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Course-poursuite et cour martiale : tout ce que l’on sait de la tuerie de Sutherland Springs

L'homme a tué 26 personnes avant de mourir. | © Xinhua/Yan Bo

Société

Une petite ville du Texas a été le théâtre d’un massacre, ce dimanche, alors que 26 personnes sont mortes sous les coups de feu d’un homme.

D’après des articles Paris Match France de Kahina Sekkai et Amandine Bourgoin.

La tuerie de Sutherland Springs est l’une des pires fusillades de l’histoire des États-Unis. Aux alentours de 11h20, alors que les paroissiens de Sutherland Springs assistaient à l’office à l’intérieur de la First Baptist Church, un homme armé a fait irruption dans le lieu de culte et a fait feu. Vint-six personnes âgées de 5 à 72 ans sont tombées sous ses balles. Le tireur a été identifié par les médias américains comme Devin Patrick Kelley. L’Américain de 26 ans a servi en tant que logisticien dans l’armée de l’air à la base militaire Holloman, au Nouveau-Mexique. En 2012, il a été jugé par la cour martiale, notamment pour avoir attaqué son épouse et leur fils, Stefanek. Des faits pour lesquels il avait été démobilisé, incarcéré pendant un an et destitué de son grade, rapporte CNN.

Le suspect, qui serait originaire de New Braunfels, au Texas, se serait procuré l’arme de la tuerie en avril 2016 à San Antonio. Selon CBS, il travaillait comme agent de sécurité dans un Parc aquatique l’été dernier.

« Nous allions à environ 150 km/h à travers le trafic »

Deux hommes n’ont écouté que leur courage dimanche. Alors qu’un homme a pénétré armé dans l’église baptiste de Sutherland Springs, au Texas, et a commencé à tirer sur les fidèles, un voisin, entendant les coups de feu, est sorti de chez lui pour intervenir. Cet habitant, qui n’a pas été nommé par les médias, s’est saisi d’un fusil qu’il possédait et s’est mis à tirer sur le suspect. Ce dernier a alors quitté l’église, montant dans sa voiture pour prendre la fuite, rapporte ABC.

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Le voisin a décidé de le pourchasser, aidé par un autre témoin de la scène, Johnnie Langendorff. Il a raconté aux médias américains avoir vu au loin « deux hommes échanger des coups de feu, dont l’un était un membre de notre communauté. (…) Je savais qu’il était l’un des nôtres, et quand il s’est approché de ma voiture en détresse avec son arme et qu’il m’a expliqué très rapidement ce qui venait de se passer, je savais que je devais y aller ». « Le tireur de l’église avait été maîtrisé, il a pris le volant de sa voiture et l’autre s’est approché de moi et m’a dit : ‘Nous devons le poursuivre’ m’expliquant qu’il venait de faire un massacre dans l’église. Donc c’est ce que j’ai fait. J’ai juste voulu agir », a-t-il commenté.

« Nous allions à environ 150 km/h à travers le trafic »

Durant leur course poursuite avec le tueur, les deux hommes ont eu le temps de téléphoner à la police. « Nous allions à environ 150 km/h à travers le trafic et les gens. Puis, au bout d’un moment, il s’est mis à ralentir et après ça, alors que nous étions à quelques mètres de lui, il a dévié de la route… Il a perdu le contrôle et nous nous sommes garés. L’homme avec moi est sorti avec son fusil pointé vers lui et à partir de là, il a arrêté de bouger, il n’est pas sorti de sa voiture ». La police est arrivée environ sept minutes plus tard. « Lorsque que les secours sont arrivés, ils nous ont fait reculer et ont pris soin de tout le reste ». Les autorités n’ont pas précisé si le tueur s’est ensuite suicidé ou s’il a perdu la vie, touché par une balle.

©Capture d’écran YouTube – Johnnie Langendorff a raconté sa course-poursuite avec le tueur devant les médias.

Un « problème de santé mentale », pas d’armes

Encore une fois, Donald Trump rejette le débat sur les armes. Lundi matin, au lendemain de la fusillade commise dans une église de Sutherland Springs, au Texas, qui a coûté la vie à au moins 26 personnes, le président américain a pris la parole depuis Tokyo, où il est en visite officielle, pour assurer que « ce n’est pas une question liée aux armes ». Selon lui, « la santé mentale est le problème ici » : « D’après les premiers éléments de l’enquête, c’était un individu très dérangé, qui a eu de nombreux problèmes depuis très longtemps. Il y a beaucoup de problèmes liés à la santé mentale dans notre pays, comme dans d’autres pays. Mais ce n’est pas une question liée aux armes, nous pouvons nous pencher là-dessus mais c’est un peu tôt pour ça. Heureusement quelqu’un d’autre avait une arme pour tirer dans la direction opposée sinon ça n’aurait été ce bilan mais un bilan encore plus grave. Mais c’est un problème de santé mentale, du plus haut degré. C’est un événement très triste, ce sont des gens très bien et un événement très, très triste. Mais c’est comme ça que je le vois ».

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Il faut rappeler que la NRA finance largement les campagnes politiques dans le pays et surtout celle de Donald Trump, le candidat à la présidentielle le plus soutenu de l’histoire avec 30 millions de dollars attribués à sa campagne, pour faire face à celle d’Hillary Clinton qui appelait à une législation sur le port d’armes. Cette dernière avait d’ailleurs été menacée à demi-mots par Donald Trump, qui avait appelé les propriétaires d’armes à la mobilisation : « Hillary veut, en gros, abolir le deuxième amendement. Et au fait, si elle est en position de choisir ses juges [pour la Cour suprême], vous ne pourrez rien faire, les amis! Enfin, peut-être que les gens concernés par le deuxième amendement [‘second amendment people’, dans le discours original], peut-être qu’ils pourraient y faire quelque chose… »

©AFP PHOTO / POOL / ISSEI KATO

Le New York Times avait listé, après Las Vegas, les élus qui ont le plus touché d’argent : sur toute sa carrière, John McCain (sénateur de l’Arizona) a reçu plus de 7,7 millions de dollars de la part de la NRA, près de 7 millions de dollars pour Richard Burr (sénateur de la Caroline du Nord). Dans la liste, tous sont des républicains. Après Las Vegas, la NRA avait ouvert la porte à « des régulations supplémentaires » mais uniquement sur les « bump stocks », une crosse amovible qui permet à une arme semi-automatique de tirer comme une arme automatique, accessoire utilisé par Stephen Paddock. Aucun mot sur les contrôles d’antécédents pour les futurs propriétaires d’armes ni sur la nature de ces armes.

Des sommes énormes qui expliquent en partie le refus de ces élus de légiférer, notamment après la tuerie dans une école de Sandy Hook, où 26 personnes dont 20 enfants. Malgré les larmes et les efforts de Barack Obama, l’ancien président américain n’était pas parvenu à faire convaincre les élus conservateurs de modifier cette législation.

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