Dix choses que vous pensiez savoir sur l’alcool

Dix choses que vous pensiez savoir sur l’alcool

Belga | © Non, le mélange d'alcools ne vous rendra pas plus malade demain matin.

Société

On ne compte plus les dictons, les croyances et autres rumeurs qui tournent autour de l’alcool. Remèdes anti-gueule de bois, impact sur la santé, réflexes comportementalistes, etc. Et si on remettait à niveau nos connaissances en matière de bibine ?

 

À l’occasion de la Tournée Minérale lancée à l’initiative de la Fondation pour le Cancer, chacun est invité à s’abstenir de boisson alcoolisée pendant 28 jours. L’objectif ? Expérimenter la privation d’un plaisir certes gastronomique mais surtout social. Comment le corps réagit-il à un régime sans alcool ? À quel degré se situent nos habitudes de pochards ? Et la liberté de s’en passer, dans tout ça ?

À l’heure on l’on se retient de se siffler un verre de rouge, de boire des coups au bar du coin ou de craquer le digestif après un menu cinq étoiles, c’est le moment de se poser les bonnes questions quant aux a priori sur l’alcool. Avant de se remettre à picoler, petit briefing sur les bons et moins bons trucs à savoir sur la boisson.

1. Pas de « bons » ni de « mauvais » alcools

On pense souvent qu’en buvant du vin ou de la bière, on est plus raisonnable qu’en buvant des spiritueux corsés. Les buveurs de whisky seraient-ils plus en danger que les affoneurs de bière ? Pas du tout. Rien à voir avec le type de boisson. Même si les alcools forts agressent davantage l’estomac en raison de leur forte concentration en éthanol (alcool pur présent dans toute boisson alcoolisée), c’est la quantité que l’on ingère qui va déterminer la nocivité de la boisson. Raison pour laquelle les quantités servies dans le commerce s’équivalent en éthanol. « Même si la bière est moins alcoolisée que le vin, la quantité servie est plus importante dans un verre à bière que dans un verre à vin. Les deux verres contiennent donc autant d’éthanol chacun », indique Catherine Hanak, addictologue au CHU Brugmann.

Même si dans l’absolu, il n’existe pas de « mauvais alcools », l’addictologue conseille de limiter les breuvages corsés pour ménager l’estomac et d’éviter les alcools frelatés (du fait maison, bon marché et coupé au méthanol) qui peuvent être très toxiques.

©Flickr : Landfeldt

2. Non, les mélanges n’empirent pas la gueule de bois

On connaît tous le dicton : « Blanc sur rouge, rien ne bouge. Rouge sur blanc, tout fout le camp » ou « La bière après du vin, c’est du venin ». Et pourtant, sous forme de liqueur ou de cocktail, l’éthanol ça reste de l’éthanol. Rien ne prouve les effets négatifs des mélanges d’alcools dans le corps. Certains les supportent très bien, d’autres beaucoup moins. C’est tout. En revanche, beaucoup de mélanges impliquent -de fait- beaucoup de boissons. Si un matin, vous vous réveillez avec une gueule de bois carabinée, ne rejetez-donc plus la faute sur les mélanges opérés la veille mais plutôt sur vos exagérations d’ivrogne.

3. Les bulles et l’estomac vide rendent pompette plus vite

Dès qu’il a passé toutes les parois (bouche, œsophage, estomac puis intestins, l’éthanol passe par toutes les parois) et qu’il est absorbé par le sang, l’éthanol se balade partout dans le corps, passe par le cerveau et termine sa joyeuse balade par le foie. Lorsqu’on est à jeun, le sang absorbe l’alcool d’un coup d’un seul. C’est le pic brutal d’éthanol dans le corps. En revanche, si l’on casse la croûte avant de s’enivrer, la nourriture fait office de filtre à éthanol. L’ivresse mettra donc plus de temps à vous faire tituber.

« Les bulles font aussi que ça monte plus vite au cerveau », ajoute le docteur Hanak en préconisant les risques de l’ivresse rapide : « Les comportements très désinhibés peuvent provoquer la perte de limites et certains débordements ». N’oubliez donc pas le petit coup de fourchette afin de laisser monter l’ébriété tranquillement et en douceur.

 

4. Plus on boit, plus on résiste à l’ivresse

Il y a ceux qui ont « une bonne descente » et tiennent comme des rocs tout au long de la soirée. Et puis les autres, beurrés comme des Petit Lus après un shot de tequila. La raison ? Elle est biologique et on ne peut rien n’y faire. « Dès qu’on consomme régulièrement de l’alcool, le cerveau résiste à ses effets calmants. Certaines zones du cerveau se mettent donc sur un volume plus fort et progressivement, on a besoin de boire plus pour avoir le même effet qu’initialement », explique l’addictologue. Si cette résistance du cerveau devient automatique dès que l’on boit de façon régulière et continue, le docteur rappelle les dangers de l’accoutumance : « Quand trois verres font le même effet que deux verres et ainsi de suite, les personnes boivent de plus en plus sans se rendre compte des quantités ».

5. S’abstenir pendant un mois peut supprimer l’accoutumance

Si la descente d’une bouteille de rouge ne vous rend plus autant éméché qu’avant, c’est aussi pour des raisons biologiques. Votre cerveau est devenu un vrai soiffard ! Plein d’optimisme, vous voulez à tout prix réussir le pari d’arrêter l’alcool pendant un mois. Mais au fond, vous avez encore des doutes quant à l’efficacité d’une telle abstinence. Bonne nouvelle ! Il semblerait que ça marche vraiment. Pour perdre une accoutumance, il faudrait environ dix jours, selon le docteur Hanak. « Freiner des habitudes – collectives et personnelles – de consommation automatiques et peu conscientes » permettrait donc de mettre fin à un conditionnement dangereux. « Il s’agit juste d’être attentif à soi-même et son rapport à la boisson », insiste-t-elle. Si vous voulez déshabituer votre corps aux effets de l’alcool, vous savez quoi faire.

