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De la religion à l’exploitation : des « bonnes sœurs » françaises accusées de travail illégal

Photo d'illustration | © EPA/Alejandro Ernesto

Société

L’association catholique des Travailleuses missionnaires a été mise en examen à Épinal pour avoir employé dans des restaurants des étrangères en dehors de tout cadre légal.

 

L’association catholique françaises des Travailleuses missionnaires a été mise en examen à Épinal (Vosges) pour avoir employé dans des restaurants des étrangères en dehors de tout cadre légal, a indiqué mercredi le parquet, confirmant une information du quotidien La Provence. La mise en examen, qui remonte au 9 novembre, porte sur l’« emploi d’étrangers démunis d’une autorisation de travail » et le « recours à personnes exerçant un travail dissimulé », a indiqué dans un communiqué le procureur de la République à Épinal, Étienne Manteaux.

Les Travailleuses missionnaires de l’Immaculée (TMI), dans le collimateur depuis plusieurs années de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), sont des « vierges chrétiennes » affectées à des restaurants de sanctuaires. Elles appartiennent à la Famille missionnaire Donum Dei (FMDD), association reconnue par le Saint-Siège et rattachée à l’ordre des grands carmes, mais ne sont pourtant pas des sœurs en tant que telles.

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Une enquête préliminaire avait été ouverte en octobre 2015 par le parquet d’Épinal après un signalement de l’inspection du travail visant un établissement à Domrémy-la-Pucelle (Vosges). Les investigations, conduites par l’Office central de lutte contre le travail illégal (OCLTI), ont abouti au regroupement à Épinal d’autres procédures ouvertes à Lisieux (Calvados) et Marseille en 2016 pour les mêmes faits. Au total, la Miviludes a comptabilisé huit plaintes, dont une émanant d’une femme décédée depuis, en 2016, à 38 ans, alors que, menacée d’expulsion, elle avait refusé d’être hospitalisée. La dernière plainte a été déposée en juillet dernier pour « exploitation d’une personne réduite en esclavage ».

« Le discours c’est : ‘On ne touche pas de salaire, on est heureuses, on donne notre vie au Seigneur' »

Ces TMI, formant une main-d’œuvre recrutée très jeune au Burkina Faso, au Cameroun, au Vietnam, aux Philippines ou encore au Pérou, oeuvraient le plus souvent dans des restaurants de la chaîne L’Eau vive sans être déclarées ni toucher de salaires ou de pourboires. « C’est une association dont tous les membres, en apparence, faisaient partie d’un ordre religieux, mais cette structure n’est jamais devenue un ordre religieux », a indiqué à l’AFP le procureur. « Toutes les femmes entendues faisant partie de l’association ne déposent pas plainte. Le discours c’est: ‘On ne touche pas de salaire, on est heureuses, on donne notre vie au Seigneur’ », a constaté le magistrat.

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L’association Aide aux victimes des dérives de mouvements religieux et à leurs familles (Avref) avait consacré à cette association un « livre noir » en 2014. Après avoir auditionné d’anciennes TMI, la Miviludes avait relevé en 2015 « des éléments qui caractérisent la déstabilisation mentale », pointant « la diabolisation du monde extérieur, les ruptures avec l’environnement d’origine, l’absence de soins et les atteintes à l’intégrité physique ».

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