Paris Match Belgique

L’histoire tragique de Marcel Terfve, le dernier soldat belge tué en 1918

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Marcel Terfve. | © Rob Troubleyn

Société

Marcel Terfve, un Liégeois âgé de 24 ans, perdit la vie sur le front, le 11 novembre 1918, à 10 h45. Un quart d’heure seulement avant la fin de la guerre …

 

En novembre 2017, Paris Match Belgique racontait le destin de tragique de Marcel Terfve.  Aujourd’hui, cette histoire est enfin évoquée un peu partout dans les médias du pays et, à défaut d’un monument qui inviterait à se souvenir de lui, le dernier soldat tué au combat pendant la « der des der », dispose d’une notice Wikipédia

10 h 42, le 11 novembre 1918. Sur le bord du canal de Terneuzen, près de Gand, un sous-officier belge tombe, atteint d’une balle dans le poumon gauche. Impossible de le soigner, la blessure est trop grave. Il meurt à 10 h 45. À 11 heures, la guerre est finie. Marcel Toussaint Terfve, originaire de Liège, avait 24 ans. Depuis près de 100 ans, cette histoire singulière, celle du dernier soldat belge tombé au front pendant la 1ère guerre mondiale, a été totalement ignorée.

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En Belgique, on commémore le cavalier Antoine Fonck, le premier soldat tombé lors d’une reconnaissance à Thimister Clermont, le 4 août 1914, le jour de l’invasion du pays par les Allemands. Il y a aussi un monument pour rendre hommage aux deux premiers fantassins, Maulus et Van Gastel, tués en bord de Meuse, à Visé. Et encore un autre pour honorer le premier officier, Camille de Menten de Horne, un capitaine-commandant du 2e Lancier, qui perdit la vie le 5 août 1914 à Strivay, en région liégeoise. Il existe même une stèle qui rappelle, à Ville-sur-Haine, dans le Hainaut, le destin tragique de George Lawrence Price, le dernier soldat canadien tué pendant la Grande guerre… Enfin, à Eke, en Flandre orientale, deux monuments célèbrent quelques Grenadiers en les décrivant comme les « derniers tués de l’armée belge morts ici le 11 novembre 1918 ». À tort, selon le lieutenant-colonel Troubleyn ! Pour ce spécialiste de la 1ère guerre mondiale au Musée de l’Armée à Bruxelles, Marcel Terfve a été tué plusieurs heures après ces Grenadiers qui perdirent la vie à l’aube du 11 novembre.

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Rob Troubleyn, au bord du canal Gand-Terneuzen. C’est dans ces environs qu’a été tué Marcel Terfve, le 11 novembre 1918, un quart d’heure avant la fin de la guerre. © Ronald Dersin.

Du début à (presque) la fin

Rob Troubleyn raconte le parcours de Marcel Terfve : « Cet agent d’assurance s’est porté volontaire en 1914. Il a participé à toute l’épopée du 1er régiment de Ligne. La défense de la ligne de la Gette, la retraite sur la place fortifiée d’Anvers au début de la guerre, la bataille de l’Yser en octobre 1914, la chute de Dixmude où il y eut beaucoup de pertes et puis les années de résistance dans les tranchées, dans cette toute petite portion de territoire, au nord, là où, sous le commandement du roi Albert 1er, le drapeau belge flottait encore. Disposant d’un bagage scolaire suffisant, il a suivi des cours en France pour devenir officier, mais alors qu’il avait obtenu le grade d’adjudant et qu’il était revenu sur le front pour bientôt passer sous-lieutenant, il a demandé à être rétrogradé au grade de caporal. Cela peut paraître étonnant, mais ce n’est pas un cas unique : il s’agissait pour ceux qui faisaient un tel choix de privilégier la possibilité de rester dans leur unité, au front, au contact d’autres soldats avec lesquels ils avaient passé plusieurs années et qui étaient devenus plus que des amis ».

À partir de fin septembre 1918, le liégeois participe à la contre-offensive victorieuse de l’armée belge. Le 11 novembre, son régiment stationne à Kluizen, non loin de Gand, au bord du canal de Terneuzen. Marcel Terfve a alors un statut de « miraculé » ayant survécu à des combats terriblement meurtriers, aux attaques au gaz, aux tranchées avec leur lot de maladies… Mais il est tué, in extremis, par un tir venu de l’autre rive du canal. Un mort évitable ? C’est la conviction de Rob Troubleyn : « Je suis persuadé que Terfve et ses collègues étaient au courant de l’issue toute proche de la guerre. Des moments pareils incitent sans doute à un léger relâchement… Peut-être à marcher quelques instants sur la rive d’un canal, à trop lever la tête ».

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Rob Troubleyn

Le « dernier de la der des der »

Le spécialiste de la 1ère guerre invite à ce que l’on se souvienne de ce « dernier de la der des der » qui n’a pas de monument. Et qui n’a même plus de tombe, comme l’a établi l’enquête de Paris Match Belgique : « Il y a tout dans la courte vie de ce jeune homme. Le courage évident de son engagement volontaire, la solidarité exprimée par sa décision de ne pas monter en grade pour rester au contact de ses camarades d’unité et, bien sûr, l’horreur de la guerre qui tua encore jusqu’aux derniers instants. Sans nécessité. Arbitrairement. Au hasard d’un tir inutile et d’un moment d’imprudence. Tous, nous aurions pu être ce Marcel Terfve ou un des quelques 40 000 autres soldats belges morts entre 1914 et 1918 ».

L’intégralité de ce dossier est à découvrir ici.

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