Paris Match Belgique

Loin de voir la vie en Millenial pink, la génération Z est la plus marquée par les inégalités

Un futur incertain aux accents de Millenial pink | © Instagram @ Millenial Pink

Société

D’eux, on dit qu’ils sont hyperconnectés, ambitieux, mais aussi impatients et déconcentrés. Accros aux réseaux sociaux, ils y ont adoubé leur propre couleur, le Millenial pink, étendard d’une génération qui est pourtant loin de voir la vie en rose. Entre dettes et restriction de l’accès à la propriété, portrait d’une génération où les inégalités sont plus marquées que jamais. 

« Jean Louis Baptiste a arrêté ses études, à 20 ans en terminale il décide de tout plaquer ». Ce « pauvre riche » chanté par TTC « cultive la fainéantise, il butine à la paresse collective » et il incarne surtout avant l’heure une certaine image du Millenial; sujet de fascination pour les commerciaux, à qui il échappe, et pour les médias, qui aimeraient le maintenir dans la case du glandeur immature 2.0. accro aux réseaux sociaux. « Narcissiques, déconcentrés, paresseux, impatients et égocentriques », tel est le portrait peu flatteur que tire de cette génération le spécialiste du management Simon Sinek. Une caractérisation à laquelle il s’agit d’opposer la perception des Millenials comme une génération extrêmement ambitieuse, particulièrement en ce qui concerne les femmes.

Instagram @ Kawaiicesttumblr

En France, par exemple, 66% des jeunes femmes de moins de 30 ans affirment ainsi viser haut, et 51% d’entre elles se disent prêtes à prendre complètement leur destin en main en créant leur entreprise. Auto-emploi, quête de sens et vie ultra connectée où se brouillent les frontières entre réel et virtuel, les Millenials redéfinissent les codes. Mais pendant qu’ils rêvent à un futur différent, l’étau se resserre autour de cette génération qui pourrait avoir l’honneur funeste d’être la plus marquée à ce jour par les inégalités.

– Putain c’est la merde !
– Pourquoi tu dis ça ?
– Chez moi c’est la misère !
– Ah ouais t’as trop raison.

TTC, De Pauvres Riches

Alors qu’il est avéré que 1% de l’humanité détient plus de la moitié des richesses de la planète, selon une étude réalisée par le Crédit Suisse, le fossé pourrait être encore plus marqué au sein des Millenials. Concentrée sur la France, l’Allemagne, l’Espagne et les États-Unis, l’étude révèle en effet que les 17-37 ans sont plus endettés, héritent moins d’argent et ont des crédits immobiliers bien plus sévères que leurs aînés. Un triumvirat de la dèche qui épargne les scions de familles aisées, lesquels sont amenés à devenir spectaculairement riches, élargissant de ce fait l’écart entre les classes.

Instagram @ Millenial Pink

Et c’est en classe, justement, que l’endettement commence. Si le phénomène de l’endettement étudiant reste relativement marginal sur le Vieux continent, aux États-Unis, il ne fait qu’empirer, le montant des « student debts » ayant doublé ces 20 dernières années pour atteindre 35 000 dollars en moyenne. Et si le coût d’une éducation supérieure a augmenté, la proportion de jeunes décidant de poursuivre leurs cursus après les humanités a également progressé, ce qui fait des Millenials une génération plus susceptible d’être endettée. D’autant qu’un diplôme universitaire n’est pas forcément un bon investissement : bien que les secteurs en demande tels que la technologie et la finance rapportent énormément, la plupart des Millenials détenteurs d’un diplôme d’université gagnent en moyenne 20% de moins que leurs parents au même âge.

Lire aussi > Xennial, la génération modem 56K coincée et oubliée entre deux mondes

Des baby-boomers qui semblent toutefois avoir été plus cigales que fourmis : selon les données récoltées par le Crédit Suisse dans les 4 pays passés au crible, seulement 10 à 15% des personnes âgées de 20 à 30 ans avaient hérité de l’argent. Et si la tendance du bas de laine légué à ses héritiers semble s’être en grande partie détricotée, il n’en va toutefois pas de même dans tous les foyers. En 2003, la planète comptait 21 milliardaires âgés de moins de 40 ans. Cette année, ce nombre a plus que doublé, les jeunes milliardaires étant au nombre de 46. Et ceux d’entre eux qui ont hérité de l’argent concèdent que ces sommes constituent au minimum 40% de leur fortune. « Le cocktail de la réussite est générationnel », le refrain a beau sembler éculé, il reste plus vrai que jamais.

Instagram @ Millenial Pink

Et au sein même de la génération Millenial, tous ne sont pas égaux face aux inégalités. Il s’agit en effet de les diviser par âge, soit ceux nés avant ou après 1986. Les Millenials de 31 ans ou plus entraient en effet pour la plupart dans la vie active quand la crise financière de 2008 a secoué l’économie mondiale. Ou comment voir un avenir préparé avec soin s’écrouler dans la foulée de l’effondrement des grandes banques. Les Millenials nés après 1986, quant à eux, ont grandi avec le savoir funeste qu’ils allaient être la première génération à être moins à l’aise financièrement que leurs parents.

Lire également > Comment Harry Potter a changé les jeunes adultes d’aujourd’hui (en mieux)

Instagram @ Millenial Pink

Funeste, peut-être, mais pas de place au fatalisme. Plutôt que de se préoccuper de l’aspect financier, les Millenials ont en effet tendance à recentrer leurs priorités et à être en quête de sens. Selon les chiffres recueillis par Deloitte, 56 % des jeunes issus de la Génération Y n’envisagent aucune collaboration avec certains employeurs en raison des valeurs ou de la conduite de ces entreprises et 49 % d’entre eux ont refusé des missions allant à l’encontre de leurs valeurs ou de leur éthique. Plus diplômés que jamais mais sans toutefois que leurs diplômes soient une garantie d’emploi, les Millenials réimaginent la société selon leurs besoins, donnant un nouveau souffle à l’économie participative. Ayant grandi avec la montée des messages de sensibilisation sur les enjeux sociaux, ils incarnent également la génération la plus encline à contribuer à l’amélioration de la société en adaptant leur comportement. Plus d’inégalités, peut-être, mais certainement pas no future. « Reprends du champagne, man, de toute façon, ce week-end on se barre sur la Côte… »

CIM Internet