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La vasectomie : Pas touche à mes bourses !

En Belgique, la pratique est en hausse avec une augmentation de 16.5% en de dix ans. | © Flickr : Kevin O'Mara

Société

Devenue « la norme » dans certains pays, la vasectomie soulève encore chez nous réserves, inquiétudes et pose l’interrogation : « serai-je encore un homme une fois opéré ? » 

 

De plus en plus répandue, la vasectomie fait progressivement de la contraception une affaire d’hommes. « Il est temps que les mecs prennent leur responsabilité dans la contraception », estiment ceux qui sont déjà passé à l’acte autant que ceux qui l’envisagent. Mais face à eux demeurent les sceptiques, les mal-informés et les frileux qui se défendent encore d’un : « Pas touche à mes bourses ».

Toucher aux bijoux de famille (c’est dire comme ils sont précieux) pour sacrifier sa fertilité suscite encore bien des réticences. Pourtant, on le sait : l’opération qui consiste à couper les canaux déférents libérant les spermatozoïdes ne change rien aux rapports sexuels ou à la libido, puisqu’elle n’a aucun impact sur l’érection ni même l’éjaculation. Mais alors que tout reste en place, on confond encore perte de fertilité avec perte de virilité et l’on se surprend toujours à penser que la vasectomie, « c’est comme se faire couper le zizi ».

« La vasectomie touche à quelque chose de très sensible chez les hommes, physiquement et symboliquement »

La décision est soit venue d’eux-mêmes, soit de leur compagne. Passer à l’acte chirurgical définitif est devenu envisageable, dès lors qu’ils ont atteint un certain âge et ont déjà expérimenté l’aventure paternel. Comme alternative à la contraception féminine ou afin d’éviter la case IVG, la vasectomie s’est présentée à leur couple comme LA solution. Pour Hugues, c’était le « syndrome classique » : « Pour que ma femme puisse arrêter la pilule, on avait le choix entre deux options : la vasectomie ou la ligature des trompes », explique ce quadragénaire opéré cet été. « L’opération des trompes étant beaucoup plus lourde que celle des testicules, je me suis dit que c’était à mon tour d’assumer cette responsabilité ». Trente minutes d’opération sous anesthésie locale et le tour était joué. Père de deux enfants, Hugues ne l’avait pourtant jamais envisagé. Dans cet « acte d’amour », il souligne un aspect symbolique fort. « On peut dire que c’est une forme de mutilation. Mais ce n’est pas comme une incision dans le bras, ça touche à quelque chose de très sensible chez les hommes, physiquement et symboliquement. »

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Pour Jean-Louis, opéré à l’âge de 57 ans, « c’est une décision que l’on a pris en commun avec mon épouse alors qu’on avait déjà trois enfants et qu’elle avait subi deux avortements. Son cycle menstruel étant très irrégulier, on commençait à vivre avec l’appréhension de la grossesse. » Partager la contraception au sein du couple mais aussi le « sacrifice » de la fécondité est alors apparu comme une évidence. « L’avortement, c’est la femme qui le vit dans son corps et dans son cœur. Là, j’estimais que c’était à mon tour de le vivre », explique ce neurochirurgien à la retraite.

billard vasectomie
© Flickr : thebmag

Du sentiment de castration à la peur du regret

Quasi absents sur le plan physique, les effets secondaires sont surtout psychologiques. Le spectre de l’impuissance, d’abord. Le sentiment de castration, ensuite. Parce que la vasectomie peut être vécue comme une perte, elle continue de « foutre les boules ». « Après l’opération, ça fait un peu bizarre psychologiquement », explique Hugues. « On est plus vraiment l’homme qu’on était avant étant donné qu’on a perdu quelque chose ». 

Bien plus forte que chez les femmes, la peur de regretter apparaît déterminante dans le processus de réflexion des hommes. « Je n’ai jamais eu peur de regretter. Passé un certain âge, on se dit que le compteur tourne. À ce moment-là, j’étais sûr de ne plus vouloir passer par la case ‘papa' », raconte Jean-Louis, père de sept enfants. Mais pour d’autres, la décision peut s’avérer bien plus difficile à prendre.

Forcément, la peur du regret vous traverse l’esprit. Mais comme beaucoup des décisions que l’on prend dans la vie.

