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Hawaii, paradis des surfeurs et des chrétiens fondamentalistes

Des photos filtrées qui laissent apparaître un visage différent des Mormons.

Société

Cheveux longs, visages hâlés et dégaine faussement négligée, de prime abord, rien ne les distingue des mordus de surf venus rider les rouleaux d’Hawaii. Et pourtant, ces adulescents aux milliers de fans sur Instagram répondent aux préceptes stricts du mormonisme appliqués à BYU, université mormone installée sur l’île. 

Difficile d’oublier l’engagement du Père Damien à Hawaii, son dévouement étant rappelé au bon coeur des Belges chaque année lors de la vente de bics destinés à soutenir Action Damien et sa lutte contre les maladies et la pauvreté. Un combat inspiré du parcours de Saint Damien de Veuster, né Jozef de Veuster à Tremelo et mort en héros à Molokai, île de l’archipel d’Hawaii où il avait choisi de dédier sa vie à soigner les lépreux. Et si son histoire est bien connue des Belges, les liens de l’île avec l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours (LDS), les mormons pour faire plus court, sont moins connus sous nos latitudes. Et pourtant : c’est à Laie que se trouve une des filiales de BYU, l’université de Provo fondée en hommage à Brigham Young, considéré comme un des apôtres de la religion mormone et responsable de l’implantation de la polygamie en Utah.

BYU Hawaii

Pelouses manucurées, bâtiments aux lignes exotiques et vue imprenable sur les montagnes alentour et l’océan, de prime abord, le campus de BYU Hawaii a plutôt l’air d’un de ces resorts géants dont les Américains sont tellement friands. Et pourtant, il s’agit bien d’une université, plutôt sélective, qui plus est, puisqu’elle n’accepte en moyenne que 36% des étudiants qui soumettent leur dossier. Et pour y accéder, il ne suffit pas d’exceller académiquement : les étudiants sont également tenus de se conformer au code d’honneur de l’université. Basé sur les préceptes du mormonisme, celui-ci est à mille lieues du cliché qui veut que l’université soit une période bénie de fêtes en tous genres brièvement entrecoupées de périodes d’étude. Parmi les règles à respecter sur le campus : pas d’alcool ou de tabac ni de thé ou de café, faire preuve d’un langage châtié et d’un mode de vie chaste, mais aussi adhérer à un dresscode des plus stricts. Pas de survêtements, de shorts, de vêtements troués ou transparents, et interdiction de porter des hauts sans manches. En théorie, en tout cas, car en pratique, pour bon nombre d’adolescents venus du continent, BYU Hawaii représente des vacances du carcan de l’Église de Jésus-Christ des Saints.

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Instagram @ Mugfilm

Tels les Amish durant le rumspringa, rite de passage qui voit les jeunes échapper pendant une période aux règles de l’Église, les Mormons profitent de leur passage sur l’île pour se défaire des contraintes associées à leur foi. Avec près de 6 000 kilomètres entre eux, leurs familles et le reste des États-Unis, Hawaii prend des allures de terre promise pour ces jeunes qui font voeu de modestie et de chasteté à l’heure où les autres teenagers se rebellent et découvrent leur sexualité. Sous le soleil de Laie, les cheveux poussent, les jupes raccourcissent et tout ce beau monde adopte la culture locale de skate, surf et maillots de bain H24. Et 2017 oblige, c’est sur les réseaux sociaux que se jouent ces contradictions entre la douceur de vivre hawaïenne et le carcan mormon. Un schisme invisible à l’oeil nu, tant les jeunes LDS se fondent dans le paysage.

Instagram @ Elle Pothier

Originaire d’une famille mormone d’Arizona, Elle Pothier, 19 ans, rassemble 11 700 followers sur Instagram avec ses clichés aux couleurs fanées de naïades en bikini et de paysages à couper le souffle entrecoupés des obligatoires gros plans de planches de surf et de sessions de skate. Photographe attitrée de son crew de surfeuses LDS, Meg Olsen comptabilise quant à elle près de 5 000 followers qui suivent compulsivement les aventures de cette bande de filles aux longs cheveux dorés. Des princesses 2.0. presque trop belles pour être vraies, et certainement trop mormones pour se laisser draguer : si leur dégaine tient de la fille libérée, la plupart d’entre elles sont pourtant déjà mariées.

Instagram @ Mugfilm

Parmi les piliers de l’Église LDS, la chasteté est parfois renforcée à l’extrême, certains adolescents étant enjoints par leurs parents et leurs paroisses à aller jusqu’à réserver les baisers pour leur fiancé(e). Des fiançailles qui arrivent la plupart du temps très rapidement, après quelques semaines seulement, le mariage suivant au même rythme. C’est ainsi que parmi les couples de surfeurs aux longs cheveux qui peuplent l’île, certains ont beau être encore adolescents, ils sont déjà mariés. Parmi eux, Maddie et Cole Castellano, 40 ans et 6 000 followers à eux deux, mariés 6 mois après leur rencontre.

Instagram @ Maddie Castellano

Si leurs photos les montrent principalement peu vêtus à la plage, les légendes ne laissent quant à elles aucun doute sur leur foi, entre citations de passages religieux et remerciements à Dieu de leur avoir permis de se rencontrer. Car si les jeunes LDS s’éloignent en apparence des doctrines, difficile de rompre totalement avec l’Église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours, qui promet notamment à ses fidèles que les familles baptisées resteront ensemble pour l’éternité tandis que les apostates seront séparés des leurs. Heureusement, en attendant, le paradis sur terre existe – Mahalo Jésus !

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