©Flickr : Franck Michel

6. L’alcool vous aide à rester zen

Si on aime boire un petit coup, c’est souvent pour se détendre et relâcher la pression. Après une journée de travail ou avec les copains, les raisons qui nous poussent vers la bouteille sont connues. Devant la tentation de l’alcool, une majorité de personnes se laissent séduire grâce à ses effets psychologiques agréables. Calmant et stimulant à la fois, ce coupeur d’inhibitions nous rend moins timides et plus ouverts. « C’est la raison pour laquelle on boit souvent en société », ajoute l’addictologue. « Ces effets positifs expliquent en partie le succès des boissons alcoolisées ». Un petit shot euphorisant et la joie prend le pas sur l’anxiété pour que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes. Des effets positifs qui ne durent qu’un temps… car la suite, vous la connaissez.

L’alcool dissout l’anxiété et les freins qui empêchent de prendre la parole et de sociabiliser de façon plus aisée.

Lire aussi : Tournée Minérale : cinq cocktails sans alcool signés Matthieu Chaumont

7. Le petit verre avant de dormir, un excellent somnifère ?

L’effet hypnotique de l’alcool permet effectivement de s’endormir plus rapidement, « surtout si on se sent anxieux ou si on a des tracas qui tournent dans la tête », précise le docteur Hanak. Il est scientifiquement démontré qu’à partir d’une certaine quantité, l’alcool fait somnoler. Cependant, sachez que « sommeil + ébriété » ne font pas forcément bon ménage. Même si après une soirée arrosée, vous risquez certainement d’être assommé sur l’oreiller, la nuit sera loin d’être reposante. « C’est une sorte de « faux » sommeil avec plus de micro-réveils nocturnes, moins de sommeil réparateur avec des risques d’apnée, de ronflements, etc. » À défaut d’avoir un bon sommeil après une cuite, on n’oubliera pas un bon grand verre d’eau avant le dodo.

 

 

8. Les effets spécifiques de l’alcool sur le comportement

Boire de la tequila et danser tout nu sur les tables. S’enfiler un bouteille de rouge et pleurer sur son sort et celui de l’humanité. Certaines personnes disent adopter des humeurs différentes selon ce qu’elles picolent. Votre cousin devient scandaleusement dégoûtant quand il force sur le whisky ? Votre meilleure amie n’échappe jamais à un « alcool triste » dès qu’elle dépasse les trois verres de vodka ? Pas d’inquiétude, tout est purement psychologique. Certes, l’alcool rend parfois plus agressif ou à fleur de peau, mais ni l’une ni l’autre boisson n’aura d’impact spécifique sur votre comportement. Pour Catherine Hanak, il s’agit surtout d’associations personnelles que l’on s’est construites sur base de souvenirs de soirées.

Certaines ivresses font resurgir des émotions sous-jacentes qui sont souvent liées à un contexte particulier. Si l’on se souvient d’une soirée agitée après n’avoir bu que du rhum, on associera forcément cet alcool à un contexte déchaîné.

9. L’alcool fait grossir

Ce n’est plus un scoop et pourtant, on entend toujours deux sons de cloche. Rassurons tout de suite les amateurs de bibine et soucieux de leurs bourrelets : non, l’alcool n’est pas censé faire grossir si on le consomme modérément et sans l’associer à des boissons sucrées. Réputée pour faire gonfler les bedons, la bière est constituée d’environ 90 à 95 % d’eau, de céréales, de glucides, de sels minéraux, de vitamines et d’alcool. Plein de bonnes choses en soi, qui ne font ni perdre, ni gagner de poids. Contre toute attente, la bière serait même moins calorique que le vin ! À condition de ne pas l’accompagner de cacahuètes, charcuterie, fromage et autres incontournables de l’apéro. Le docteur Hanak rappelle que la boisson alcoolisée contient néanmoins beaucoup de calories non-nutritives. Prudence donc, car si vous abusez sur la bouteille, la panse finira tout de même par enfler.

La consommation d’alcool s’accompagne souvent d’habitudes de grignotages. Or, les boissons alcoolisées ne contiennent pas d’aliments « nobles » dont le corps a besoin pour sa nutrition. Ce sont donc des calories pures.

 

 

10. Un digestif pour faire passer tout ça ?

Surtout pas ! Vous pensiez qu’un digestif alcoolisé vous faciliterait la digestion après un repas pantagruélique ? Il ne fera que vous en donner l’impression. Venus du Moyen-Âge où la coutume voulait que l’on boive de l’hypocras (une boisson à base de vin, de sucre et d’épices) à la fin des repas, les digestifs sous forme de liqueur ou d’eau-de-vie étaient autrefois considérés comme un médicament. Pendant très longtemps, l’idée fut soutenue que l’alcool facilitait la digestion en rendant l’estomac plus mobile. Mais récemment, des études ont balayés cette idée reçue, affirmant que boire de l’alcool après un repas ralentissait la digestion de 50%. Six heures de digestion pour les buveurs à l’eau, contre neuf heures pour les autres. Si après une orgie de nourriture, le rince-cochon vous fait reprendre du gâteau sans difficulté, c’est simplement car la paroi de l’estomac se détend sous l’effet de l’alcool et donne une impression trompeuse de soulagement.

©Flickr : Jenny Downing
CIM Internet