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Tchad : Se prostituer ou mourir de faim, le dilemme des adolescentes « fantômes »

Tchad

"Je reste parce que je n'ai pas le choix". | © BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

Société

Au Tchad, Chancelle fait partie des milliers d’adolescentes, rapatriées et sans-papiers, qui ne peuvent bénéficier de la même aide que les réfugiées. Elles ont pourtant fui le même conflit, parfois la même ville.

« Chaque semaine, je rencontre trois à quatre hommes », explique à la fondation Thomson Reuters Chancelle, une adolescente de 17 ans sous un faux nom. Depuis ses 15 ans, elle se rend dans des huttes isolées ou dans les champs pour se prostituer. Une réalité qu’elle partage avec de nombreuses jeunes femmes réfugiées au Tchad, ou même des jeunes filles de 12 ans. Cette jeune maman a fui son pays natal il y a trois ans, lorsque son père a été tué par les forces armées en République Centrafricaine, où les rebelles de la Seleka et les militants armés ne cessent de s’opposer depuis 2013. Un conflit qui force des milliers de jeunes à se réfugier au nord du pays, au Tchad, troisième pays le moins développé au monde, accablé aussi par la sécheresse, les inondations et les conflits avec Boko Haram.

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Pour survivre au Tchad, là où ses parents sont nés, Chancelle vend aujourd’hui son corps pour trois fois rien (250 francs, soit un peu moins de 0,40€) à des hommes qui n’hésitent pas à lever la main sur elle, sans insister sur l’usage d’un préservatif. « Je ne peux pas prendre le risque qu’il aille chez une autre fille », explique celle qui peine déjà à se nourrir. « Certains jours, je ne mange pas du tout. D’autres, je n’ai que 50 ou 100 francs (soit 0,08 ou 0,15€) pour mettre quelque chose dans mon ventre ».

Les réfugiés contre les rapatriés

Chancelle fait partie des milliers de prétendus rapatriés vivant en Danamaja, une ville du sud du pays qui accueille les déplacés qui prétendent avoir des origines tchadiennes mais qui n’ont pas les papiers pour le prouver. Selon les chiffres de la fondation, près de 70 000 réfugiés centrafricains vivent dans plus de 20 villages et six camps à travers le sud du Tchad, souvent dans de pauvres conditions.

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Selon le bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, ce même chiffre est valable pour les rapatriés. Comme Chancelle, la plupart d’entre eux n’ont pas les papiers pour prouver leur nationalité ou leur existence. Ils ne peuvent donc profiter de la même assistance, basique certes, que les réfugiés qui ont fui le même conflit.

Sans-papier, cette mère d’un enfant de deux ans est considérée comme une jeune femme « fantôme ». « Je reste parce que je n’ai pas le choix. Je vais m’accrocher jusqu’à ce que je ne puisse plus le supporter ».

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Cercle vicieux

Ces fantômes légaux n’ont souvent pas accès aux soins de santé et à l’éducation. « Les enfants peuvent être forcés à se marier ou à intégrer les forces armées en tant que mineurs. S’ils sont accusés d’un crime, ils peuvent être poursuivis en tant qu’adultes parce qu’ils ne peuvent pas prouver leur âge », explique la fondation qui a rencontré de nombreux rapatriés.

En 2014, le Tchad a commencé à délivrer des cartes d’identité nationales. Une bonne nouvelle pour ces sans-papiers qui pourraient se déplacer librement pour chercher du travail, utiliser les services de santé locaux ou encore ouvrir des comptes bancaires. De son côté, Chancelle pourrait également placer son enfant à l’école. Mais la machine qui les fabrique est tombée en panne, toujours bloquée par les pénuries de fonds, après seulement 6 000 bénéficiaires, a déclaré l’agence des Nations Unies pour les réfugiés.

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