« Et si ma vie prenait une autre tournure ? Et si je voulais me reproduire à nouveau ? » Face à une opération quasi irréversible, les questions méritent d’être posées. « Ce n’est pas quelque chose que l’on fait comme ça, en un claquement de doigt », estime Hugues. Car le risque de vouloir faire marche arrière existe. « Il m’est arrivé plusieurs fois dans ma carrière de voir des patients regretter leur vasectomie », confirme le Professeur Andrianne, urologue au CHU de Liège. « Dans le travail de mise en garde, la décision du médecin mérite, elle aussi, d’être mûrement réfléchie », souligne-t-il.

Au nom du père, du fils et du saint pénis

Si l’opération se dit définitive, elle peut toutefois être inversée par une opération qui relie les canaux sectionnés et redonne un semblant de fertilité. Faire à nouveau des bambins reste donc possible, même si « cela va dépendre de l’âge du patient et de celui de sa première intervention », précise le docteur Robert Andrianne. Un « retour en arrière » qui implique en moyenne deux fois moins de chances de féconder, du moins naturellement. Car si la vasectomie empêche les spermatozoïdes de s’échapper, elle ne les tue pas pour autant. « La procréation médicalement assistée reste possible dans la mesure on l’on peut toujours prélever les spermatozoïdes directement dans les testicules », explique l’urologue.

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© Flickr : R. Maas

Être un homme, un « vrai »

À l’heure où la contraception féminine a de moins en moins la cote, révélant progressivement ses côtés obscurs, de plus en plus d’hommes font le choix d’assumer la contraception au sein du couple. Au Canada, c’est carrément devenu « la norme » où un Canadien sur cinq s’est fait ligaturer les « canaux-famille » (comme on les appelle là-bas). En Belgique, 8% des hommes ont recours à la stérilisation définitive et la pratique est en hausse. En 2016, l’INAMI (Institut National d’Assurance Maladie Invalidité) recensait un total de 8 780 Belges opérés, soit 17 560 interventions sur l’année, un record dans le plat pays. « On a le sentiment que la vasectomie fait son petit bout de chemin et qu’à terme, au vu des risques que présentent les contraceptifs féminins, ce sera beaucoup plus fréquent », estime le Dr. Andrianne.

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Mais dans certains pays, la vasectomie reste taboue comme en France, où seul 0.8 % des hommes se tournent vers ce type de contraception. Même pour ceux qui seraient prêts à passer sur le billard, « ce n’est pas un sujet dont on parle facilement », estime Julien qui envisage de se faire opérer. « On a toujours été formatés à se penser en tant que puissance créatrice, en position de mâles dominants. Aujourd’hui, être un homme non fertile c’est encore perçu comme quelque chose de honteux », témoigne ce père quadragénaire de deux enfants. C’est que la vasectomie est avant tout une question de culture. « Pour certaines populations, l’homme doit garder son pouvoir fécondant toute sa vie, sinon ce n’est plus un homme », ajoute le professeur Andrianne. « Dans les pays du Nord, on accepte beaucoup plus facilement l’idée d’être un homme sans procréer que dans les pays du sud ». Une différence présente même à l’échelle nationale où les Flamands représentaient 80% des patients vasectomisés en Belgique en 2016.

Le contraceptif de demain ?

Dans un récent rapport sur les pratiques contraceptives à l’échelle mondiale, l’ONU s’étonne encore du faible pourcentage de stérilisation masculine, « alors que la vasectomie est plus efficace, moins coûteuse à réaliser et entraîne moins de complications que la stérilisation féminine ». Plus efficace au point de devenir « le meilleur moyen contraceptif sur le marché », estimeront certains. Car dans une société de plus en plus féministe où les voix s’élèvent contre les effets nocifs de la pilule, les hommes viennent porter à leur tour le poids de la contraception. Malgré un climat machiste persistant, les avis sont optimistes quant à l’évolution des mentalités et des pratiques. « Le temps où les conjoints avaient le luxe de s’intéresser à la contraception ou pas doit être révolu », affirmait Erwan Taverne, fervent militant pour la contraception masculine dans le Nord de la France. « Tout comme le privilège d’avoir une sexualité maîtrisée sans en subir les contraintes. »

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