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« Just for the record » : un collectif belge sort les femmes de l’oubli sur Wikipédia

Tout le monde connait Neil Armstrong, mais qui se souvient de Sally Ride, la première femme américaine dans l'espace ? | © NASA via CNP

Société

Gratuits, mixtes et inclusifs, les marathons de « Just for the record » œuvrent à une meilleure représentation des femmes dans les savoirs en ligne.

 

Le silence est complet, si ce n’est le pianotement régulier des doigts sur les claviers des portables. Toutes les participantes à l’atelier – et la concentration – sont au rendez-vous au festival Voix de Femmes, au KulturA : c’est qu’il ne s’agit pas de faire partie des oubliées de l’évènement – elles sont déjà si nombreuses en ligne. Sur l’interface d’édition de Wikipédia, des pages au genre féminin se créent et se modifient : pas question de clichés girly, mais une mise à jour de la plateforme dont une étude a révélé que seuls 8,5 à 22,7% des contributeurs étaient des femmes. Résultat : elles sont ainsi toujours moins nombreuses à être consacrées sur cette encyclopédie moderne qui fait glisser de l’anonymat à la reconnaissance en une biographie.

Le rassemblement joyeux, mais studieux d’une quinzaine d’internautes féministes a à sa tête trois jeunes femmes. En 2015, Myriam Arseneault-Goulet, Loraine Furter, Sarah Magnan et Mia Melvær ont initié « Just for the record« , juste après un « Art+Feminism Wikipedia Edit-a-thon », une expérience qui suggérait de modifier des pages « féminines » pour leur donner la reconnaissance qu’elles méritent. Depuis, le collectif organise régulièrement ces marathons de quelques heures durant lesquels hommes et femmes sont invités à contribuer à un savoir moins sexiste et à questionner la représentation des genres à travers l’outil libre de partage du savoir par excellence : Wikipédia. Histoire de réécrire l’histoire.

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©E.D. – Le nez dans leur écran, les participantes au « Just for the record » liégeois changent l’histoire, une page Wikipédia après l’autre.

Ce 22 octobre à Liège, avant que toutes les éditrices ne se plongent corps, âmes et cerveaux dans la mission du jour, les instigatrices de « Just for the record » ont posé les questions qui fâchent : pourquoi les femmes sont-elles si peu ou mal représentées sur Wikipédia, dont leurs pages sont baclées ou introduites par leur qualité d’épouses, par exemple ? Comment mieux les présenter ? Et surtout : comment diable fonctionne le monstre Wikipédia ?

Le fossé des genres, plus large que jamais en ligne

Autour de la table, on s’étonne : il est difficile de créer une page, qui nécessite un nombre impressionnant de références pour survivre sur la toile du savoir ; sans articles préexistants, impossible d’asseoir l’autorité et la réputation de femmes qui sinon, seraient susceptibles de tomber dans l’oubli, malgré leur apport aux champs des technologies, des arts, ou encore de la science. En 2016 déjà, le film grand public Les figures de l’ombre mettait en lumière les ténèbres qui pesaient sur les femmes, écartées de l’Histoire par leur genre, souvent au bénéfice de leurs homologues masculins. On rit – jaune – aussi, lorsqu’on s’aperçoit que tant de pionnières ne sont présentées que par le biais de leurs maris. On se met au travail, enfin, afin de rétablir la justice et de combler le « gender gap » – le « fossé des genres » – qui habite les moindres méandres du web.

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« Je crois que ça va devenir ma nouvelle passion« , rigole Elisabeth, qui participe à l’intervention du jour. Déjà sensibilisée à l’invisibilisation des femmes dans les médias, elle découvre néanmoins aujourd’hui sa propre potentielle force de frappe sur Internet, que l’on consomme quotidiennement, mais auquel on a encore bien souvent du mal à contribuer de manière active. Pourtant, le web libre appartient à tous et toutes, sans discrimination de genre. La participation des femmes et la sensibilisation des hommes sont alors essentielles pour qu’y règne une plus grande équité. Heureusement, pour faire ses premiers pas sur Wikipédia de manière féministe, « Just for the record » s’installe prochainement – les 22 novembre et 20 décembre – au Beursschouwburg, à Bruxelles.

CIM Internet