuse a immédiatement présenté ses excuses sur sa page Facebook, affirmant ne pas avoir mesuré les conséquences de son clip. « Je présente mes excuses à tous ceux qui ont été dérangés par le clip et l’ont considéré indécent », a-t-elle écrit. Et de poursuivre, ne pas « s’être imaginé que tout cela allait arriver » au point de faire « l’objet d’une attaque aussi virulente de la part de tout le monde, en tant que jeune chanteuse (…) qui a rêvé depuis son plus jeune âge de devenir chanteuse ». À l’heure actuelle, il n’a pas encore été précisé si la jeune femme de 21 ans était formellement inculpée. On sait néanmoins qu’en 2015, un tribunal égyptien avait déjà condamné à un an de prison une danseuse accusée « d’incitation à la débauche » pour un clip jugé indécent.

Femmes en danger, situation inchangée

Dans un pays où 99,3 % des femmes et jeunes filles égyptiennes déclarent avoir été victimes de harcèlement sexuel dans l’espace public, selon un rapport de l’ONU. Dans une société où 99 % des femmes ont été sexuellement agressées, d’après une étude 2013 de United Nations Entity for Gender Equality. L’Egypte demeure hissée au premier rang des mauvais élèves du monde arabe en matière de droits des femmes. Et la situation n’est pas sur le point de changer.

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Interrogée par TV5Monde en mars dernier, Azza Soliman, avocate et féministe engagée, déclarait : « Rien n’a changé aujourd’hui. Si ce n’est que le régime de Sissi est encore plus conservateur que les précédents ». Dictature patriarcale, vfaleurs abusives et rétrogrades, manipulations : l’État continue de s’arroger le monopole de la protection des femmes, lit-on encore dans TV5MondeIls utilisent le discours religieux, le même que celui des salafistes, à des fins politiques, dans le but de séduire et rassurer les démocraties occidentales”.

Dans une récente enquête, la fondation Thomson Reuters a désigné Le Caire comme étant la ville la plus dangereuse au monde pour les femmes. Derrière New Dehli, Karachi et Kinshasa, la mégalopole égyptienne qui abrite plus de 16 millions d’habitants est ainsi pointée du doigt, autant que l’attitude de ses citoyennes jugée « déviante » dès le plus jeune âge. L’ironie dans l’histoire ? Le fait que le président Abdel Fattah al-Sissi ait décrété qu’en Egypte, 2017 serait l’année de la femme.

 

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